Guadeloupe. Analyse. Marie-Galante au fond du gouffre : la faute à qui ? Episode 3

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Grand Bourg-Capitale. Mardi 6 avril 2021. CCN. Au plan de-là gestion, La Communauté des Communes de Marie Galante (CCMG) la Ville de Grand Bourg, la commune de Saint Louis, sont d’après les contrôles effectués par la Chambre Régionale de Comptes (CRC) toutes en situation de déficit chronique. Ainsi l’émigration des jeunes pour des raisons économiques vers le Guadeloupe, ou ailleurs, le vieillissement de la population et la baisse cruciale de la natalité, font qu’avec environ 11000 natifs l’ile aux 100 moulins a déjà perdu près d’un quart de sa population. Si rien n’est concrètement fait pour rendre M-G plus attractive cette baisse démographique risque encore de s’accentuer au cours des prochaines décennies. Dans le même temps les franco-français, qui ont « découvert » ce bijou de l’archipel guadeloupéen s ‘y installent presque massivement. Au plan politique, à la fin des années 60 c’est le Dr Marcel Etzol, (UDF-giscardien) qui dirigea d’une main de fer Grand Bourg la capitale de MG et c jusqu’à son déchoukaj par l’équipe de Jean Girard en 1981. Puis il y eut la gestion pour le moins besogneuse de Patrice Tirolien (PS) maire de 1989 a 2013 auquel succéda le Dr @Mariz Etzol qui est de plus, présidente de la #CCMG. C’est cette « épopée » Marie-Galantaise rédigée pour #CCN par l’écrivain @Bernard Dendélé-Leclaire qui est ici racontée. C’est à lire.

1. Patrice Tirolien était-il un politique ?

TIROLIENLa grande victoire de la période Girard est d’avoir freiné l’exode en créant même des retours et des investissements au pays. Qu’en est-il sur ce point économique et démographique de la période Tirolien élu alors maire de Grand-Bourg en mars 1989 et qui le restera jusqu’au 14 mai 2013 ?

Il sera en effet vingt-quatre ans maire de Grand-Bourg, il sera aussi Député Européen de 2009 à 2014, Député de 1995 à 1997 et Conseiller Régional de 1992 à 2009.

J’ai vraiment du mal à trouver quoi mettre en perspective à part le Créole Blues devenu Terre de blues qui s’est toujours maintenu. On n’a pas entendu parler de gros problèmes de gestion à la Commune et pour la Communauté des Communes il en est de même. Vingt-quatre ans d’un long sommeil dont on n’a même pas l’impression d’une existence réelle.

Sinon Roland était-il un politique ? Il était sûrement un frère, un copain, un ami, quelqu’un de très sympathique a priori et la relation interindividuelle toujours d’un énorme respect mutuel. Était-il réellement à la barre ? A-t-il réellement pu occuper ou encore incarner son poste ? Lui a-t-on laissé la possibilité de faire comme il sentait, comme il prévoyait ou comme il pensait ? Les très rares fois où j’ai pu très rapidement en discuter avec lui j’ai toujours ressenti une profonde amertume en lui sur la tournure des évènements à Marie-Galante.

Ainsi très tôt, quelques mois après cette victoire contre Girard on apprenait avec stupéfaction le retrait définitif d’Isnard Pinsel et aussi de Claude Leclaire, respectivement, troisième et deuxième adjoints au Maire sous le règne de feu Patrice Tirolien qui nous a hélas quitté le 23 novembre 2019.     Ils auront j’espère un jour l’opportunité de s’expliquer sur cet abandon de l’équipe en place sans jamais mot dire. Ce dont je suis sûr est que les motifs doivent être solides.

Aujourd’hui n’est plus le temps de casser quoi que ce soit sur qui que ce soit, nous sommes tous fils et filles de Marie-Galante et cette île doit enfin passer avant tout pour son progrès laissant loin derrière nous notre égo haïssable.  Nous devons très objectivement analyser le passé récent afin d’entrevoir une porte de sortie car l’heure est grave s’agissant du devenir de notre île.

Rappelons que Patrice Tirolien s’est payé le luxe de démissionner de son mandat de maire en accordant au sein de sa majorité par vote interne la clé de la ville à la fille de l’ancien maire le Dr Marcel Etzol hélas décédé en 1985 dans un tragique accident d’avion. Ce dernier qu’il avait combattu quelques années auparavant avec l’équipe Rousseau devenue après l’équipe Girard.2

 2. Les Marie Galantais minoritaires sur leur île comme Saint Martin ?

Le Dr Maryse Etzol est depuis le 14 mai 2013, bientôt huit ans, maire de cette Commune. Elle est aussi Conseillère Régionale de 2004 à 2015, onze ans et Conseillère Départementale depuis 2015, ce qui faitETZOL six ans, elle est la sixième vice-présidente du Conseil Départemental de la Guadeloupe et bien sûr la Présidente de la Communauté des Communes de Marie-Galante depuis 2015 même. (Six ans). Mine de rien, déjà un très beau palmarès de longévité mais là, il va falloir rendre l’action à la tangibilité.

Simple comptabilité, une famille gère la Commune pendant soixante-quatre ans et une autre pendant vingt-quatre ans tenant compte de 2021 pour l’instant. Il s’avère que deux familles pendant presque un siècle (88 ans exactement) ont été à la tête des responsabilités du Pays.

Pour la compréhension de notre analyse et en pensant surtout aux jeunes d’ici et d’ailleurs qui n’ont plus grand goût à la lecture, cette note de synthèse parcourant l’historique comme une anthologie de nos personnalités politiques donnera un jalon pour mieux décrypter les évènements passés et surtout permettra à tous d’entrevoir les solutions, postures et visions nécessaires afin d’essayer de capter l’état d’esprit qu’il faudra pour remettre ensemble, en commun et en synergie autant de potentialités pour la réussite de cette île.

La division a assez duré et il est temps de se mettre autour d’une table pour penser (panser) Marie-galante. Si nous voulons renverser la tendance, il faut savoir a priori que personne en grand manitou solitaire n’y parviendra. Personne n’a la science infuse et si tel était le cas nous ne serions pas dans cet état de déliquescence. Il arrive un moment où il faut se rendre à l’évidence.

Marie-Galante va-t-elle devenir comme Saint-Martin, une île où les autochtones sont minoritaires chez eux ?

À l’issue de mon nécessaire descriptif, il est évident que si les Marie-Galantais ne se mettent pas ensemble pour mieux gérer et mieux appréhender l’avenir, il y va qu’au fil du temps, à un moment certain ce sera tristement la réalité puisque le processus à l’heure même où nous parlons a déjà commencé.

S’agissant de la vente des terres. Nous avons a priori la réponse. Qui vend les terres à qui et pourquoi ? Les maires ont-ils un poids sur les privés pour l’empêcher ? Difficile de répondre à l’affirmatif ou au négatif.  Ils peuvent toujours jouer de pédagogie pour l’en empêcher, mais la réponse à ce problème touche directement à la problématique du développement économique de l’île. À ce moment ils endossent effectivement toutes les responsabilités. Les Marie-Galantais vendent leur terre parce qu’ils ont besoin d’argent pour survivre et envoyer leurs enfants faire des études en Guadeloupe, en France ou ailleurs.

Pour contrecarrer cet état de fait nous devons repousser les limites des solutions jusqu’ici toujours préconisées.  Une politique de l’innovation, ambitieuse pourquoi pas révolutionnaire s’impose pour sortir de l’empirisme « agonique » qui nous mène des lustres depuis vers la faillite générale.

3. Marie Galante, une entité administrative autonome

Mairie grand bourg MGIl faut dorénavant concevoir Marie-Galante dans une « entité administrative autonome » dont le nom est déjà retenu « Les Îles du Sud ». Ces trois « Dépendances » de la Guadeloupe, je n’aime pas le terme, il m’incommode même, mais il est réel, et il faut l’employer pour bien comprendre sa lourdeur, elles subissent toutes cette même agonie depuis plus d’une quarantaine d’années. Aujourd’hui c’en est vraiment trop !

Nous retrouvons les mêmes maux, à savoir le prix de l’eau plus cher, le cabotage intempestif sans tenir compte de la Continuité Territoriale, la triple insularité, le prix des billets maritimes et aériens, dénatalité, moyens de santé réduits et limites, dépopulation, vieillissement de la population, arrivée massive de gens pour racheter terres et maisons, départ des jeunes, chômage, communes mal gérées et en déficits, commerces en bernes et achat massif sur le Continent, impôts locaux exorbitants, les politiques KO debout n’ayant plus aucun pouvoir sinon d’attendre la manne des Collectivités et de l’État.

La mauvaise ambiance sévit dans la population à cause des choix pour les individus politiques, cela génère des déchirures au sein des familles, des antagonismes stériles dans le voisinage d’où une impossibilité à pouvoir faire confiance à quiconque.  La misère sociale est grandissante, le RSA devient indispensable. Les routes sont défoncées, les sites touristiques mal ou carrément non entretenus.  L’indivision généralisée impose aussi la fermeture ou la vente des maisons et terres par les héritiers.  Nous assistons à une surconsommation d’alcool et de stupéfiants qui commencent à faire naître une délinquance intra-muros jusqu’ici inconnue.  Enfin s’agissant de la gestion du COVID nous pouvons parler directement d’un manque de lisibilité flagrant nous concernant sur place et encore davantage venant de Guadeloupe.

Ces îles, ces fameuses « Dépendances » dépendent hélas, c’est le cas de le dire, de plus en plus de la Guadeloupe qui a déjà du mal à survivre et plus nous avançons plus nous reculons. Il est évident qu’il va falloir revoir la donne puisque cette situation deviendra on ne peut plus explosive tôt ou tard

4. Quel avenir pour les Iles du sud ?

Sortir de l’empirisme voudrait dire que les îles du Sud se constituent en Collectivité d’Outre-mer afin de gérer en direct leur budget avec le Pouvoir Central. Ou alors en mettant en place un grand concept de Communauté d’Agglomération afin de mutualiser les recettes et les investissements. Il serait aussi possible de concevoir pour les îles qui le souhaitent un PTOM (Pays et territoire Outre-Mer) adapté afin d’être en capacité de bénéficier entièrement d’un budget clair et net afin de penser enfin développement économique et touristique.

L’avantage de cette opportunité serait de pouvoir mettre en interne des taxes permettant de rentrer quelques recettes supplémentaires. La vente des terres serait ainsi réglementée en interne et on ne pourrait plus faire du n’importe quoi. Nous avons l’exemple de Saint-Barth qui se porte économiquement très bien et d’autres territoires en PTOM comme la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française ou encore la Corse.

Il faudrait un vaste chantier avec nos intellectuels, nos politologues, nos experts et autres afin de penser au mieux ce possible en faisant des propositions à notre population et in fine au Pouvoir Central. En tout cas la question s’impose ou s’imposera d’ici peu.

Il est suicidaire de concevoir un avenir pour ces petits territoires en gérant le statuquo, en fermant les yeux, car ce qui nous attend sera terrible. Un jour il y a une génération qui posera des questions et qui demandera de lui rendre des comptes. Nous avons un devoir de questionnements, mais aussi un devoir de solutions. Il y a urgence, car il y a péril en la demeure.

Si la Guadeloupe ne comprend pas que les Îles du Sud sont trente ans avant ce que la Guadeloupe elle-même est en train de devenir alors nous sommes donc tous voués à un échec retentissant.

L’échec des Îles du Sud est le miroir, le rétroviseur de ce qui nous pend tous au nez. Nous n’avons plus besoin de politiciens pour gérer que la paperasserie quotidienne. Nous avons besoin de quelqu’un qui a une vision globale pour le pays Marie-galante en revoyant les relations avec la Guadeloupe et avec la France.

Nous n’avons pas besoin de carriéristes, des gens qui veulent en pantouflards laisser couler le temps sans mot dire et sans rien faire. On veut quelqu’un qui puisse réconcilier la population, redresser la tête de ce peuple, quelqu’un qui va soutenir et inciter à l’innovation et qui sera capable de mettre tout le monde autour d’une table pour repenser notre avenir.

La guerre des chefs est terminée, le peuple réclame des résultats sinon ayons le courage d’être démissionnaire en laissant ceux qui veulent et qui peuvent reconstruire ce Pays faire le job. À défaut de ne pas être en état ou en capacité d’améliorer la situation ayons l’honneur et le courage d’inviter à la table des négociations celles et ceux qui ont des idées et une noble image du Pays Marie-Galante.

Tout sera alors possible par Amour de notre population, par rapport à l’immense respect que nous accordons à notre Île et aussi à nos aînés disparus.

FIN

Grand-Bourg le, 25/01/2021 sur Les Hauteurs de Beaufils,

Bernard dendeléBernard Dendelé Leclaire.

Écrivain Marie-Galantais de (La) Caribénitude

Président d’Ambition Guadeloupe, Groupe pour l’application et l’implication d’une philosophie politique Antillo-Caribéenne.