De la part de ces deux fervents républicains, attachés au droit commun et respectueux jusqu’à la bêtise des institutions françaises, cela semble puéril, inconséquent, si ce n’était électoraliste et démagogique.
En effet, comment expliquer que les mêmes si soucieux de la légalité ne respectent pas les signatures qu’ils ont apposées en 2009, au bas d’un accord pour suspendre un conflit (accord Bino) et continuent avec le préfet, représentant de l’Etat et aux ordres de Guéant, à diaboliser le LKP, signataire du même accord ?
Comment ne pas se souvenir des appels répétés du président de Région à la répression contre le mouvement populaire de 2009, qui défiait l’autorité de l’Etat français, en posant des problèmes de fond, jamais abordés et jamais résolus ? Qui était ministre de l’intérieur en charge de l’ordre public ? Hortefeux frère siamois de Guéant et aussi grand républicain que lui. Comment oublier que le même président de Région a qualifié de fascistes des hommes et des femmes, simplement soucieux de faire entendre leurs voix ? Différente de la sienne, certes, mais bien réelle.
Comment expliquer que les mêmes si soucieux de respecter les lois et les principes républicains, ne lèvent pas le plus petit doigt contre les directives de Guéant, reconduisant à la frontière de la Guadeloupe depuis juillet 2011, en dépit du moratoire demandé par les Nations Unies et auquel la France a souscrit, les émigrés haïtiens, malgré la situation toujours difficile de leur pays, suite au tremblement de terre de février 2010 ? Alors qu’il ne le fait pas chez lui, en France hexagonale.
Comment enfin accepter qu’ils ne s’insurgent pas quand la police de ce même Guéant considère des syndicalistes comme des criminels en voulant prélever leur ADN et que la justice les condamne.
L’indignation, dont ces hommes font preuve à l’occasion de la sortie de Guéant sur les civilisations qui ne seraient pas d’égale valeur, serait crédible si, par ailleurs, ils avaient pour leur propre culture un respect affirmé, une considération plus grande. Mais force est de constater que la culture française est celle qui à leurs yeux est la seule qui vaille, même s’il faut de temps en temps, lui instiller une petite dose de folklore guadeloupéen. Guéant confond à souhait civilisation, culture et système politique pour rallier le bon sens français, auquel souscrivent le président français, MLP et Bernier.
Guéant parle en son nom et au nom du président-candidat qu’il vient représenter en Guadeloupe. C’est peut-être là le fond du problème. Car si ses propos sont si répréhensibles qu’on refuse de le recevoir en tant que représentant officiel de l’Etat, garant des institutions que l’on dit par ailleurs défendre, il faut l’attaquer comme le permet la loi, devant les tribunaux, pour propos racistes et xénophobes, faisant l’apologie de la différence entre les hommes… Le sont-ils ? Il faut interpeller aussi le président de la République, son mentor, que l’on a reçu en grandes pompes et avec sourires démesurés et qu’on a applaudi quand il suggérait de mâter « les indépendantistes » du LKP.
L’instrumentalisation des propos de Guéant par les socialistes Français et la montée au créneau des assimilationnistes martiniquais et guadeloupéens est symptomatique de l’utilisation que les Français ont toujours fait de leurs colonisés. Imbus des grands principes de la République, même celle de 1958, dénoncée par ailleurs par un ancien président socialiste qui la qualifiait de « coup d’état permanent », ils continuent de croire qu’on les aime et les respecte, car eux, ils les aiment et les respectent.
Ils sont toujours dans ce dilemme entre une affection sincère et des calculs au mobile trouble, un peu comme s’ils vivaient mal une relation amoureuse qui n’a pas bien commencé et qui arrive à la fin avec tout ce qu’elle comporte de souvenirs agréables et douloureux.
Ne pas parler des vrais problèmes, dont celui du mal développement de la Guadeloupe, conséquence en grande partie de ses liens de dépendance à l’égard de l’Etat français, de la responsabilité et du gouvernement et des élus qu’ils sont dans ce mal développement, semble être leur choix. En ce sens ils rendront service à Guéant de ne pas le recevoir. Ils ne pourront pas dès lors l’interpeller sur les vrais sujets (chômage, formation, délinquance, éducation, financement des entreprises, accès aux postes de responsabilité et aux médias, pour les originaires de ce pays…) autant de questions qui pourraient intéresser la population guadeloupéenne, en pointant sa responsabilité de vrai ministre de l’Outre-Mer
Voici un petit extrait de ce document cité:
« Le taux de chômage endémique, un système économique particulièrement dépendant des importations, la multiplication des addictions et des cas de déviance des jeunes, la progression de l’échec scolaire, la prégnance des phénomènes de désocialisation et d’exclusion de toutes sortes, combinés au fort cloisonnement de la société guadeloupéenne sont quelques uns des symptômes d’un profond mal-être de la société guadeloupéenne. » L’intégralité du document joliment intitulé : « La parole aux citoyens ! Construisons ensemble un projet guadeloupéen de société » est consultable dans ce lien :
http://moungwadloup.files.wordpress.com/2011/12/methode_pgs5.pdf
De plus, dans l’aire de compétences qui sont les leurs, ont-ils vraiment les bonnes cartes, les bonnes clefs, détiennent-ils la boîte à outils qui permettraient de régler efficacement les affaires de la Guadeloupe ? Où se situent les freins, les lourdeurs, les carences, les obstacles ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans l’économie guadeloupéenne pour que les résultats, les indices soient à ce niveau, que ce soit pour le taux de chômage, la balance commerciale par exemple ? Quels sont les instruments, les dispositifs qui seraient de nature à résoudre les sujets évoqués plus haut ? Ce sont à mon avis les questions qui doivent être au cœur de nos réflexions. Qu’un énergumène bave sa bile nauséabonde comme à son habitude, lâche son venin haineux, pourvu qu’il n’ait pas empoisonné nos sols. Ils le sont déjà malheureusement avec le chlordécone pour quelques générations.
Quand bien même les élus s’épancheraient devant un ministre sur nos problèmes, qu’est-ce que cela pourrait bien lui faire ? On ne peut confier à autrui le soin de régler ses propres affaires. Cela s’appelle prendre son destin en mains. La responsabilité dans la résolution de nos problèmes n’est pas du ressort de tel ou tel ministre, mais de ce que nous faisons collectivement pour nous en libérer.