
Au lendemain du 60e Tour cycliste international de Guadeloupe, notre confrère, notre frère aîné, notre ami, Jean Chomereau-Lamotte, incontournable mémoire du sport guadeloupéen, s’en est allé le mardi 17 août au CHU de Guadeloupe, emporté par une embolie pulmonaire. A priori, il ne devrait pas y avoir de relation de cause à effet avec sa chute à moto lors du Tour.
Jean Chomereau-Lamotte s’en est allé rejoindre au paradis de crux dont le métier teat d’informer : Camille-Jabbour, Lonlon-Chartol, Henri-Métro, Roger-Bordy, Pierre-Mauranyapin, Ancelot-Belair, Robert-Belaye et tant d’autres qui comme Yves-Damprobe, Me Omer-Ninine, Me André-Lative, Serge-de Vipart, Ary-Ebroïn, ont apporté leur plume à l’éclatement de la vérité dans Le Nouvelliste, Match de Camille-Jabbour, Antilles-Matin et plus près de nous France-Antilles.
Nous connaissions bien ses qualités et ses défauts et nous l’aimions tel qu’il était. Malgré un comportement que certains assimilaient à de l'intransigeance, Jean cultivait la liberté de conscience, la morale, la tolérance, l'égalité, le devoir. Celui de s'ouvrir aux autres et de travailler ses rapports avec autrui comme nous travaillons nos relations avec nous-même. Un travail qui donne deux chances : celle de pouvoir nous rendre la vie plus supportable et celle de nous rendre meilleur par la fréquentation des autres.
Nul ne pouvait imaginer que la maladie viendrait à bout de cet homme, tant il semblait indestructible. Mais de l’avoir à 74 ans, trop sollicité, son cœur épuisé a capitulé.
A son retour de la guerre d’Algérie — période à propos de laquelle il n’était pas très bavard, encore que nous savions qu’il était en garnison à Colomb-Béchar — il intègre l’ORTF et travaillera à Paris de nombreuses années aux côtés de Jacqueline-Baudrier, Laurent-Barrat, Pierre-Olivier-Martin
Nous l’avons connu peu après qu’il se fut fait virer de l’ORTF Radio Basse-Terre — c’était sous de Gaulle —, malgré l’intervention du gaulliste de gauche Louis-Terrenoire, ministre de l'information d’alors.
Après avoir collaboré au quotidien Nouvelliste de la période Félix Cherdieu d’Alexis avec à sa tête Gérard Viratelle, le défunt crée l’hebdomadaire sportif La Tribune et travaille ensuite au quotidien du syndicat de sucriers : Antilles-Matin que préside alors feu Max-Martin. Avec quelques autres, il est sollicité par feu Jacques-Hersant pour lancer le 5 février 1965, le premier numéro du quotidien France-Antilles, qu’il ne quittera qu’à l’âge révolu de la retraite .
Un sentiment d’humilitéDe fait, ce qui impressionnait d'abord en Jean Chomereau-Lamotte, c'étaient une force et une énergie qui paraissaient inébranlables, à l'image des convictions qu'elles portaient.
Nous surprendrons le plus grand nombre quand nous assurerons qu’il cultivait la spiritualité, celle qui est révélatrice d'un sujet de préoccupation indissociable de notre vie intérieure. Dès lors, on comprend mieux que le défunt se disait souvent :
* - scandalisé devant la déliquescence des valeurs morales. Il était de ceux qui croyaient nécessaire de redéfinir les rapports humains à travers d'autres valeurs morales pour que ce monde où la matérialité ne doit pas être viable sans spiritualité, ne laisse grande ouverte la porte de l'intolérance dans laquelle s'engouffrent tous les intégrismes.
* - scandalisé par :
- le désarroi dans lequel vit une grande partie du monde contemporain.
- la renaissance, ici ou là, d'idéologies racistes et d'exclusion portant en elles la haine et la violence,
- le réveil des intégrismes de toutes natures, politiques ou religieux,
- l'indifférence des hommes devant la souffrance des autres, leur impossibilité de pleurer devant les larmes de douleur accompagnant l'horreur de tous ceux qui bafoués, torturés, jettent leurs derniers cris d'alarme et de désespoir.
Impressionnés par son éclectisme nous lui reprochions fréquemment de ne se cantonner que dans le sport et son histoire.
Notre confrère, notre frère aîné, notre ami, Jean Chomereau-Lamotte, s'en est allé sur la pointe des pieds, saluons sa mémoire. Il laisse son épouse Viviane (née Petit) et des enfants (Éric, Nicole, Murielle, Dominique) éplorés à qui nous présentons nos condoléances émues.
En ces moments de grande tristesse, comment ne pas éprouver un sentiment d'humilité quand nous comprenons à quel point nous sommes tous mortels, des hommes animés par des forces que nous constatons, que nous mesurons mais dont nous ne savons pas l'origine.
Peut-être est-il vain de chercher à savoir et suffit-il de chercher comment vivre avec le plus de conscience possible l'existence qui nous est donnée ?
Peut-être n'y a-t-il d'autre attitude que l'humilité, la spontanéité et le culte de la vie intérieure pour nous accorder avec la vie telle qu'elle se manifeste ?
Tout ce que nous pouvons faire, c'est de désigner par des mots ces relations qui nous dépassent et vivre en cherchant à être pleinement cet esprit qui découvre le monde comme un œil ouvert dans les nuées.
* R. Cazimir-jeanon,qui aujourdhui collabore à N.S a été rédacteur en chef adjoint à F-A.
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