L’évolution à risque pour la Guadeloupe de la situation économique et sociale en France ?

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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c’est Jean Marie Nol, économiste qui nous soumet son billet.

Le clair obscur de la situation actuelle de la société française cristallise les tensions politiques et sociales . L’inquiétude des Français est grande face à la polarisation du risque sanitaire ,à  l’évolution de la crise économique et à la montée de l’insécurité. C’est là dans ce contexte délétère que les dès sont désormais presque jetés pour le prochain match de la présidentielle en France. Dans presque tous les cas de figure,  l’avenir semble s’assombrir et la tentation d’instaurer un régime autoritaire en France après l’élection présidentielle de 2022 n’a jamais été aussi prégnante.  Dans un scénario possible en 2021, on imagine l’épidémie difficilement contrôlée et les perspectives de résolution de la crise sanitaire régulièrement repoussées à des horizons de plus en plus lointains. Dans ce scénario, l’impact de la crise sur l’économie est plus fort qu’anticipé notamment du fait d’une baisse durable de la consommation des ménages. Le rebond n’intervient pas. Le nombre de chômeurs et de travailleurs précaires explose, mais aussi les pénuries de main-d’œuvre dans les secteurs les plus sollicités. Le climat social et politique particulièrement dégradé contribue à accroître le sentiment d’inquiétude et d’imprévisibilité.
Quelle sera la grille de lecture des événements en cours en France hexagonale  et du paysage des possibles pour la Guadeloupe à cet horizon 2022 ?
Alors, du désenchantement des Français confrontés au procès récurrent du pouvoir politique accusé d’impuissance sur les problématiques de l’immigration, voire ces temps çi de la thématique de l’insécurité  : quel sera demain le choix politique des Français et quels sont les conséquences imaginables pour les guadeloupéens   ?
Aujourd’hui , la réalité est que la France fait face à un défi sans précédent : une crise du coronavirus inédite et potentiellement destructrice. Alors quelle est cette vérité que nos compatriotes Antillais ne veulent pas voir ?
C’est l’éventualité d’une crise de régime en France qui n’est pas probable mais possible. Elle ne constitue pas le scénario le plus vraisemblable mais une hypothèse imaginable si les passions s’enflamment ou si les circonstances y poussent comme par exemple la multiplication des actes terroristes ou le fait que l’autorité de l’État demeure bafouée jour après jour avec la recrudescence du trafic de drogue et toutes ces manifestations des banlieues qui se terminent souvent dans la violence urbaine .Tenter un panégyrique de la société française actuelle peut se révéler un exercice abscons, mais néanmoins nécessaire pour appréhender les enjeux du futur. Et que dire de la nouvelle donne qui s’ouvre avec la crise du coronavirus et qui engendrera  précarité des couches populaire, et paupérisation de la classe moyenne .
 
Vers une dépression économique et une dislocation sociale en France ? 
Il est donc légitime de réfléchir et d’analyser quels pourraient être les changements sur le plan politique, économique et social, pour la Guadeloupe induits par cette crise sanitaire mondiale. Il faut désormais entrevoir un changement en profondeur de la société française et des conséquences possibles sur la vie quotidienne en Guadeloupe .
Une chose est sûre, les conditions de l’environnement économique et social de la France ont changé, alors tout devient possible en termes de renouvellement à la tête de l’État avec à la clé une forte éventualité d’une recentralisation politique du pouvoir central en Guadeloupe.  Et cela doit nous inciter à la prudence à tous les niveaux  !
Ce qui constitue le moteur de l’économie de la Guadeloupe , c’est l’importance de la consommation finale des ménages. Cette consommation est très supérieure à la production marchande locale.
Demain , la donne va totalement changer , car avec la perspective de cette  recentralisation politique, et de la nouvelle politique économique de l’Etat, l’activité commerciale de la Guadeloupe va être réduite au profit d’une économie de production entraînant mécaniquement une baisse des revenus des ménages et des entreprises et donc des recettes fiscales. De fait, les guadeloupéens vont bientôt devoir mettre la main à la poche sur leur épargne, si la Guadeloupe veut tenir ses engagements de réduction drastique de ses déficits. A la différence de la crise sociale de 2009 qui avait vu la croissance chuter en Guadeloupe de près de 6 %, nous assisterons très bientôt à la conjonction d’une crise bancaire – avec une faiblesse de leurs ratios de solvabilité – et d’une crise des collectivités locales – avec une baisse sensible des recettes, une augmentation sans précédent des dépenses sociales et un endettement public massif. C’est une première. Et répétons le, seule une injection massive d’argent public de l’Etat français pourrait encore permettre de sauver les meubles. Mais nonobstant ce seul facteur de l’injection massive d’argent public dans l’économie de la Guadeloupe , nous risquons , en réalité , de bientôt passer  » d’une économie du risque à une économie de la peur  ».
Le contexte actuel s’y prête car outre la crise économique et sociale et en sus avec la problématique en France hexagonale du communautarisme,du racialisme, de la crise identitaire, on peut légitimement s’interroger sur le fait de savoir où va donc demain la France, d’autant que selon tous les analystes politiques,  la balance de l’opinion publique penche désormais  très fortement à droite et à l’extrême droite soit très nettement  à contretemps avec la réalité de l’échiquier politique majoritairement à gauche de la Guadeloupe !
Rien n’est plus étrange que l’aveuglement des hommes politiques traditionnels de droite et de gauche en France comme en Guadeloupe qui ne sentent pas à quel point leur parole est présentement discréditée.
Et il n’y aura plus de paix dans les esprits . Non, c’est désormais le scénario d’une guerre civile larvée et permanente sur le sol même de la France  , l’instabilité, l’agitation destinés à jeter le trouble dans les esprits .On insuffle méthodiquement dans un pays exsangue par la crise du coronavirus, un vent de discorde, petit à petit, en profitant de toutes les dissensions politiques . Et plus les gens se sentent menacés par des phénomènes qu’ils ne comprennent, ni ne contrôlent, plus le ressort de la contestation  est puissant. Un retour de bâton n’est pas à exclure sur la question identitaire pour les Antillais . En somme, un lâcher de boomerang qui risque de faire très mal à l’avenir aux populations Antillaise et surtout d’origine étrangère qui vivent sur le sol français. On est en plein dans les liaisons dangereuses. . Cette catastrophe annoncée voire programmée dans le temps d’un changement de société,  avec l’émergence probable d’un régime très autoritaire , aura dans un proche avenir des répercussions sur nos régions ultramarines. Un scénario de crise sulfureux et édifiant, qui doit interroger aussi les élus guadeloupéens sur leur propre projet de société, car derrière ce théâtre d’ombre, il y a le nœud gordien de toute l’équation économico-sociale, à savoir la crise financière et la chute de la croissance. Les entreprises attendront d’avoir une meilleure visibilité avant de recommencer à investir, tandis que les ménages, confrontés à un marché du travail difficile, resteront également prudents dans leurs dépenses. Beaucoup d’entreprises vont faire faillite du fait de la perte d’activité colossale, jusqu’à 80 % dans certains secteurs, comme le commerce traditionnel et le tourisme . Internet et l’e commerce vont continuer à creuser  la tombe du commerce traditionnel dans la mesure où l’on note déjà un net accroissement des achats sur internet aux Antilles en 2021  (import Poste : +75,97%). C’est dans ce contexte que nous estimons à partir d’une analyse prospective de la situation économique de la Guadeloupe que le dispositif d’aides financières du conseil régional en direction des entreprises est obsolète et dangereux à maintenir en l’état,  car très bientôt à fonds  perdus pour le budget régional, en raison de la multiplication des entreprises zombies. Une entreprise zombie, c’est une entreprise qui n’est pas en phase de lancement et dont les résultats ne couvrent pas le remboursement des intérêts de sa dette. Pour poursuivre son activité, elle ne peut qu’emprunter à nouveau et sa dette grossit, grossit grossit inexorablement. Ce sont ces nombreuses petites et moyennes entreprises vouées à disparaître en raison de la crise et qui survivent uniquement grâce au soutien de l’Etat …. Ces sociétés commerciales et individuelles peu productives risquent à terme de ralentir sérieusement le rebond de l’économie guadeloupéenne.
On ne se rend pas compte que la crise n’a pas encore commencé et on va le voir quand la crise sociale sera à nos portes et cristallisera les tensions dans la société française et Antillaise . À partir de cette situation , la France affrontera non seulement la crise économique et sociale mais également une crise identitaire . S’ensuivra une grave crise politique qui alourdira le climat général et accroîtra le mécontentement contre le pouvoir en place au bénéfice des formations dites extrémistes. Même si la France , fait encore figure de grande puissance, elle en sortira aussi terriblement affaiblie. Nous vivons un moment grave de l’histoire , une crise du Covid qui accélère la mutation de notre quotidien. Plus généralement, cette crise nous obligera à nous poser des questions sur notre manière de vivre, de penser, et de consommer en Guadeloupe . Personne n’est aujourd’hui capable de savoir ce qu’il en ressortira, mais il semble acquis que l’après crise du coronavirus ne sera pas totalement comme l’avant.
Jean marie Nol économiste