Cinéma
14/4/2011
CCN

Guadeloupe. Le bonheur d'Elza, film guadeloupéen réalisé par une Guadeloupéenne, c’est déjà un évènement.
Pointe-à-Pitre. Jeudi 14 avril 2011. Enfin un film guadeloupéen sur nos écrans. Mariette Monpierre, qu’on avait «découvert» avec un documentaire sur Gerty Archimède, la première avocate et militante communiste guadeloupéenne, revient cette foi avec une histoire «sentimentale». Encore une femme. «Le bonheur d’Elza» est son premier long métrage. Attendu depuis 6 ans, il sort enfin. Mariette Monpierre s’est expliquée à CCN.
CCN : Deux mots sur votre carrière. Il y a eu des clips de konpa, de la pub et un docu sur Archimède, c'est un parcours obligé avant un long métrage ?
Mariette Monpierre : J'ai fait mes preuves dans des formats plus courts. J'adore les clips, les courts métrages et les pubs, car ce sont des formats moins surveillés par les producteurs. Je suis plus libre de m'exprimer pleinement, avec moins de contrôle du producteur ou du client qui regarde par-dessus votre épaule. Je peux être plus créative. Par ailleurs, la production est beaucoup plus rapide. Entre l'écriture du scénario, la recherche des fonds, le tournage, le montage et la sortie du film "Le Bonheur d'Elza", six ans se sont écoulés. Il faut donc être très concentré quand on travaille sur un long métrage. Entre deux longs métrages, je fais de la pub et des clips. Et les formats courts correspondent bien à ma personnalité. Je suis très « Culture pub » et clips parce que c’est frais, jeune et cela m’oblige à rester en contact permanent avec les nouvelles technologies.
CCN : Comment devient-on cinéaste guadeloupéenne ?
MM : Pour tout vous dire, je suis devenue réalisatrice de manière très timide. Je n'osais pas avouer que je voulais faire carrière dans le cinéma, car ma mère souhaitait avec beaucoup d’insistance, que je devienne professeur d’anglais. Vous imaginez ? Et puis un jour, je suis partie à New-York, et une fois là-bas, je me suis sentie comme libre et j’ai donc eu le courage de mes ambitions. J’ai commencé par des annonces pubs pour « Pepsi-Cola » avec Ray Charles, « Gillette ». J’ai fait la campagne « La Perfection au Masculin ». Les plus vieux s’en souviendront certainement ! « Pizza Hut », « Visa », « Federal Express ». De très gros budgets. Au bout de 15 ans de succès dans la production, j’étais prête à me lancer et à faire mes débuts comme réalisatrice. C’est Eric Basset d' «Aztec musique », qui m’a donné ma première chance en me demandant de produire et de réaliser des clips pour trois de ses artistes antillais : Edith Lefel "Marie", Ralph Thamar "Bois Un Coup" et un dernier pour Acoustik Zouk, "A fonds Larion". Ces gros succès m’ont vraiment permis de décoller. J’ai maintenant plus de 200 clips-concerts à mon actif, des documentaires, des courts métrages. Ce n’est pas rien. Et puis je vous dirai que je suis très fière d’être une réalisatrice guadeloupéenne. J’ai des messages à partager avec le public guadeloupéen mais aussi avec le reste du monde. Je suis une citoyenne du Monde. Je raconte des histoires universelles. Je suis une réalisatrice.
CCN : Certains s'installent à Paris et vous avez choisi New-York. Pourquoi ?
MM : Petite, j'allais très souvent au cinéma. Je vais vous faire une confidence. Ma tante Monique était caissière au... Cinéma Rex à Pointe-à-Pitre. J’avais donc la possibilité de voir les films plusieurs fois. Je les connaissais donc par cœur. Lorsque nous avons déménagé vers Paris, tous les samedis, ma mère nous emmenait au cinéma le Luxor à Barbès Rochechouart. Une très belle salle, très bien décorée comme il n’en existe plus, avec de beaux sièges rouge velours et un lourd rideau qui s’ouvrait lentement. Et là, je vous assure, j’étais au paradis. C'était magique. Je découvrais la culture, la musique américaine à travers les films américains. Ça me plaisait et toute petite, je rêvais déjà de vivre à New-York et de faire des films comme Woody Allen.
Je me suis plongée dans l’univers new-yorkais. J’ai donc été sélectionnée pour obtenir une bourse pour aller étudier à Smith college, une université dans le Massachussetts. J’ai donc quitté la France et je ne suis jamais revenue pour y vivre. Vous savez, une fois qu’on a gouté au Rêve Américain, on est comme accro.
CCN : « Le bonheur d’Elza », c’est un peu votre vie ?
MM : Il est certain qu'il y a des situations qui m'ont été inspirées par ce que j'ai vécu, mais on ne peut pas dire pour autant qu'il s'agisse uniquement de quelque chose d'autobiographique. il me semble que le personnage d'Elza renvoie à l'histoire de beaucoup de jeunes Antillaises ou Antillais d'ailleurs, qui ont vécu ce double déracinement, qui ont grandi en France au sein d'une famille mono parentale. A travers l'histoire d'Elza se profile la problématique de la double culture. Qui suis-je vraiment ? D’où est-ce que je viens ? Il y a chez nous ce besoin de partir à la recherche de ses racines, à tout point de vue, pour pouvoir se construire, ou se reconstruire. Effectivement, j'ai personnellement été confrontée à tout cela. Je suis née en Guadeloupe, j'ai grandi à Paris et j'ai ensuite fait ma vie à New-York, mais j'ai eu besoin à un moment de revenir en Guadeloupe, je me sens profondément Guadeloupéenne, même si je n'y vis pas en permanence.
CCN : Loin de New-York ou de Paris, il y a depuis peu, la naissance ou l’émergence d’un cinéma caribéen. Cela ne vous a pas échappé ?
M.M : Non, non pas du tout. Je suis l’actualité du cinéma caribéen, surtout les courts métrages car c’est là où l'on peut découvrir les nouveaux talents. Le dernier court de Marie-Claude Pernelle, par exemple, est magnifique. La première de mon film, en Martinique, se déroule dans le cadre du Festival Ciné Court. Je trouve que c’est une belle opportunité pour moi de rencontrer et de dialoguer avec les autres réalisateurs antillais.
CCN : La production d’un film comme « Le Bonheur d’Elza » : un parcours du combattant ?
MM : Oh yeah ! Un parcours du combattant ? Ah ! C’est vraiment la bonne expression. Il m’a fallu plusieurs années pour arriver au bout du tunnel. Le film a failli capoter à plusieurs reprises, mais à chaque fois, j’ai pu lui donner un nouveau souffle. Je vous assure que c’est très compliqué. Vous n’imaginerez pas les difficultés logistiques, les problèmes financiers qu’il faut surmonter pour sortir un film. Je souffle un peu. Je suis fière que le film existe et j’ai hâte de le partager avec mon public. J’aimerais aussi profiter pour remercier la Région Guadeloupe et son Président Victorin Lurel sans lequel le film n’existerait pas. J’ai reçu beaucoup de soutien tout au long de cette entreprise: le Conseil Général de Guadeloupe nous a fourni la maison de la Circonvallation qui nous a servi de lieu de tournage, d’hébergement et de bureau de production. La DRAC Guadeloupe et le Ministère des Dom Tom nous ont aussi suivis dans cette aventure.
CCN : Entre documentariste et cinéma d’auteur, vous avez choisi ?
MM : À vrai dire, tous les formats me passionnent. Les courts métrages, les clips, les documentaires, la pub et les longs métrages. Quel que soit le format, le cinéma que j’aime est celui qui m’oblige à penser. Sortir d’une projection et vivre avec un film longtemps après l’avoir vu est une expérience unique. Il ne faut pas laisser indifférent. Le cinéma est à la fois un divertissement et un instrument fort pour faire passer des messages.
Visitez le site officiel du film au www.lebonheurdelza-lefilm.com
SORTIE OFFICIELLE LE 22 avril 2011
Guadeloupe. Le bonheur d'Elza, film guadeloupéen réalisé par une Guadeloupéenne, c’est déjà un évènement.
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Pointe-à-Pitre. Jeudi 14 avril 2011. Enfin un film guadeloupéen sur nos écrans. Mariette Monpierre, qu’on avait «découvert» avec un documentaire sur Gerty Archimède, la première avocate et militante communiste guadeloupéenne, revient...
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