Péyi Gwadloup, Péyi kolonizé : Donc ces élections vont changer la donne ?

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Non, on ne va pas refaire ici la litanie récurrente des problématiques qui font que la Gwadloup est encore ce qu’elle est car la crise covidique a déjà largement prouvé que ce Péyi Gwadloup, n’appartient pas au peuple gwadloupéyen.Mais alors pourquoi toute cette agitation électoraliste dite citoyenne ? Les candidats “nouveaux” et anciens ont-ils subitement trouvé la pierre philosophale, susceptible de mofwazer le système colonial tri séculaire et verrouillé en Péyi Gwadloup souverain ?

Au travers de la presque douzaine de listes toutes “citoyennes” ou humanistes qui font appel au vote démocratique français, toutes se veulent prometteuses de réels changements. A croire que dès le 28 juin 2021, notre Péyi Gwadloup, changera de cap.

Et si c’était vrai ?

Nous ne devrions donc pas être dans le camp des éternels pessimistes-abstentionnistes. Mais la réalité coloniale que chacun connaît ou fait mine de ne pas voir n’a jamais cessé d’être ce qu’elle est.

1/ Focus sur les candidats anciens, qui n’ont presque rien à se reprocher, car ils ont toujours été dans le système actuel et ne sont donc pas à une élection près.

En 2015, Victorin Lurel a perdu sa dernière grande bataille électorale et ne s’en est jamais remis. Pendant toute la mandature chalusienne, il a été à la pointe de l’opposition ferraillant souvent de toutes ses forces mais vainement. Pendant 6 ans, il a fait campagne avec ce qui reste du PS français en Guadeloupe pour préparer cette élection, 2021 qui se devait être pour lui celle du grand retour. On saura vraiment dans quelques semaines, si “ses” (pas ces !) combats ont porté les fruits escomptés. Mais on note cependant que s’agissant de sa liste PS-PS qu’il a concoctée avec toutes les péripéties internes qu’on connait, il a bien réussi à écarter Max Mathiasin, à se priver du soutien de autres composantes de ce qui subsistait de l’ancien bloc de gauche (PSG, PPDG, Jaltoniens etc..) mais il a échoué à se faire désigner par ses pairs (Toto stp  reviens) comme “sauveur suprême”. C’est donc JBL qui porte la bannière.

Quand on parle d’Ary Chalus, la première question posée est de savoir si au regard de son bilan, il peut ou non remporter cette élection.   C’est sûrement pas Qualistat qui y répondra dans le contexte actuel. Chalus qui s’affirme désormais “autonomiste”, a-t-il la volonté de changer vraiment l’avenir de la Gwadloup ? s’est-il prononcé clairement pour un changement de statut ?

Au plan electoral, le premier vrai adversaire et féroce  de Chalus, on le sait maintenant est à Paris, c’est l’ancien gouverneur de la Guadeloupe. Son second adversaire, aurait pu être son 1er vice-président, Guy Losbar, car entre les deux hommes au cours des 6 ans passéés, il n’y a pas eu que de l’amour. Il faut se rappeler que les victoires du GUSR, – le parti Losbarien – aux municipales 2020, ont semblé vouloir donner des ailes au maire de Petit Bourg et l’envie d’être calife avant le calife, mais Guy Losbar, bien conseillé en back office, a vite compris qu’il ne pouvait pas se tirer ainsi une balle dans le pied. Il s’est donc résolu à aller aux cantonales et l’absence de Josette Borel Lincertin, lui facilite amplement la tâche et complique encore plus celle du clan Lurel.

2/ Les nouveaux Candidats. Faut-il qualifier la candidature d’Alain Plaisir de nouvelle ? Oui et non. Le leader suprême du CIPPA, a très tôt démarré sa campagne. Il a en effet beaucoup dit, écrit discuté sur la fiscalité, sur les incohérences du système actuel,sur un statut PTOM pour notre pays. Le Cippa a fait jusqu’à la fin de l’année dernière le “buzz” sur ces questions et rameuté quelques déçus, mais est-ce suffisant pour remporter le sprint final ?

Max Mathiasin est moins nouveau qu’il y paraît. Proche malgré tout du courant Chalusien, honni par Lurel, vaguement soutenu par Jalton, il a tout de même réussi à rassembler autour de sa candidature le “restant” d’une gauche divisée. Dans l’hypothèse d’un second tour, accrochée à une autre hypothèse, la présence de Mathiasin, les socialistes non lurelistes pourraient s’affranchir des “consignes” de Lurel et soutenir Mathiasin. Pas sûr que l’inverse soit jouable…mais sait-on jamais ?

La candidature de l’ANG et de son grand konvwa est à la fois la grande et la petite nouveauté. #ANG un peu comme le CIPPA l’an dernier a aussi fait le buzz, mais au-delà, avec son konvwA-NG présumant de sa capacité, la “jeune” (?) organisation a vraisemblablement cru être en possibilité de jouer seule les auto-fédérateurs du courant patriotico-autonomisto-électoraliste !

Le konvwA-NG se devait de rassembler, PCG, UPLG et quelques patriotes isolés ou en perte d’influence : Bicep, Broussillon Malo et jusqu’au jeune Raphaël Lapin…

Au final le konvwA-NG ne sera pas ce qu’il souhaitait. (Petite parenthèse, d’une grande importance. Au cours des négociations entre #ANG et PCG, alors que pour la tête de liste (W. Selbonne), le PCG avait donné son total accord, #ANG s’est révélée être sur ce coup, un “satellite officieux” de L’UPPL en refusant d’accepter sur le la liste Konvwa Victor Arthein. Ex-maire de Port Louis, battu aux municipales par le leader de l’UPLL Jean Marie Hubert, actuel maire).

Cet épisode ultra-électoraliste, qui aurait pu être évité, n’est pas sans rappeler les anciennes oppositions (années 70) souvent très radicales entre le courant nationaliste et le PCG. Il ne faudrait surtout pas que ANG 2021 et ses jeunes adhérents  (mal informés sur l’histoire du Mouvement Patriotique,) ne soient pas un remake de l’UPLG de la période “On sel chimen…Sinon la penn pa vo !

Bien d’autres listes sont dans les starting-blocks, celle d’Éric Coriolan : Sentinelles Gwadloup, est-elle une liste crypto-nationaliste qui s’ignore ?  Christelle Nanor (ex Cippa) Leader de LGCA,  le parti Humaniste, que fera-t-elle au second tour ?

Cette élection, très particulière, plus distancielle et digitale que réelle, on peut déjà l’affirmer, ne changera en rien, la situation coloniale de notre pays. Il faudra vite l’oublier et œuvrer pour le grand mouvement populaire seul capable de changer la donne. Ces énièmes élections et leur inévitable lot de petites et grandes trahisons, d’alliances contre nature confortent le système colonial qui s’en amuse depuis Paris. En juillet 1985, le peuple guadeloupéen tout entier s’est levé pour exiger et arracher Georges Faisans, des geôles coloniales. Le mouvement Patriotique qui existait encore mais déjà divisé entre UPLG/MPGI-ARC n’a pas su (ou voulu) aller plus loin que les barrages.

En 2009, LKP a aussi mobilisé le peuple guadeloupéen, mais ce grand mouvement populaire plus syndical que politique n’a fait qu’ébranler le système sans arriver à le détruire.

Après ces élections, quels que puissent être les résultats, il devient donc urgent que les vraies forces anticolonialistes, patriotiques, progressistes, se fédèrent oublient l’épisode électoraliste, pour un 3ème mouvement populaire, politique cette fois. Mouvement capable d’ouvrir de nouvelles perspectives. Cela devient urgent, car notre pays envahi, déjà néo-colonisé toujours, sous contrôle, doit conquérir sa souveraineté.

Question : Est-ce toujours d’actualité du côté des patriotes de s’unir, ou doivent-ils continuer à s’épuiser dans des combats électoralistes sans finalité ?

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