CCN : « Haiti is open for business »[1] est un élément de langage récurrent dans votre Gouvernement. Quelle est donc votre politique d’incitation pour que reviennent les investisseurs haïtiens et internationaux en Haïti ?
Wilson Laleau : Nous travaillons, premièrement, à faire en sorte que les entrepreneurs qui viennent faire des affaires en Haïti se sentent à l’aise et protégés. Nous sommes aussi en train de faciliter les formalités pour monter une entreprise en Haïti. D’ici septembre, nous expérimenterons aussi la réduction du délai jusqu’ici nécessaire pour monter une Société Anonyme, et pour les Haïtiens et pour les étrangers. De 10 jours, nous voulons réduire cela à une heure ou une demie heure, comme cela se fait dans d’autres pays. Mais il y a toute une législation à changer, et une commission ad hoc a été nommée pour cela. Outre les traités que nous avons signés mais qui ne sont pas encore ratifiés, il y a aussi un problème de dispersion des textes. Tout cela est un peu diffus. Le Code du Commerce en Haïti date de 1826, et il n’a été amendé qu’une fois, en 1844. Il y a donc pas mal de réformes à venir dans ce sens. Mais, d’ores et déjà, nous avons des incitations fiscales en projet. Par exemple, exporter sans payer de taxes à partir d’Haïti. Aujourd’hui, l’État haïtien s’engage à protéger les intérêts des investisseurs, à se mettre à leurs côtés et à les accompagner.
CCN : En 2008, la signature des Accords de Partenariat Économique (APE) entre les pays de l’Union Européenne et les pays du CARIFORUM, a fait l’objet de beaucoup de controverses. Votre Gouvernement renégociera-t-il ces APE ?
WL : Je ne suis pas en mesure de vous donner la réponse précise et définitive. Mais je peux vous dire que nous sommes en train de travailler dessus. Le 3 juillet, nous avons eu un atelier de la CARICOM avec des experts européens et haïtiens pour étudier l’impact de l’application de l’APE UE-CARIFORUM sur l’économie haïtienne. Dans son principe, Haïti accueille favorablement l’APE, mais, dans son application, il y a un certain nombre de clauses gênantes pour certains groupes sociaux ; et particulièrement le fameux article 238 en rapport avec les préférences régionales. Beaucoup de gens estiment que l’économie dominicaine est beaucoup plus flexible et compétitive. Donc, si nous ouvrons nos frontières et abaissons tous les tarifs douaniers, cela empêchera toute la petite industrie haïtienne de pouvoir se relever. Il nous faudra voir s’il s’agit de négocier certains moratoires, d’avoir une certaine flexibilité dans l’application de cet accord, mais également de négocier auprès de l’Union Européenne un vrai accompagnement de ce tissu productif, dans un premier temps, afin de nous permettre de jouer à armes égales sur ce terrain.
CCN : Quelles relations souhaitez-vous établir avec les Départements Français d’Amérique, au vu de la forte immigration haïtienne sur ces territoires ?
WL : Il y a déjà une communauté culturelle dans la région, nous partageons la langue ainsi que cette présence forte de ressortissants haïtiens sur ces territoires – et qui contribuent quand même au rayonnement de ces pays. Haïti a beaucoup bénéficié des DFA, que ce soit sur le plan de l’enseignement supérieur ou de l’aide humanitaire. Après le séisme, nous avons, par exemple, eu beaucoup de pompiers de la Guadeloupe. Il y a donc cette solidarité, dans la région, qu’il s’agit d’entretenir.
Nous pensons que la Caraïbe, aujourd’hui, n’a pas d’autre choix que de devenir vraiment une communauté. Elle n’a pas le choix, car l’Union Européenne est en train de s’ajuster, le monde est en train de changer, l’Asie est en train de jouer un rôle majeur dans l’organisation des affaires du monde, et il y a les pays d’Amérique du sud qui sont en train de se positionner. Donc, la Caraïbe ne peut plus continuer à jouer dans le même registre, c’est-à-dire avoir une économie complètement dédiée aux desiderata des pays dits développés. Il faut que la Caraïbe commence à se penser elle-même, à travailler pour elle-même. Par exemple, pour vendre un bien d’Haïti vers la Guadeloupe, ce dernier doit transiter par d’autres pays avant. Cela fait augmenter le coût des biens, donc nous avons besoin de régler ces questions.
CCN : Haïti va-t-elle intégrer l’ALBA ?
WL : Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question. Nous avons participé à des réunions…
Haïti. Wilson Laleau : " Il faut que la Caraïbe commence à se penser elle-même "
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Port au Prince. Mercredi 11 juillet 2012. CCN. Du 4 au 6 juillet a eu lieu, à Sainte Lucie, la 33ème rencontre des chefs d’État et de Gouvernement de la Communauté Caribéenne (CARICOM). Présent aux côtés de Michel Martelly, qui présidera...
http://www.caraibcreolenews.com/news,hay-ti,1,3900,11-07-2012-hay-ti-wilson-laleau-il-faut-que-la-caray-be-commence-yy-se-penser-elle-my-me-.html