Guadeloupe. Répression artistique et culturelle

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Gosier. Jeudi 14 avril 2021. CCN. Une soixantaine de personnes ont réservé ce soir au New Ti Paris pour diner et assister au concert de Stéphane Castry and Friends Sonny Troupé et Audray Clodion, et qui recevaient comme invité Yan Cléry, flutiste guyanais de passage chez nous en Guadeloupe. Conditions sanitaires obligent tout le monde était assis, la distanciation entre les tables respectée, un bar sans consommateur accoudé, et masques à portée de main en cas de nécessité.

Il faut bien comprendre que ces établissements qui tentent en cette période particulièrement difficile de garder la tête hors de l’eau, subissent une grande pression des autorités. Ils le rappellent fréquemment aux clients et savent qu’au moindre écart, ce dernier peut entrainer la fermeture de l’établissement.
Conscients de la chance qu’ils ont, les mélomanes sont en général très respectueux et appliquent les règles comme il se doit.
Le New Ti Paris est connu depuis fort longtemps et peut-être encore davantage depuis la reprise de l’établissement par Xavier Richardeau, pour la régularité de ses concerts intimistes en semaine (du mercredi au dimanche), mais aussi pour la qualité des musiciens qu’ils accueillent en ce lieu.
Fort de son expérience personnelle comme musicien professionnel, il a su donner à cet endroit un cachet particulier qui accueille une clientèle très éclectique.
Malgré son humeur artistique parfois, l’homme est fort sympathique et fait un maximum pour élever le niveau de ses concerts Lives chez nous. Nous sommes un peu dans l’esprit de ce qu’on peut retrouver au Sunset ou Baiser Salé à Paris. La radio de Jazz TSF d’ailleurs qui était présente en aout dernier sur le territoire, a fait toute une émission dans cet établissement avec plusieurs artistes présents pour l’occasion.
Xavier Richardeau n’est pas un administratif, ni un businessman. C’est avant tout un excellent saxophoniste passionné, qui fait du mieux qu’il peut avec ses propres deniers pour faire tourner son restaurant. Il ne perçoit, aucune aide, d’aucune collectivité que ce soit, et il se bat tant bien que mal !
Aussi quelle ne fut pas la surprise des clients, de voir débarquer dans son établissement, ce soir à 19H58 ,quatre policiers municipaux masqués !
Le tenancier de l’établissement s’est avancé vers eux, masqué également, pour connaitre la raison de leur venue.
Ils se sont tenus à l’écart des clients, et au bout de quelques minutes de discussion, le gérant s’est rapproché de la scène pour demander à Stéphane Castry, d’arrêter la prestation.
L’artiste un peu surpris et désappointé, relaie l’information auprès du public tandis que le propriétaire retourne auprès des agents. Les musiciens quittent la scène.
Le public interloqué ne comprend pas. Les voix s’élèvent petit à petit. Le chant patriotique « Chanté a lendependans » s’élève d’une table sur laquelle se trouve d’autres artistes professionnels venus apprécier le moment. Puis elle est rejointe par une autre table, pour dénoncer le mécontentement d’un tel acte !
Après le départ des policiers hués par les clients, Xavier Richardeau prend le micro pour informer ses convives, que depuis 4 ans et demi, un seul de ses voisins (intermittent du spectacle au passage) le harcèle. Plusieurs tentatives pour le déstabiliser et l’obliger à fermer son établissement ont été entreprises.
Pourtant Xavier Richardeau se plie à certaines exigences de ses voisins et de la municipalité, en ayant fait des investissements notamment pour réduire le bruit, et en mettant un terme aux concerts plus tôt chaque soir.
Il comprend et fait le dos rond. C’est un compromis à l’amiable auquel il fait face depuis toutes ces années.
Pourtant un seul homme a décidé de lui en faire voir de toutes les couleurs. C’est à se demander si ce drôle de voisin ne bénéficie pas de l’aide d’un tentacule particulièrement longue pour arriver à ses fins….
Pensant l’incident clos, les quatre mêmes policiers font de nouveau irruption dans la salle avec une tablette à la main et se dirigent vers Xavier Richardeau.
Nous saurons plus tard qu’ils sont revenus pour lui dresser une contravention « pour tapage nocturne » dans un établissement public à 20h !!!
Quelle guêpe les a piqués !! A deux jours d’un couvre-feu ramené à 19h selon l’annonce faite par la préfecture aujourd’hui, y avait-il vraiment besoin de faire une chose pareille ?
Le patron du New Ti Paris reprend le micro pour faire part à la salle, de la punition infligée, et de son intention de porter plainte. Il n’hésite pas de demander à ceux qui le souhaitent de laisser leurs coordonnées, s’ils acceptent de se présenter comme témoin de la scène quand l’affaire sera jugée.
En ces temps particulièrement difficile, on peut comprendre la déception des musiciens suffisamment mis à mal par cette crise sanitaire et dont ils sont les oubliés de l’histoire. On comprend également celle du gérant et de son personnel qui font tellement d’efforts pour respecter les règles et maintenir leur établissement ouvert en s’adaptant sans cesse aux contraintes de la Covid. On a pu percevoir également la déception du public qui profitait de sa dernière sortie avant le durcissement de la fin de semaine.
Cependant, plusieurs questions nous interpellent …
Pourquoi Xavier Richardeau n’a-t-il pas pris un avocat pour le représenter dans ce litige qui le lie à son voisin depuis autant d’année ?
L’état d’urgence, permettrait-il de dresser une contravention à un établissement ouvert avec terrasses, pour « tapage nocturne » à 20h, qui a l’autorisation et l’habitude de ce genre d’activités ?
On suppose que les policiers ne se sont pas trop éloignés des lieux pour revenir aussi vite, pensant peut-être que les musiciens auraient recommencé à jouer.
Une bonne raison pour fermer l’établissement pour non-respect de la décision de l’autorité publique.
Mais en quoi cette contravention dressée sans avertissement (dans la mesure où l’établissement fonctionne ainsi depuis des années) est-elle recevable en l’état ?
Quels recours Xavier Richardeau a-t-il pour se défendre ?
Nos compétences en matière de droit sont limitées et ne nous permettent par de répondre à toutes ces questions que chacun se posent.
Le regard avisé d’un expert même en l’absence de tous les éléments du dossier, serait le bienvenu pour nous éclairer en matière de droit et règlementation applicable aux lieux comme les bars et les restaurants à proximité d’un voisinage, diffusant des sons amplifiés avant 22h….