Guadeloupe. Café Littéraire. Techni’ka # 2 de Léna Blou : l’école du ka

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Gosier. Mercredi 7avril 2021. CCN. Les éditions Jasor ont convié le public au Kafé littéraire de l’Arawak pour rencontrer la danseuse chorégraphe Léna Blou, l’occasion pour elle de présenter le deuxième volume de son ouvrage Techni’ka, publié en décembre 2020.

TECHNIKACette nouvelle édition, plus dense que la première, nous dévoile les expérimentations et recherches de l’artiste sur le gwoka à travers ses sept déclinaisons : le toumblak, le woulé, le padjanbèl, le menndé, le graj, le kaladja et le léwòz. Ainsi, Léna Blou offre à son public – amateurs de danse comme professionnels – des pistes inédites pour penser et pratiquer la danse autrement de nos jours et mène à la réflexion sur l’histoire du corps dansant. Toute la complexité vient des concepts “bigidi”, “posture ka”, “repriz”, “lawonde”, et d’autres encore, pour en faire des marqueurs culturels.

Rappelons que dans le premier ouvrage intitulé Techni’Ka (Recherches sur l’émergence d’une méthode d’enseignement à partir des danses Gwo-ka), et publié en 2005, Léna Blou nous livrait déjà un travail de recherche et d’exploration chorégraphique au coeur de la culture guadeloupéenne pour rendre compte du caractère contemporain de la danse traditionnelle en Guadeloupe, le Gwoka, et revaloriser ce patrimoine créole dans son ensemble.

Pour animer le débat littéraire, quatre invités se sont joints à la parole et ont ainsi transmis leur analyse, perception et ressenti de l’ouvrage : Émile Romney, architecte, Céline Saingolet, membre de LAFABRI’K, Étienne Jean-Baptiste, ethnomusicologue, G’ny, auteure-compositrice-interprète.

Chacun s’est hâté de faire l’éloge de l’ingéniosité de l’artiste, de son pragmatisme et de sa volonté indéniable d’ouvrir le chemin aux autres générations de créateurs. G’ny parle d’un “accès à une lecture réflective, poétique et très humaine”. Emile Romney met l’accent sur la capacité de la danse à magnifier l’espace. “Les corps s’expriment et cristallisent l’espace autour d’eux”. “Léna Blou est une créatrice qui se préserve dans la recherche pour relever le défi de la transmission”, poursuit Etienne Jean-Baptiste. Faire école est donc tout l’enjeu du discours de Léna Blou. Pour elle, “le gwoka devrait être le nouveau mouvement artistique. Il faut arrêter de faire le mélange entre traditions et modernité… Le gwoka, aussi brute qu’il est, est déjà contemporain”.

La “Techni’ka”, c’est inventer, nommer les choses, et décrypter chaque pas du gwoka. Elle offre à la fois une théorie et une technique aux créateurs “de chez nous” qu’ils doivent saisir sans crainte pour imposer leur pays au reste du monde et le conquérir. “Les petits riens de notre territoire ont toute leur valeur”, conclut Léna Blou. C’est cette intuition qui lui a donné la force pour avancer et garder le cap sur son objectif : la légitimation d’une culture et du travail antillais.

Marine Molza