
En exprimant notre indignation et notre réprobation de voir ce mouvement de chaises musicales et de transgression qui ternit la Politique en Guadeloupe, nous entendons déjà les exclamations sentencieuses de ceux qui se veulent «éclairés» pour nous rappeler qu’il n’y a pas de quoi faire un «plat». En France aussi, nous diront-ils, c’est pareil, le monde a changé, ce n’est plus comme avant ; seuls les imbéciles ne changent pas. Eh bien non !
En ce qui me concerne, je refuse d’emprunter ce boulevard de la démission, de la fatalité. Je ne me coulerai pas dans le moule de la pensée unique pour accepter ce qui est immoral et qui fait mal à mon pays.
Dans ce silence, fait d’accommodement et de banalisation de comportements indignes, condamnables, de trop de politiques et d’élus guadeloupéens, il faut bien que des voix s’élèvent pour dire l’inacceptable et affirmer que la Politique n’est pas du tout cette jungle peuplée d’hommes sans principes, sans aucune conscience de leur responsabilité qui défilent sous nos yeux.
Certes, des observateurs attentifs de la vie politique s’empresseront de nous rappeler que les trahisons, les reniements, les changements de camp ne sont pas nouveaux en Guadeloupe. C’est vrai. Il est possible de dresser une galerie exceptionnelle de portraits de transfuges politiques en Guadeloupe, durant au moins, ces cinquante dernières années. Mais, il faut reconnaitre que, depuis ces vingt dernières années et, plus précisément, depuis la loi de décentralisation de 1983, les pratiques politiques connaissent une mutation contradictoirement appréciée dans notre société.
En effet, autrefois, les changements d’étiquettes politiques, pour ne pas dire la «trahison», mot qui semble offenser encore les puristes, se faisaient exclusivement de la gauche vers la droite. On connaît en Guadeloupe des cas de transfuges célèbres, passés à l’adversaire de droite avec « armes et bagages », attirés par les oripeaux du Pouvoir et, souvent, vaincus par la corruption.
Dans les deux sens, ils cherchaient toujours à donner un contenu idéologique et politique à leur changement de veste. Mais, ils étaient toujours frappés du sceau indélébile de la trahison.
Aujourd’hui, l’évolution négative des pratiques politiques en Guadeloupe et la facilité avec laquelle une bonne fraction de notre Peuple semble s’en accommoder, est un indice sérieux du degré des mutations sociologiques au sein de notre société.
Cette évolution négative se matérialise, à gauche comme à droite, par le « saucissonnage » des Partis politiques organisés, structurés, et la création de multiples groupements politiques locaux. Il s’agit de véritables chapelles regroupant des individus autour d’un leader «minima», sans conviction et sans stratégie politique, avec pour seule et unique ambition, la conquête d’un mandat électif pour le «gourou» ou chef de clan.
Il ne fait aucun doute que la décentralisation, qui a rétabli le suffrage à la proportionnelle et a fonctionnarisé le mandat d’élu, en instituant un véritable salaire, a fortement contribué à cette évolution.
Les dernières élections, régionales de 2004 et générales de 2008, ont fait apparaître un comportement inédit, mais pas anodin : les oppositions politiques sorties des urnes se sont transformées, au mépris du mandat démocratique confié par les électeurs, en minorité de la majorité. Au nom du consensus «mou» qui prépare le terrain de la collaboration, ce déni démocratique inquiétant n’a semblé déranger personne, hormis, encore une fois, les communistes.
Le fait nouveau aujourd’hui, ce n’est pas le passage de Jeanny Marc et Daniel Marsin à droite, mais bien le passage de Gabrielle Louis-Carabin et des partisans du Modem de François Bayrou, à la Fédération du Parti Socialiste. Il faudrait rechercher au scanner, en dehors peut-être de l’accord Valeau/Communistes, lors des Sénatoriales de 1968, pour trouver un cas de transfuge, de la droite vers la gauche.
Mais, au fond, ne s’agit-il pas de gauche virtuelle, avec les socialistes de la Fédération ? Car, à regarder de près, n’y-a-t-il pas une base politique commune, intangible, entre Carabin -Bayrou-Lurel : l’attachement indécrottable à l’assimilation ?
Le danger de ces alliances, retrouvailles et fusions, réside dans le fait, qu’elles se font en dehors de toutes explications politiques rationnelles, sans référence à une quelconque idéologie ou conviction politique.
Mieux ! Ces alliances politiques, à travers les justifications apportées par leurs auteurs : « l’intérêt de la Guadeloupe, la personnalité «exceptionnelle» de celui à qui on fait allégeance, le financement des programmes locaux », participent à l’invalidation de la Politique.
Avec ces nouveaux scénarios, écrits par Victorin Lurel, Gabrielle Carabin, Alfred Dona-Erie, le Modem et bien d’autres, nous sommes au cœur de cette recherche insensée qui voudrait donner un caractère apolitique à la Politique.
Que l’on ne s’y trompe pas ! Il ne s’agit pas de phénomène de mode, d’accidents de parcours. Nous sommes bien face à un mouvement de fond, commencé depuis longtemps, qui ambitionne d’invalider la Politique et les politiques, de détourner les citoyens, par dégout, de la Politique. Le résultat espéré, c’est précisément ce qu’expriment doctement les auteurs des liaisons coupables : la stabilité, le statu quo, c’est-à -dire, l’acceptation de l’ordre établi, de la pwofitasyon, de la société capitaliste, destructrice de la planète, et que l’on présente comme l’horizon indépassable de l’humanité.
Ce mouvement prend sa source et sa vitalité dans le travail mené depuis ces trente dernières années pour imposer à la conscience des gens, ces idées pernicieuses : la fin des idéologies et de la lutte des classes, le « ni gauche, ni droite », la primauté de la « personnalité » sur les Partis et organisations politiques, le concept de l’élu apolitique, etc.…
En clair, l’objectif est double : effacer l’idée que la conviction précède la pratique politique qui, elle-même, donne la priorité au combat idéologique ; faire triompher la pensée de TALLEYRAND, homme politique français (1754-1838) «En politique il n’y a pas de convictions, il n’y a que des circonstances».
Plaçant la conviction au cœur de l’activité politique, avec pour objectif d’améliorer la vie de l’Homme par un développement harmonieux du pays, je dis avec force, qu’il n’est pas question d’accepter ce qui ne peut être qu’une régression, un retour à la barbarie. Notre Peuple et notre jeunesse ont droit à un autre mode de pensée, à un autre avenir.
Barrer la route, ici et maintenant, à cette dégénérescence politique, laquelle risque de gangrener notre Pays, est un impératif devoir citoyen.
Christian Céleste
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