Dire Sonny…à ma façon
Par Frantz Succab
« A l’horizon qui baille à décrocher ses plages »…il y a des chansons qui se perdent dans l’onde, des mots qui se gaspillent à force de ne rien dire, des notes qui s’entrechoquent, toutes bêtes d’être tombées de leurs portées, et des rythmes qui jouent à s’évanouir, de syncope en syncope.
Ecoutez, compagnons ! Mourir est un départ, une sortie, la fin du spectacle, peut-être même le clou, que le public attend comme une divine coda. On s’en va. Sous les ovations, les huées ou, très souvent, entourés d’indifférence.
L’indifférence est l’air quotidien de la foule. On ne la voit pas, on la respire. Elle s’insinue partout sans oser dire son nom. Elle cavale par temps de grève, carnavale par temps de masques. Tout devient miroir parce que tout devient masque. Masques figés dans la béatitude souriante des gobeurs de scoops et de nouveautés…Tout notre monde il est beau ! Masques grimaçants de colère convenue, avec quelques gouttes de haine ruisselant sur nos figures de grands enfants sans innocence, qui brûlons nos jouets tous les quatre chemins, pour voir comment ça fait, le feu, quand le soleil ne suffit plus…Tout le monde il est méchant !
Mourir est une certitude. Sans cette certitude où trouverions nous la force d’aimer la vie quand même, jusqu’à jouer de ses incertitudes.
En écoutant chaque jour divaguer mon pays, je comprends que Sonny est bien mort. Je me dis parfois que si les cannes se saoulent encore de sucre jusqu’à se balancer sous le moindre alizé, si, entre deux cyclones, les bananiers s’entêtent à porter à bout de branche leur lourde progéniture, si les rares usines vivotent à qui-mieux-mieux de crise annoncée en crise certaine, si nos révoltes se font aveuglément radicales pour une couche de beurre avec l’argent du beurre…C’est certainement pour célébrer un deuil dont on ne se consolera jamais.
La mort est notre complice et veille sur nos songes. A chaque commémoration, je sens sur ma nuque l’œil narquois de Sonny qui à l’air de nous dire : « Mais qu’est-ce vous avez tous à me prendre pour Sonny Rupaire ? ». J’ai envie qu’il se taise. Il gâcherait la fête.
La poésie jaillissait de Sonny tant qu’il n’était qu’un homme qui s’interroge, tant que le désespoir colorait le réel de ces couleurs étranges, tellement étranges qu’il faut fermer les yeux pour se les fixer dans le cœur. Etranges couleurs, étranges paroles qui font d’une flaque un lac, d’une merde un bouquet de fleurs.
Une autre part de lui – sa part d’ombre ?- s’interdisait l’accès au doute, calfeutrée dans l’identité obligatoire. Elle s’enlisait dans le réel, se noyait dans l’ordinaire des jours où plus rien ne se passe mais où il faut quand même refuser l’inacceptable, conspuer la lâcheté, « être la bouche de ceux qui n’ont point de bouche », crier à la place du chien qui se tait quand l’homme est muselé.
Nous étions une horde de princes inconsolés bourrant d’optimisme notre désespérance. Proclamer la vérité quand, au détour d’une page, notre plume inclinait à transfigurer le réel, à couvrir d’arc en ciel la grisaille des colonnes. Nous étions préposés à la menuiserie de la langue de bois quand notre désir était de subvertir les mots et de pousser la langue jusqu’aux confins de la langue. On nous voulait glaneurs de proverbes sur terreau populaire jusqu’à rendre l’invention suspecte et la poétique populaire désuète.
Sonny est bien mort et déjà nous attend. Et la langue créole arpente les trottoirs. Cette langue a bien trop d’amants de passage. Ils lui prennent tout et ne lui donnent rien.
Alors, la langue de René Chicaté et de Thernisien Nomertin, la langue de Chaben et de Robert Loyson ne sait plus comment puiser en elle-même des beautés inédites. Elle a de petites vertus que le moindre chaland disperse dans l’air du temps.
Des maquereaux intraitables veillent au grain, grammaire à la main et micro à la cravate. Pourra-t-elle laisser librement battre son cœur au rythme qui est le sien ? Pourra-t-elle avoir le droit de changer d’air, de drivailler à sa guise dans ces lieux que la foule ignore comme de quelconques chemins de traverse ? Ne finira-t-elle pas par s’évaporer sous les caprices du moindre pétomane promu et adulé ?
La voilà qui s’enzouke pour faire in, qui dé-rape pour faire jeune, qui se vaudeville pour faire sympa, qui s’entiche, pour faire roots, du dernier apprenti maître ka plus soucieux de borner son lopin que d’ouvrir l’enclos qui nous étouffe tous.
Elle se sent mal barrée et la Guadeloupe avec. On leur fabrique dans les palais un destin sur mesure, un statut dernier cri. Leur rêve intime, personne n’en sait rien. D’ailleurs, ce n’est pas l’objet du débat.
Et Sonny nous attend, qui ne l’entendons plus.
Frantz SUCCAB
Guadeloupe. Sonny Rupaire, poète national combattant inlassable et immortel
Pointe-à-Pitre, lundi 28 février 2011. CCN - Lors des soirées consacrées à Sonny Rupaire, notamment à Trois-Rivières et au Lycée Carnot de Pointe-à-Pitre, le public a pu entendre ce texte de Frantz Succab, dit par le comédien Harry Baltus,...
http://www.caraibcreolenews.com/news,guadeloupe,1,3064,28-02-2011-guadeloupe-sonny-rupaire-poy-te-national-combattant-inlassable-et-immortel-.html
Nou fè-w viv èvè lokans a dwèt an-nou
An kadans a doulè an-nou
A lenbé an-nou
Nou fè-w ri a pèd souf
Lè sa té ka rivé-nou ri
E byendéfwa douvanjou
Lè lérépondè té kagou
Nou pwan sonmèy an kontribann
Tèt an-nou apiyé si zépòl a-w
Voilà un bel hommage rendu à l'époque par Sonny Rupaire à Gérard Lockel et au tambour Ka.
SHAKA (Gwakafwika)
Nou enmé ka-la
ka viv tanbou-la
Nou énmé son-lasa
Ka vénéré éritaj-lasa
Nou pa biswen ni bèl vwa
Pou èt répondè
Ni biswen èt gwan dansè
Pou rantré an wond-la
Sa enposib nou rété olwen
Oblijé vin bay lavwa
Asiré pa pétèt vin tapé lanmen
Ki yo vlé ki yo vlé pa KA-la ké toujou soné...
NègARY
Nou pa bizwen bèl lavwa
Pou nou sé répondè
Nou pa bizwen yé gwan dansè
Pou rantré an wonn-la
"Pou nou sé répondè", sa sé kréyòl an tan lontan moun pa jen ka tann ankò!
"Lékòl pou nou sé", sa pa ka di-w ayen kanmarad?
SHAKA (Gwakafwika)
Pa mandé mwen ékri kréyôl an tan lontan fwè-la an ké pèd fil an mwen !
Moun a générasyon annou ka konpwann myé kréyôl fwansizé-lasa
ou ka vwè sa an vlé di ?
Si on ansyen vin si CCN maké bon kréyôl-la sé klèw é nèt an pa kay konpwann ahak !
"Lékôl pou nou sé" sa pa ka di mwen ayen menm !
NègARY
Sa ou maké la yè tèwbolizé mwen toubòlman!
Gadé sa an pwan aka diksyonnè "Déterville"-la.
Être : v.i.
N'existe pas à l'infinitif et n'est pas exprimé sauf dans certains cas :
1) Il est malade = I malad
J'étais venu = An té vin ("té" étant la marque du passé)
Il partira = Ou ké pati ("ké" étant la marque du futur).
2) Être
Yé
. dans des phrases interrogatives
Où es-tu? = Ola ou yé?
. avec un présentatif
C'est là que je suis = Sé la an yé (qui peut devenir "la an yé")
. dans des expressions figées
Sa an yé an yé = Je suis ce que je suis
3) Être
Sé
. avec un nom ou un groupe nominal attribut
An sé wòch-fè
I sé on fanm
Sa kivédi kanmarad "èt" pa ka touvé-y adan kréyòl Gwadloup. Alò fò pa nou fè nenpòt ki biten! An pé ké jen lésé sa pasé! Ou konpwann? Gwadloupéyen ni mèt-lékòl, yo ni liv é yo ni entèwnèt pou yo pa maké nenpòt ki biten. Kanmarad, ès on fwansé té ké dakò on moun maké lang a-y nenpòt ki jan? Chèché mo ki pa adan lang a-y? AWA!!! Menm biten pou on anglé, on pannyòl é on alman!
"Lékòl pou nou sé?" E ben sé asosyasyon "Yo té pou nou sé" ki monté ni kat lanné on lékòl ola pèp Gwadloup ka vin apwann listwa a péyi a-y. E sé pou sa an kriyé lékòl-lasa "Lékòl pou nou sé".
SHAKA (Gwakafwika)
Si an fè fôt an dé mo maké an mwen sé tou a fè natirèl kon kanmarad korijé mwen...an pa ni dwa pwan'w mal...é sé pa lè ka !
Davwa mwen ka ékri kréyôl pou tout moun konpwann san chèché a rantré adan nannan a kréyôl-la menm
Sa on lôt ké kriyé : grammaire et compagnie...
Rèmaké kréyôl an mwen pa ni "ponctuations" kon la fwansé-la ka ékri gwan fwansé'ay li menm'ay...
Tèlman an ka fè la diférans...
An pa janmé apwann maké kréyôl ni konèt listwa annou adan liv sé pétèt byen pou sa si an ni sèten "lacune a combler".
An pa té sav i ni "Lékôl pou nou sé" /" yo té pou nou sé" opéyi on asosyasyon pou apwann listwa a péyi Gwadloup a pèp'ay...fo di'w osi dépi LKP wouivè zyé ahak pa kon avan...
Woulo Bravo !!!
NègARY