En attendant la dictée créole, au rez-de-chaussée du bâtiment, les participants ont la possibilité de découvrir les bijoux artisanaux de Theresya Jackòt, connue également sous le nom de Jacky. Cette dernière confectionne des bagues, des colliers et autres boucles d’oreille à partir de pierres semi-précieuses ou de produits issus de la nature. Bien que résidant à Sartrouville (Val d’Oise), Jacky n’utilise que les services d’un fournisseur basé en Guadeloupe. Comme le dit Jacky, « les graines tombent au sol et, le plus souvent, ne repoussent pas. Je leur donne une deuxième vie ». Son matériel de travail est varié. Il va des graines au fil de fer torsadé et aux tissus, en passant par les pinces de crabes et les arêtes de poisson. Ce qui a commencé comme un hobby prend une place de plus en plus importante dans la vie déjà bien remplie de cette artiste.
Le stand voisin est occupé par Blaise Bourgeois, auteur de la série de livres pour enfants « Ti Niko ». Le personnage principal est un petit garçon issu d’une famille martinico-guadeloupéenne et a les mêmes questions que tous les enfants de son âge. Le premier volume, « Mais comment les grands y font les bébés ? », a été édité en 2005. Il a été suivi en 2007 du titre « Ma maman en calcul… elle plus que forte », puis, de « Ma tactique gagnante » en mars 2011. Lorsqu’on demande à Blaise Bourgeois pourquoi il a choisi ces titres originaux, il répond : « dans le milieu de l’édition, il faut sortir du lot, alors j’ai cherché des titres qui interpellent les enfants ». Ces albums peuvent être commandés sur le site des magasins Fnac. Par ailleurs, le 20 octobre dernier, les éditions Orphie, éditeur d’auteurs d’Outre-mer, ont inauguré une librairie dans le Ve Arrondissement de Paris, où les franciliens pourront se procurer, entre autres, les albums « Ti Niko ».
Enfin, le dernier stand est occupé par les sacs de Zando Kréasyon. La passion de Maguy Maes, la créatrice a débuté par hasard, après avoir déchiré l’un de ses jeans. Le sac original qui en a résulté a rencontré un grand succès dans son entourage, ce qui a poussé Maguy à créer d’autres sacs pour faire face à la demande. La créatrice travaille le jean et d’autres tissus, selon son inspiration, tels que le madras. Les différents modèles vont de la sacoche urbaine à la pochette très féminine, en passant par sa dernière création, le sac à plat. Ces sacs sont « destinés à toutes les femmes, pas seulement les antillaises », précise Maguy. Pour se consacrer à sa passion, elle a cessé son activité de comptable à plein temps en septembre dernier pour se consacrer à sa passion et créer son entreprise.
Vers 20 Heures, les organisateurs donnent le coup d’envoi de la dictée créole. Une cinquantaine de personnes, attirées par le bouche à oreille et le réseau social Facebook, prennent place aux tables disposées dans la salle. Des personnes de tous âges, noires, blanches, des familles avec enfants se mêlent les unes aux autres.
Le texte choisi pour la dictée est le poème intitulé « Gwadloup » de Guy Cornely. Après le rappel de quelques règles de grammaire créole, Tony Mango, membre du Collectif, commence la lecture. Le beau texte de Guy Cornely comporte quelques pièges, même pour ceux qui pratiquent le créole depuis l’enfance. La correction est l’occasion d’étudier la construction des différents mots employés par l’auteur et de dissiper les doutes des participants (Negmawon et non Neg mawon…).
Après la dictée, vient le moment de l’échange entre les participants et les membres du Collectif. Jean-Pierre Chaville, l’un des organisateurs, rappelle que la 10e édition du Tan Kréyol a été organisée en amont des Jouné Kréyol International, qui se dérouleront du 28 au 30 octobre 2011, dans le XIe Arrondissement de Paris. Ces journées font écho à l’action du Collectif. Ses membres ont formé bénévolement des professeurs en vue de l’examen de créole du baccalauréat afin de permettre à des élèves créoles nés en France de gagner des points tout en se familiarisant avec l’écrit d’une langue qu’ils pratiquent déjà en famille.
Les participants se restaurent au snack tenu par Nougatine, autre membre du Collectif et organisatrice de la soirée. Ce petit bout de femme, qui virevolte d’un endroit à l’autre, est l’âme de ces rencontres. Elle garde un œil sur la musique et les préparatifs de la suite des évènements, tandis que les odeurs familières de ses sandwichs à la morue et des sodas tropicaux embaument la salle.
Puis, les organisateurs invitent les participants à investir la salle de spectacle de l’Espace Henry Miller où ils sont accueillis par Manuel Allamellou, Adjoint au Maire de Clichy-la-Garenne. Ce dernier rappelle que le créole est une langue, reconnue par les linguistes, « pas un patois ».
Après quelques mots, Manuel Allamellou laisse la place au défilé de mode de la styliste S’tel Coezy, qui présente sa collection Eté 2012, baptisée Amazone.
Tony Mango endosse ensuite son costume de conteur et nous livre un texte-hommage aux femmes de sa vie : sa mère, sa fille… La scène ouverte est amorcée. Igo Drane, également membre du Collectif, fait la démonstration de ses talents de conteur.
La salle est pleine à craquer. Les sièges sont tous occupés et des personnes sont debout dans les escaliers ou dans le couloir. Chacun est prêt à accueillir la musique soul et les textes intimes de Swaany. La jeune chanteuse guadeloupéenne offre au public son histoire et son cœur.
Enfin, Biloute et son groupe de Gwoka fait son entrée et chauffe la salle une dernière fois, au son des tambouyés.
Ainsi se clôture la 10e édition du Tan Kreyol. Les membres du Collectif pour le Créole au Bac donnent déjà rendez-vous aux Jouné Kréyol International du 28 au 30 octobre prochains.