CCN : Les Antillais vous connaissent bien, mais aussi la communauté ultramarine au sens large ou africaine. On peut dire que vous êtes un homme « multitâche ». Comment faîtes-vous face à toutes vos obligations ?
Claudy Siar : Pour l’instant, ma seule obligation, c’est d’être Délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’Outre-Mer. Mes préoccupations sont multiples puisque je reste co-propriétaire de Tropiques FM, parce que je vais reprendre mes autres activités journalistiques, que ce soit en radio ou en télévision. Je vais enfin et définitivement créer le mouvement « Génération Consciente », ici, qui sera le premier mouvement afro-européen parce que je pense qu’il est nécessaire. Aujourd’hui, aller plus loin, c’est affirmer notre présence, pas seulement en France, c’est déjà fait, même si les choses ne sont pas très simple en matière d’acceptation de nos idées et parfois de nos personnes par certains, mais je crois qu’il faut aller maintenant au niveau européen, très clairement. J’ai toujours essayer de concilier à la fois mes passions mais aussi ce que j’estime être des obligations. Lorsqu’on est issu de la communauté dont je suis issu, du milieu social d’où je viens, lorsqu’on est militant, lorsqu’on est vraiment quelqu’un d’engagé, on doit pouvoir faire beaucoup de choses parce qu’on en a les moyens, les possibilités et ça fait partie des combats. Lorsque je suis devenu un jour homme de radio et homme de télévision, c’est parce que je comprenais qu’à travers les médias, on pouvait faire passer des idées. Je me suis servi des médias pour faire passer mes idées et mes convictions.
Tout ce que j’ai fait dans ma vie, que ce soit dans le domaine de la musique, que ce soit en devenant chef d’entreprise, c’est parce qu’à un moment donné, il faut pouvoir tenir les rênes de quelque chose. Lorsqu’on est dans l’entreprise, on est dans l’antre de l’argent, même si je n’ai jamais eu de grandes entreprises. Tropiques FM, c’est 23 personnes mais c’est quand même important. Quelque soit les autres entreprises que j’ai créé ou dont je suis à la tête, j’ai toujours compris qu’à un moment donné, il faut entreprendre, avoir la culture de l’entreprise, pas seulement être employé, lorsqu’on le peut. Il faut se battre, même si dans votre structure vous n’avez que deux personnes qui travaillent avec vous, c’est pas grave, vous êtes quand même dans l’entreprise et nous on a besoin de ça en termes d’image pour nos enfants. Je ne suis pas quelqu’un ni qui me repose sur mes lauriers, ni qui me repose tout court.
CCN : Dans le cadre de votre fonction de Délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’Outre-Mer, quels dossiers avez-vous fait avancer ?
CS : Je suis arrivé à une période où je croyais qu’il était possible de faire bouger les lignes. D’ailleurs, pour certains dossiers, ça a été le cas, pour d’autres, non. Il est important que je le dise, je n’ai pas accepté par conviction politique, je n’ai pas accepté par envie de flirter avec le pouvoir. Sinon, cela aurait voulu dire que je ne souhaitais qu’une chose, entamer une nouvelle carrière dans un autre domaine, ce qui n’est pas le cas puisque j’ai dit, dès le départ, que je partirai, quelque soit le résultat de l’élection présidentielle. Je voulais vraiment comprendre comment ça fonctionnait, comment le système (je parle du Président Sarkozy), en ayant créé la Délégation, fonctionnait vis-à-vis de nous, qu’est-ce que tout cela voulait dire finalement. Je crois qu’à la fois, ça a du sens et, à la fois, il y a un manque de considération de la Délégation. Pas au plus haut sommet de l’Etat mais souvent, puisque c’est une Délégation interministérielle, vous êtes confronté à des ministères qui ne font pas grand cas de vous. Parfois, vous devez faire intervenir l’Elysée. Très clairement, je dis que l’Elysée a une vraie volonté de faire fonctionner cette Délégation et pour d’autres, ça peut sembler être un folklore.
Dans les dossiers sur lesquels je voulais vraiment avancer, (ce sont des dossiers qui ne sont pas politiquement correct). Je pense à Pierre-Just Marny, par exemple. D’ailleurs mon prédécesseur(et je le comprend) n’a jamais évoqué le dossier Marny ! cet homme, notre compatriote, en prison depuis 46 ans, il y avait quelque chose d’inacceptable. J’ai donc vraiment été au corps à corps avec l’administration pénitentiaire et le Ministère de la Justice. Nous savons que Marny a préféré mettre fin à ses jours alors que les portes s’ouvraient vraiment là où elles étaient fermées. Ses avocats le savent bien et l’ont dit d’ailleurs. J’avais réussi à ouvrir les portes, là où elles étaient fermées à double tour.
Le forum « Pourquoi pas moi ? » (21 février 2012 à Paris) sur l’entreprise, là encore, c’est créer un forum mais juste pour venir regarder les chefs d’entreprise d’Outre-Mer. C’est pour les jeunes chefs d’entreprise qui ont des difficultés aujourd’hui, qui ne sont pas dans les réseaux et pour justement leur amener tous ces réseaux-là, les grands chefs d’entreprise, les entreprises du CAC40, les personnes qui comptent dans le monde de l’entreprise en France, pour créer des réseaux, pour qu’il y ait des maillages et pour qu’ils puissent vraiment démarrer. Au sortir de ce forum, il y aura une entité représentative des entrepreneurs d’Outre-Mer dans l’Hexagone et en Outre-Mer. Ca, c’est important. Je suis dans ma perspective d’organiser la communauté. Mon rôle, et ce sera ça ma vraie victoire, c’est d’avoir pu, dans certains domaines mais pas dans tous malheureusement, organiser la communauté. Avec « NOS QUARTIERS ONT DES TALENTS » je viens d’initier « NOS OUTRE-MER ONT DES TALENTS » afin de permettre a des jeunes diplômés BAC +3 ou 4 (voir plus) de trouver des emplois au sein de grandes entreprises dans l’Hexagone ! près de 100 jeunes ont déjà intégrés ce dispositif. Dans le cadre du programme « SOLIDARITE » je vais signer une convention avec AIR CARAÏBES pour permettre aux antillais, guyanais démunis de bénéficier de billet totalement gratuit pour se rendre chez eux ! les associations, ont longtemps été le ciment de nos communautés dans l’Hexagone comme je l’ai dit à certains présidents. Mais aujourd’hui, il ne faut pas se faire d’illusion, les groupes sur Facebook sont bien plus puissants que vous. Continuez à mener des combats d’arrière-garde et à être des gens du passé. Même si à une époque, les associations étaient véritablement le ciment de nos communautés ici. Aujourd’hui, ce sont les groupes Facebook qui ont pris le pas ! les associations doivent changer et se fédérer !
Le dossier qui, je pense, avancera le plus vite, c’est celui de la téléphonie mobile, qui sera réglé. Volontairement, même si j’en ai parlé lors de ma présentation le 26 mai, je ne l’ai pas lancé avant. Alors, on aurait pu se demander pourquoi, ça aurait pu avancer beaucoup plus vite. Je ne le crois pas. Je crois que la téléphonie mobile, lorsqu’on parle de l’Outre-Mer, est devenue un enjeu politique. Les gens de gauche se sont réveillés, en disant « ah oui, c’est vrai », et le gouvernement de droite, qui m’a appelé à être Délégué, m’a dit, lorsque j’ai présenté le dossier, « OK, il faut qu’on y aille ». On a entendu la déclaration du Président. Il y a une réunion avec tous les services de l’Etat compétents en la matière et les opérateurs téléphoniques. Les opérateurs, avec qui j’ai déjà discuté et voir un peu négocié sont ouvert . Avant la fin du 1er mandat de N.Sarkozy, je pense que tout cela sera réglé.
Il y a aussi des dossiers qui ne sont pas des dossiers glamour pour les médias. Je pense par exemple, aux interventions que l’on fait au quotidien parce que les originaires d’Outre-Mer, dans ce pays, subissent des discriminations, dont personne n’a idée. C’est incroyable. Impossibilité pour beaucoup d’obtenir, lorsqu’ils sont dans la fonction publique, les échelons qu’ils méritent au regard de leur travail. Comme par hasard, les carrières qui sont bloquées ou freinées, ce sont celles des originaires d’Outre-Mer ou, en tout cas, celles des non-blancs. On a un problème, très clairement. Beaucoup d’interventions, beaucoup de problèmes de discrimination.
Des sujets pas très glamour, c’est lorsqu’on doit aider des associations qui ont du mal à fonctionner, à qui on refuse des aides alors qu’on les accorde à d’autres associations du même type. L’une des grandes réussites de la Délégation, c’est aussi le programme « Solidarité ». Nous allons lancer aussi la gratuité de billets d’avion pour les personnes qui ne sont pas retournées chez elles, sur les Antilles, Guyane et Saint-Martin, pour l’instant mais je pense qu’on ne pourra pas aller plus loin. C’est pour les personnes qui ne sont pas retournées chez elles depuis des années parce qu’elles n’en ont pas les moyens. C’est plutôt bien de pouvoir mettre en place ce programme. Certains m’ont accusé de faire de l’assistanat. Ce n’est pas de l’assistanat. lorsque j’entends tous les jours des gens appeler et être dans une telle situation, lorsque je deviens Délégué, j’ai envie de m’attacher à ces gens-là. Lorsqu’en mai, j’ai parlé de solidarité, tout le monde m’a dit « Solidarité, c’est quoi ce truc ? ». Depuis, le mois de septembre, tout le monde ne parle que de ça en France. Tout le monde ne parle que de solidarité en Europe. Très clairement, ce programme est très important pour la communauté. Je veux qu’elle s’organise pour elle-même. Dans le domaine de la culture, on doit pouvoir s’organiser et les assises des professionnels des musiques d’Outre-Mer, que nous préparons pour le 5 mars, permettront aux uns et aux autres, au sortir de ces assises, de donner naissance à une entité représentative. C’est pour être plus fort vis-à-vis des instances publiques de la Culture. C’est pour être plus fort vis-à-vis d’instances qui gèrent les droits des artistes, des producteurs, des éditeurs etc… J’ai voulu organiser aussi avec des associations des réunions. C’est beaucoup plus difficile parce que les uns et les autres pensent plus aux clivages politiques, au cancans, aux petites histoires : « si je suis l’ami de Karam, je suis l’ennemi de Claudy », des conneries de ce genre. J’ai compris que je ne pourrais pas rassembler les uns et les autres. J’ai donc mis un terme aux réunions que nous organisions.
Organiser aussi, dans le domaine des médias d’Outre-Mer et de l’Hexagone, que ce soit les radios, les télévisions privées ou les sites internet ou la presse. Chacun fait sa vie mais, à un moment donné, vous pouvez parler d’une seule voix pour que nous, toute la communauté, nous soyons plus forts ici. Lorsque vous avez le C.M.O.M. (Club Média Outre-Mer) qui interpelle les médias en leur disant : « vous n’avez pas dit ça », on a une entité qui nous représente. Je voulais créer plusieurs petites entités dans certains domaines et qu’après, tous se disent « créons une grosse entité représentative ». On peut faire le parallèle avec le C.R.I.F. (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France). C’est important. C’est ma vision militante du et des problèmes qui me fait agir comme ça. J’ai dit dans une interview que je viens de faire, « dans quelques mois, je ne serai plus là pour exhorter les uns et les autres à l’union. S’unir c’est bâtir, grandir ensemble et, nous, on est trop souvent dans la culture de la défaite. On ne comprend pas que les défaites des uns sont les défaites de tous et que les victoires des uns sont les victoires de tous ».
CCN : Qu’est-ce qui n’a pas bien fonctionné selon vous ? Et pourquoi ?
C.S. : Il y a une chose qui n’a pas bien fonctionné, c’est l’incapacité des nôtres à comprendre que l’on ne tire pas sur celui œuvre pour l’intérêt commun. Depuis l’âge de 17 ans, j’en vois passer des pseudo-militants. Ils passent, ils restent 3-4 ans et lorsqu’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, s’en vont ailleurs. j’ai 47 ans aujourd’hui. Ca fait 30 ans que je suis dans le combat et on a jamais rien lâché. La première manifestation contre les propos de Charles Trénet, en 1991, au moment où aucun Noir n’osait bouger contre ça, c’est moi qui l’ai organisé devant Antenne 2. Il y avait entre 3 000 et 4 000 personnes devant Antenne 2 qui se trouvait Avenue Montaigne à ce moment-là. La chaîne avait diffusé des propos de Charles Trénet insultants envers les Noirs. Je n’avais rien à faire de Charles Trénet mais comment le service public pouvait nous insulter comme ça sur notre télévision. Lorsqu’en 1993, j’organisai la première marche pour commémorer l’abolition de l’esclavage, personne ne voulait faire ça. D’ailleurs, ce sont les gens de ma communauté qui m’ont fustigé et m’ont dit que ce n’était pas ce qu’il fallait faire. 5 ans plus tard, il y a eu la marche 23 mai 1998. Tout a été comme ça. Lorsqu’en 1986-87, j’ai donné la liste des noms les plus répandus chez nous, j’avais dit que ces noms-là étaient des noms originaires des grands ports français de la Côte Atlantique ou des noms (comme Trouabal, Zizi) donnés par les agents de l’Administration Coloniale pour se moquer des nègres. Les gens m’appelaient pour me dire que ce n’était pas vrai et que je racontai n’importe quoi. Aujourd’hui, pour tout le monde, c’est évident… tout le monde sait. En plus, il y a le travail du C.M.98 (Comité Marche du 23 Mai 1998) et les ouvrages sur la Guadeloupe et la Martinique, « Non an nou » (Le livre des noms de familles guadeloupéennes). Tout le monde sait aujourd’hui mais, à l’époque, ce n’était pas le cas.
On a toujours mené les combats. Lorsque je vois des gens qui débarquent et qui trompent notre communauté, comme, par exemple, sur les histoires qu’on a raconté aux gens en leur disant qu’il y avait des billets moins chers pour aller aux Antilles. Quand je suis arrivé à la tête de la Délégation, j’ai reçu les gens des compagnies aériennes et il n’y a pas de billets moins chers. De toutes façons, s’il y avait des billets moins chers, plus personne ne poserait le problème, soyons honnêtes. Je ne suis pas là pour leurrer les gens de ma communauté. Je suis là pour dire exactement ce qui va et ce qui ne va pas. Ce qui ne va pas, c’est que, très clairement, le gros des freins que j’ai identifié vient surtout des gens de notre communauté. J’étais persuadé que j’allais devoir m’affronter à toute une classe politique, au sein du gouvernement ou dans l’opposition, face à nos idées, à l’égalité que l’on prône, et je me rends compte que je passe 60 à 70% de mon temps à éviter les coups portés par les gens qui sont de ma communauté, ces gens qui pensent être importants, qui gravitent dans le sérail politique français, que ce soit à droite comme à gauche. Et ça, c’est terrible. Je l’ai bien appris et je saurais m’en souvenir une fois que je ne serais plus Délégué interministériel.
CCN : En tant que Délégué interministériel, avez-vous eu les moyens nécessaires à votre action ?
C.S. : On a jamais tous les moyens nécessaires. La Délégation n’est pas dotée d’un budget énorme mais qui dit Délégation interministérielle, dit possibilité de discuter avec tel ou tel ministère en fonction des actions que vous voulez mener.
CCN : Comment travailliez-vous avec Madame Penchard ?
C.S. : Je ne dépends pas du Ministère de l’Outre-Mer, je dépends du Premier Ministre. En réalité, la Délégation dépend de l’Elysée pour être clair. Marie-Luce Penchard, et moi travaillons ensemble c’est d’ailleurs une amie (je peux me permettre de l’affirmer) Comme je dis tout le temps, j’appartient à une génération qui a réclamé à corps et à cris qu’il y ait à la tête du Ministère de l’Outre-Mer quelqu’un de l’Outre-Mer. On nous disait toujours non. On ne peut pas dénier à cette personne la volonté de faire quelque chose pour l’Outre-mer. On ne peut pas lui enlever ça. Plutôt que de dire « soutenons-la » pour que ça aille plus vite et qu’elle en fasse plus, il y a encore cette culture qui fait que lorsque c’est quelqu’un de chez nous on lui tire dessus. Si sété on blan ki té la, yo pa té ké tiré kon sa anlè’y. C’est ça, la réalité et je le dis aujourd’hui. Lorsque je vois quelqu’un de chez nous quelque part, j’ai le regard complice et je lui dis « Si tu as besoin de moi, je suis là. Tes victoires sont nos victoires à tous ». Il ne faut jamais oublier que la société française aujourd’hui, même si on parle de liberté, d’égalité, de fraternité, est hiérarchiquement dominée par une France européenne en termes ethniques, même si tout le monde tend vers plus d’égalité, veut lutter contre les discriminations, qu’on soit noir, blanc… On est tous d’accord sur le fond, la forme est différente. Je suis désolé lorsqu’il y a l’échec de l’un des nôtres, ça rejaillit forcément sur tout le monde. Si on a pas conscience de ça, on ne prend pas conscience du travail qu’il faut faire sur nous-mêmes pour accepter les nôtres. Je peux critiquer quelqu’un de chez nous qui est dans un combat,. Je prends mon téléphone et je lui dis : « Frère, Sœur, comme ça, c’est mieux. Si tu as besoin, je connais des gens qui peuvent t’aider ». C’est comme ça, qu’il faut fonctionner, sinon on y arrivera jamais. On sera toujours des peuples divisés et on sera toujours des peuples qu’on appellera tantôt « issus de la diversité », tantôt « minorité visible », tantôt « ultramarin ». Moi, je ne suis pas un ultramarin. Je suis un afro-caribéen de la Guadeloupe né à Paris. J’ai vécu dans un petit village de Haute-Provence mais le socle de mon identité, c’est mon afro-caribéanité. C’est ça, mon identité et je ne suis pas un négropolitain.
CCN : On parlait de critiques tout à l’heure, l’année des Outre-Mers en 2011 a été très critiquée aux Antilles. Qu’en pensez-vous ?
C.S. : C’est difficile pour moi de juger, avec une vision des Antilles, l’année des Outre-Mers. Maintenant, je vais juger ce que j’ai vécu. Je n’ai aucune implication réelle dans l’année des Outre-Mers, si ce n’est que j’aime beaucoup Daniel Maximin et depuis longtemps parce que c’est un homme extrêmement précieux intellectuellement parlant, pour ses écrits, ses engagements. Là encore, on a pas besoin d’être à 100% d’accord avec quelqu’un pour reconnaître qui il est et lui reconnaître les mérites qui sont les siens. Comme je dis souvent, l’année d’un pays en France, on ne la voit jamais. J’ai su que c’était l’année de la Chine parce que la Tour Eiffel avait été éclairée. J’ai su que c’était l’année du Brésil parce qu’il y avait un concert à la Bastille avec Gilberto Gil et je suis fan. Sinon, les années d’un pays en France, on ne les voit jamais. J’ai su que c’était l’année du Mexique parce que ça a été annulé. C’était d’ailleurs en même temps que l’année des Outre-Mers, donc ça ne collait pas pour moi.
Mais il faut bien reconnaître que l’année des Outre-Mers s’est vue. Il y avait des manifestations partout. Il y a eu des expos, de Césaire ou d’autres. Il y a eu des choses dans toute la France. J’ai participé à certaines manifestations en France : j’étais à Metz, à Bordeaux… Il s’est passé des choses mais c’est vrai, je le comprends, qu’il y a tellement de frustration en nous, on a tellement peu eu que lorsque nous avons quelque chose qui n’est pas à la hauteur de nos ambitions et de nos grandes attentes, é ben nou ka kritiké’y. Encore une fois, je ne critique pas ceux qui critiquent parce que je sais pourquoi !! mais il faut que l’on soit conscient que la critique est trop facile au regard de ce qui a été fait. Il faut peut-être aussi dire, sé grenn diri ka fè sac diri comme on dit et le petit pas que l’on fait, même s’il n’est pas suffisamment visible pour beaucoup, lorsqu’on va y adjoindre un autre petit pas, on se rend compte que la longueur vient déjà de doubler. C’est important qu’on réagisse comme ça.
CCN : Avez-vous été consulté dans ce cadre-là ?
C.S. : Non. J’ai été consulté sur l’année des Outre-Mers, au moment où je n’étais pas encore Délégué. Avec Daniel Maximin, on s’était vu pour mettre en place des projets ensemble qui, une fois que je suis arrivé ici, ne se sont pas fait même si il y a eu une collaboration par exemple, entre l’année des Outre-Mers et Tropiques FM. Cependant, nous avons produit ensemble une série qui s’appelle « Brèves Histoires d’Outre-Mer », qui était présentée, écrite, conçue par Roland Brival. C’est un programme que je voulais pour parler de différents épisodes historiques, politiques, sociétaux de l’Outre-Mer. L’idée était, en 1 minute 30, de donner envie, à ceux qui écoutaient ça à travers la radio et pas seulement, d’aller plus loin, de comprendre ces histoires-là, que ce soit des gens de chez nous ou pas d’ailleurs. Dans la voix chaleureuse de Roland Brival, il y a quelque chose de très fort.
CCN : Vous ne pensez-pas que la presse française a un peu « boycotté » votre action ?
C.S. : Oui, bien sûr. Mais tout comme lorsqu’il s’agit de l’Outre-Mer, les médias boycottent. Par exemple, en 2009, le seul média dans l’Hexagone qui parle de la grève à la première minute où elle commence, c’est Tropiques FM et ça a duré 44 jours. O a même continué encore un peu après. C’est nous qui avons informé. Il a fallu quinze jours pour que les médias nationaux commencent à parler de ce qui se passait en Guadeloupe, puis, en Martinique. On a vu à Tropiques FM, chaque jour, 3-4 chaînes de télévision, des radios, la presse écrite, qui venaient pour faire des reportages en disant « c’est le seul média qui informe ». On a même eu un jour la NHK, la télévision japonaise, qui est venu. C’est pour dire, un soir, Kareen Guiock, qui faisait son émission de libre-antenne « Laisse parler les gens », avait la caméra de BFM, de Canal +, France 2, France 3 et la NHK. Elle avait cinq caméras braquées sur elles. Lorsqu’il y a eu Mayotte dernièrement, les médias ont mis dix jours avant d’en parler. Lorsqu’il s’agit de l’Outre-Mer, on en a rien à faire. Lorsqu’il y a la moindre usine en grève en France Hexagonale, tous les médias en parlent dès le 13 Heures, dès le 20 Heures. Lorsque j’ai dit qu’il fallait que la télévision arrête d’occulter les régions d’Outre-Mer lorsqu’ils font un truc aussi basique que la météo, certains m’ont raillé sur ça et ont fini par comprendre.On veut nous faire croire que la France ce n’est que l’Hexagone et la Corse, qu’elle n’est incarnée que par ces deus territoires-là. A la limite je veux bien si on dit que nos pays sont les confettis de l’ancien empire colonial, que nous ne sommes pas français. Je veux bien sauf que ce n’est pas la réalité. Et puisque ce n’est pas la réalité, chacun va respecter la règle et la règle c’est que la France est désormais un archipel avec toutes ses terres. lorsqu’on occulte des régions, forcément on occulte leurs populations et les problématiques qu’elles rencontrent. CQFD. Le problème, c’est qu’on vous nie et c’est pour ça que lorsqu’il y a des grèves on en parle pas ou beaucoup plus tard. C’est pour ça que lorsqu’il y a le Gala des Outre-Mers, on en parle un petit peu mais pas trop. C’est pour ça que lorsque la Délégation fait des choses, on en parle pas. C’est comme ça. A la limite, ça ne me pose pas de problème. Je n’ai pas fait ça pour être sur les plateaux de télévision et être invité chez mon ami Taddei ou je ne sais où. Ca ne me pose aucun problème. Je suis venu pour travailler pour les miens.
CCN : Et aujourd’hui, quelle est la situation de la communauté antillaise en France ? Quels sont les problèmes récurrents ?
C.S. : Les problèmes récurrents, c’est tout ce qui découle de la discrimination, tout ce qui découle du manque de respect des ambitions de celles et ceux qui, dans le privé comme dans le public, voient leurs carrières bloquées. C’est les problématiques sur le logement, sur la reconnaissance en termes d’identité. Vraiment, on est sur un manque de considération mais le vrai problème de cette communauté, c’est qu’il faut qu’elle se repense. Il faut qu’elle sache qui elle est et où elle veut aller, très clairement. Le jour où on sera précis avec nous-mêmes et qu’on saura exactement ce que l’on veut, on pourra commencer à glaner des victoires. Pour l’instant, on est peu de chose. On est rien et on n’a pas compris comment ça fonctionnait.
Je plaide pour une nouvelle générations de jeunes qui arrivent et qui sont plus pragmatiques, débarrassés des clichés, des pesanteurs, des clichés des colonisés qu’avaient les gens de la génération de mes parents ou de mes grands frères ou même de ma génération. Je veux essayer de faire émerger de jeunes personnes. Lorsque je fais les assises des professionnels de la musique d’Outre-Mer, je mets des gens en avant. Je leur dis « c’est vous qui allez parler dans les médias, ce n’est pas moi ». Lorsque je fais le Forum, il y a plusieurs personnes, entre les Daniel Hierso, Alain Dolium et d’autres. Ce sont eux qui doivent être mis en avant. Moi, je peux venir parler de tout ça mais je veux favoriser l’émergence d’une nouvelle génération qui va en pousser une autre. C’était mon projet lorsque j’ai créé Tropiques FM : faire émerger une nouvelle génération parce que les autres ont fait leur temps ou ont échoué mais ces gens-là sont toujours là, s’accrochent. OK, accrochez-vous mais les jeunes vont prendre leur place et entrer dans le combat. Notre vie est un combat. Comme je dis, je sais d’où je viens. Ma mère nous a élevé. Elle travaillait la nuit à l’hôpital Saint-Antoine et la journée à la Clinique des Martinets. Elle y a laissé sa santé et sa vie. Lorsqu’elle est décédée à 69 ans, elle avait fait deux arrêts cardiovasculaires. Elle était hémiplégique et vivait sous dialyse de 20 Heures le soir à 8 Heures le matin. Elle nous a toujours dit « le sacrifice que je fais c’est autant de sacrifice que vous n’aurez pas à faire pour vos enfants mais vous allez devoir faire votre part aussi ». Elle nous a donné tous les moyens. Elle s’est sacrifiée pour qu’on ait à manger, les vêtements, pour qu’on fasse les écoles qu’on devait faire pour arriver. Lorsque vous êtes élevé comme ça, vous ne pouvez pas dire « tout ce qui compte, c’est ma petite personne ». Je suis sorti de la cage d’escalier, des quartiers populaires. Je pourrais très bien me dire « tout ce qui compte, c’est ma carrière. Je gagne très bien ma vie, je me suis battu pour ça, je me moque du reste ». Ce n’es pas ma mentalité. Je suis un militant quoi qu’il arrive. J’ai été blacklisté de France Télévisions, il y a quelques années, parce que j’avais soutenu, en 2004, Dieudonné. Pour mes idées, il y a plusieurs années, Canal + n’a pas voulu me prendre sur la chaîne parce que j’étais trop militant. Pas de problème, je comprends mais je ne changerai pas ma posture.
CCN : La montée dans les sondages de Marine Le Pen, c’est inquiétant pour les Antillais ou les Noirs de France ?
C.S. : Il y a beaucoup d’Antillais qui vont voter pour elle. Je l’entends dans la libre-antenne sur Tropiques FM. Elle est le fruit d’une société française qui est en pleine crise identitaire, qui est à un carrefour de son histoire. Ce pays-là, tant qu’il pensera, en tout cas, tant que ses élites penseront, et distilleront dans la population, que seule la France des clochers est la France qui vaille, que ça doit être la France de demain, cette France va stagner. Cette France n’est plus ou de moins en moins une référence pour les pays dits émergents, pour les pays du Tiers-Monde. Ils n’en ont rien à faire. Les chefs d’Etat des pays du Tiers-Monde ou d’Afrique sont sortis de la colonisation. La France a du mal à reconnaître tous ses enfants. En 1900, être français, c’était être blanc, catholique (parce que même pour les juifs, c’était compliqué). Quand je dis blanc, je veux dire homme blanc parce que les femmes n’avaient pas le droit de vote. En 2012, il n’y a plus de couleur ni de religion pour être français. Lorsqu’on se dit ça entre nous, c’est une évidence mais ce n’est pas une évidence pour les élites dirigeantes. Par exemple, Eric Zemmour, que je connais bien, dit qu’il veut continuer à voir la France des clochers. Mais non, la France d’aujourd’hui a des clochers, des minarets, des synagogues, des temples bouddhistes, des temples évangélistes… C’est ça la France désormais et, ça, c’est le retour de manivelle si je puis dire,( si je suis méchant). C’est le sens de l’histoire d’une France qui a été un pays impérialiste et qui a colonisé aux quatre coins du monde. Si on parle de francophonie aujourd’hui, si en l’Afrique, on parle français, si on parle français dans l’ex-Indochine, Vietnam aujourd’hui, si on parle français dans les Caraïbes, si on parle français en Amérique du Nord, c’est bien parce qu’il y a eu colonisation. Et ça, c’est le résultat de la colonisation quelques siècles après. Donc, il faut que la France accepte son histoire. Il ne faut pas, lorsque l’on vient légitimement dire que cette histoire-là est un épisode tragique de notre histoire, que la France oppose le non à la repentance. Ca ne veut rien dire. L’histoire de l’esclavage ou de la colonisation doit être une histoire partagée. C’est pour ça que quelqu’un comme Marine Le Pen a fini par comprendre, joue et ménage. Elle enlève tout ce qui est anxiogène, et elle dit « non, nous sommes un parti français nationaliste ». Comme elle est plutôt bonne, c’est une bonne avocate, c’est une « tribun », elle galvanise, elle récolte des suffrages. Comme on est en période de crise, on veut se raccrocher à celui ou celle qui parle mieux. Moi, ça ne m’étonne pas et j’ai même envie de dire qu’un jour, de toutes façons, dans ce pays, le Front National sera au pouvoir. C’est très clair et c’est peut-être Marine Le Pen qui sera au pouvoir. Peut-être que là, les uns et les autres comprendront quel est le vrai sens des combats qu’il faut mener. je viens d’apprendre qu’un de mes copains, un ancien du collectif DOM, Charles Dagnet, a rejoint le Front National. Il sera celui qui portera un peu l’Outre-Mer. J’étais un peu étonné. A la limite, ça ne me dérange pas plus que ça, je ne critique pas les gens en fonction de leurs obédiences politiques. Moi, par exemple, je n’ai pas de parti politique. Lorsque j’ai été nommé, les gens ont dit « il était à gauche et maintenant, il est là ». Je défie quiconque de me trouver une carte d’un parti politique auquel j’aurais adhéré !! C’est-à-dire que droite comme gauche, sur les questions qui nous occupent, n’ont jamais été très bons. Sur le bilan de la Ve République, j’ai regardé ce qu’avait fait Pompidou,Giscard, Mitterrand, Chirac sur les questions de l’Outre-Mer et j’ai vu le peu de choses qu’ils ont fait. Lorsque vous regardez, vous vous dîtes que Sarko a fait plus qu’eux. Sarkozy n’est plus dans une posture paternaliste vis-à-vis de nous, ce qui était le cas de Chirac, de Mitterrand, de Giscard. Quand tous venaient aux Antilles, ils y avait quelque chose qui relevait de la colonisation. Sarko n’est plus dans ce truc-là avec nous et c’est ce qu’on veut. Tous préfèrent quelqu’un avec qui on va pouvoir confronter les point de vues voir s’affronter mais qui va parler d’égal à égal. Les discours qu’il a prononcé, j’aurais voulu que d’autres chefs d’Etat avant lui viennent dire que l’histoire de l’esclavage, c’est notre histoire à tous, pas seulement l’histoire des Noirs. Le 10 mai 2011, il l’a dit. Lorsque Césaire entre au Panthéon, il reprend des extraits de « Discours sur le Colonialisme ». Lorsque, nous, on osait parler comme ça, reprendre les propos de Césaire, on était marginalisés, blacklistés. Moi, ça m’a coûté cher de faire ça et il y a un Président de la République qui lui a brisé le mur !. Ce n’est pas l’humaniste de gauche Mitterrand qui l’a fait, ce n’est pas Chirac qui adorait les Antilles qui l’a fait mais c’est Sarkozy, que certains originaires d’Outre-Mer détestent. Encore une fois, ça ne fait pas de moi un membre de l’UMP car, je le dis très honnêtement, je suis allé à une convention UMP qui était sur l’Outre-Mer. Ils m’ont demandé de parler et je leur ait dit ce qu’était l’Outre-Mer, ce que certains responsables ici devaient faire, parce qu’il n’est pas normal que onus soyons considérés comme les confettis de l’ancien empire colonial français. Ils ont vu ma ferveur et les gens applaudissaient à ce que je disais J’étais étonné. Ils m’ont dit qu’il fallait adhéré et j’ai dit non, je n’adhérerai pas. C’est comme ça que je vois ma vie, je n’adhère pas à un parti. Je n’ai jamais adhéré à aucun parti et je ne le ferai jamais. Je dis aux nôtres, il faut pouvoir être courageux, engagé mais surtout pouvoir être honnête et, moi, je crois que je le suis.
CCN : Du coup, est-ce que votre fonction a changé votre vision des clivages politiques ?
C.S. : Oui, totalement. J’avais déjà une idée de ça. Là maintenant, je le vis. Je ferai toujours aussi peu confiance aux appareils politiques, ça c’est sûr, mais on se rend bien compte que ce sont des histoires de personnes. Duke Ellington disait qu’il faut rencontrer les personnes qu’il faut au moment où il le faut. Il y a des gens dans ce gouvernement, dans l’appareil d’Etat, qui ne sont peut-être pas favorables à une promotion de l’Outre-Mer. Cette promotion ce n’est pas donner des privilèges aux gens, c’est très clairement redonner de l’égalité. Nous, on parle d’égalité. Evidemment, les choses ont changé mais on reste sous la ligne de flottaison et, ça, c’est pas normal. J’en veux aussi à bon nombre de nos élus en Outre-Mer qui ont fait si peu ou pas assez. Sur l’histoire de la téléphonie mobile, c’est pas moi qui aurait dû m’en emparer comme ça. Lorsqu’on est Président de Région, lorsqu’on est Président de Conseil Général, on a quand même un pouvoir sur l’Etat, la possibilité de mobiliser ses troupes, plus que moi, Délégué à Paris, entouré de gens qui ne comprennent pas toujours ce que je raconte. J’en veux aussi à nos politiques font parfois plus de clientélisme qu’autre chose. Par exemple, lorsque je vois que sur mon programme « Solidarité », il y a un petit ouvrage du Parti Socialiste qui est sorti pour attaquer Sarkozy. Lors du Noël que j’ai organisé pour des enfants issus de familles défavorisées, on a donné des cadeaux à près de 840 enfants, l’opération a coûté 73 000 €. Faîtes le calcul, entre la grosse après-midi qu’on a offert aux gamins, les ateliers, les goûters. A Paris, il y avait 380 enfants et leurs parents venus pour y assister. Et après, en Province, on a envoyé des cadeaux. Quand vous voyez que vous êtes attaqué par des gens de chez vous, des gens que vous connaissez bien, des gens que je considérais comme mes copains, des gens qui disent, dans le bouquin, « Noël pour tous, Claudy Siar a joué les Père Noël, ça a coûté tant d’argent. Il y avait dans l’équipe un membre de sa famille parmi les équipes qui travaillaient ». Il y avait mon frère qui, quoi qu’il arrive, est toujours à mes côtés et qui est venu me donner un coup de main à moi, en tant que bénévole. Sa société n’a jamais travaillé pour la manifestation. Lorsque ce sont des gens de votre communauté, ce sont vos copains qui écrivent ça et qu’ils n’ont rien compris. Les combats qui sont les miens sont des combats légitimes. C’est pour ça que lorsque des gens de chez moi mènent des combats, même si ce ne sont pas mes amis, même si je ne suis pas d’accord avec eux, mais jamais je ne les attaque. Je sais pourquoi j’ai eu droit à ce traitement, c’est parce que j’ai osé écrire un communiqué suite au rapport sur la délinquance en Guadeloupe où on accusait les Guadeloupéens d’ascendance africaine. J’ai juste repris les propos de la criminologue, Gaëlle Comper, en étant très respectueux vis-à-vis d’elle et en disant que c’était inacceptable. C’est tout ce que j’ai fait et ça m’a valu quelque chose sur une opération que j’ai créée. D’ailleurs, dans ce petit ouvrage, ils ne disent pas que c’est pour les démunis. C’est une forme de malhonnêteté mais j’accepte, c’est pas grave. On avance, comme on dit. Ne nous fâchons pas.
CCN : Justement, est-ce que vous avez perdu vos amis d’avant ou les vrais sont-ils restés ?
C.S. : Comme on dit, les vrais amis, on ne les perd pas mais j’ai perdu certainement des gens ou les regards sont différents parce que, en règle générale, les personnes que j’ai perdu, ceux qui se considéraient comme étant mes amis, avaient beaucoup d’ambition et n’ont pas compris qu’on m’ait appelé alors que je n’avais rien demandé. A un moment donné, il y a la jalousie qui s’installe. Et puis, il y a ceux qui n’ont pas compris et qui ont dit : « Claudy Siar nous a trahi, maintenant, il est à l’UMP ». D’un autre côté, je peux comprendre qu’ils ne comprennent pas parce que, souvent, ils mettent leurs ambitions avant leurs convictions. Moi, je mets mes convictions avant mes ambitions. C’est pour ça que dès le départ, j’ai dit que je partirai. Je n’attends pas sur l’Etat, sur la politique pour vivre. Je n’ai pas besoin de ça. Je gagne mieux ma vie en étant pas là. Je l’ai donc fait par conviction mais en disant que je ne le faisais que parce qu’il ne reste qu’un an. Après, je retourne à mes affaires.
Tous cherchent des postes. Je rigole lorsqu’on me raconte « Untel était là, Untel a demandé ci, Untel a demandé ça ». Ils veulent des postes, qu’on les place etc. Un jour, plus tard, lorsqu’il y aura prescription, je ferai un bouquin et je donnerai les noms de toutes celles et tous ceux qui ont réclamé, qui frappaient à la porte des ministères, de Matignon, de l’Elysée, pour demander des petites choses. Un jour, je dirai. Ca va surprendre mais je le dirais lorsque ces gens seront à la retraite ou hors-circuit, pour ne pas leur porter préjudice.
CCN : Pourquoi souhaitez-vous quitter votre poste avant le début de la campagne des présidentielles ?
C.S. : Il faut que j’explique quelque chose : lorsque les ministères tomberont après l’élection présidentielle, la Délégation ne tombe pas. Elle peut continuer. Je peux continuer tant que le nouveau Président n’a pas signé le décret pour me dénommer, je peux rester jusqu’au bout. Une Délégation interministérielle est liée directement au Président de la République. Tant que le Président, et il y a la continuité de l’Etat, ne me dénomme pas, je reste en poste, contrairement aux cabinets des différents ministères. Je pourrais rester en poste. Cela dit, le prochain président qui arriverait, imaginons que ce soit Hollande, je pense que, comme on est dans des clivages primaires politiques, dirait qu’il faut me dénommer car j’ai été nommé par « l’autre P.R». Mais comme je ne souhaite pas rester, le problème est réglé. Contrairement à mon prédécesseur, je souhaite que la Délégation continue parce qu’elle a du sens, quelque soit le parti politique qui arrivera ou restera !. Ils chercheront quelqu’un d’autre pour me remplacer. Il faut ce ça continue. Je crois que c’est important.
J’ai envie de reprendre mon travail à la radio et aussi à RFI en tant que journaliste-animateur-producteur, je veux refaire de la télévision et je veux créer mon mouvement. Je veux sortir d’abord de la Délégation. Je ne l’ai pas fait parce que j’avais des ambitions. Je ne prends pas de plaisir à faire ce que je fais. Ce n’est pas le but d’ailleurs. Le but, c’est de faire quelque chose pour les miens. Lorsque je referais de la radio, je prendrais du plaisir, c’est pas la même chose. Dans la vie, il ne faut pas que jouir, il faut aussi s’engager, se mettre au service des autres. Cela dit ce que je vis est une expérience extraordinaire !
CCN : Allez-vous faire entendre votre voix durant cette campagne ?
C.S. : Non car je l’ai dit dès le départ, c’était la condition sine qua non dans la discussion avant que je n’accepte d’être Délégué, je ne ferais pas de campagne présidentielle parce que les combats que je mène m’oblige à ne pas m’engager pour un camp ou pour un autre. Peut-être qu’un jour ça m’arrivera mais ce moment n’est pas venu.
Je ne m’engage pas mais je ne vais pas dire ce que je ne pense pas. C’est-à-dire, que je n’irai pas donner mon avis sur Mélenchon, ni sur Hollande, ni sur Marine Le Pen, ni sur qui que ce soit, parce que j’ai dit que je ne faisait pas campagne, donc il n’y a pas de raison que je m’exprime et parce que le rôle qui est le mien, en tant que haut fonctionnaire aujourd’hui, m’interdit de faire campagne. Maintenant, celui qui m’a appelé à ces fonctions, c’est le Président de la République. Pour moi, il n’est pas l’homme d’un parti, il est le chef de l’Etat : c’est lui qui m’a permis de réaliser ça, pour les miens. S’il dit « voilà ce que mon équipe a réalisé pour les Français d’Outre-Mer », il aura raison parce que c’est lui le patron. Moi ,dans ma boîte, lorsque j’emploie des gens, si ils remportent des succès, c’est pour ma boîte, c’est tout à fait normal. Je suis très content que les uns et les autres viennent dire « nous avons réussi ça pour l’Outre-Mer ». Je suis pragmatique : je discute avec ceux qui vont faire des choses pour nous. Ce n’est pas que je n’ai pas de conviction, j’en ai : je ne discuterai jamais avec le Front National. En revanche, je peux discuter avec tout le monde, la gauche, la droite, l’extrême-gauche, parce que dans mes idées, j’ai plutôt été très longtemps d’extrême gauche, ce que l’on considère être des idées d’extrême gauche, et avec la droite traditionnelle. Quand on me dit que la droite, c’est les « charters » et tout ça, je dit que sous la gauche aussi, il y avait des charters. On renvoyait les gens en Afrique, en Asie, dans le Maghreb, des gens en situation irrégulière. Les deux grands partis sont à égalité sur beaucoup de choses. Après, ce sont des questions de convictions et d’idéaux.
CCN : Qu’est-ce que cette expérience interministérielle vous a apporté sur le plan personnel ?
C.S. : Ca a été extrêmement dur de lire certains attaques contre moi, certaines critiques contre moi car elles étaient infondées évidemment. Je ne pensais que je serais capable de supporter autant de malveillance et d’injustice. J’ai puisé en moi les ressources nécessaires et surtout je me suis souvenu que j’étais issu d’un peuple qui était né dans les fers de l’esclavage, que l’injustice était inscrite dans les gènes et que tout ça n’était rien au regard de ce que mes ancêtres ont subi. Surtout, lorsqu’on peut se regarder dans la glace, qu’on est sincère avec soi-même, il n’y a pas de problème. On prend des coups, mais on se dit, j’ai l’habitude. Sur un plan personnel, ça m’a beaucoup apporté mais ça a été très dur durant un bon bout de temps. Je crois que ce qui m’a vraiment fait mal, c’est de voir que c’était celles et ceux pour qui je m’étais engagé, qui m’attaquaient. Je m’attendais à être attaqué par tout le monde. Je savais qu’on allait m’attaquer parce que j’avais été copain de Dieudonné. Je pensais que les médias traditionnels de France Hexagonale allaient m’attaquer sur ce que je suis, mon côté militant. A la Réunion, j’ai été attaqué, on a repris le « Canard Enchaîné ». Je pense que c’est la seule page qu’ils aient lu du « Canard Enchaîné ». Je n’avais jamais vu ça et des gens de ma communauté, que j’ai identifié, je sais exactement qui. Il y a deux personnes , dont une personne que le grand public connaît bien, qui ont fait circulé les articles du « Canard Enchaîné » pour essayer de me dénigrer. Moi, l’article du « Canard Enchaîné », ne m’a rien fait. Si « Le Canard Enchainé », « Le Figaro », « Le Parisien » m’attaquent, ça ne me fait rien. Lorsque c’est un média de chez moi qui m’attaque, ça me touche. C’est bizarre alors que le média de chez nous, à la limite, il est moins important que ces grands quotidiens nationaux. Je préfère être attaqué par ces grands quotidiens nationaux, ça décuple mon envie d’en découdre. Je me dis « ce n’est pas grave ». je suis dans l’art de la guerre. Lorsque quelque chose te touche, te blesse, détournes ton regard et vas uniquement vers ton objectif.
CCN : On a eu Candace, Bambuck, Michaux-Chevry, Karam, Penchard, vous-même. A votre avis, pourquoi les Guadeloupéens sont plus souvent membres du gouvernement que les autres ?
C.S. : Je pense que c’est à la fois un hasard et j’aime bien, dans le même temps, me dire que ce n’est pas un hasard, que l’histoire de résistance de la Guadeloupe y est pour beaucoup. Ca nous a forgé autrement. Nous sommes peut-être plus combatifs que les autres. Nous sommes présents sur les terrains où il faut se battre, il faut en découdre pour obtenir quelque chose. mais je pense que ce n’est qu’une coïncidence. Les talents sont partout en Outre-mer !
CCN : Un sondage Ipsos, réalisé dernièrement en Guadeloupe, montre que plus de 40% des personnes interrogées souhaitent l’autonomie, 5% l’indépendance. De plus, Domota est considéré comme aussi crédible que le Conseil Général ou la Région. Votre commentaire ?
C.S. : Elie Domota, est vraiment un frère. Lorsque je parle de lui, je parle aussi de toutes celles et de ceux qui sont autour de lui. C’est quelqu’un pour qui j’ai une grande admiration pour les combats menés au sein de Lyannaj Kont Pwofitasyon. Ce n’est pas étonnant car tout était d’une précision, les propos, les actions, le moment. Beaucoup ont voulu se raccrocher au train. Mais ce n’est pas étonnant car la classe politique traditionnelle est décriée parce qu’elle manque de sincérité et, comme je l’ai dit tout à l’heure, on est trop souvent dans un clientélisme mais que ce soit d’ailleurs dans l’Hexagone, en Province, ou chez nous en Guadeloupe. Ce n’est pas étonnant qu’une personne exprimant ce que les politiques sont incapables de dire, mène des combats qu’ils sont incapables de mener, ait eu auprès de la population une telle crédibilité.
La seule chose qui m’a beaucoup gêné avec le LKP et avec Elie, c’est qu’il ne soit pas allé plus loin… mais peut-être que je me trompe. Je l’ai dit mais à ce moment-là, je n’étais pas Délégué. J’aurais beaucoup aimé qu’il amène quelque chose de nouveau en terme politique à la Guadeloupe. Malheureusement, il ne l’a pas souhaité mais lui seul connaît son calendrier et son calendrier n’est pas celui de ceux qui, comme moi, sont des observateurs .
Ce que je viens de dire va faire grincer des dents Outre-Mer mais à un moment quand vous avez quelqu’un comme ça, vous ne pouvez pas faire comme si il n’existait pas.?. Sur notre terre, on a besoin de gens qui disent la vérité et, je ne me compare pas à Elie, mais c’est pour ça que je suis quelqu’un qui dit la vérité. J’ai une autre réalité. Ma réalité, elle est ici dans l’Hexagone. Comme on dit, sé an vent a bèt-la nou yé. La vérité, elle est là. Moi, j’agis en fonction de ma réalité. Ma réalité m’a fait comprendre que cela a du sens d’être Délégué, mais ça ne veut pas dire que n’ai pas de loyauté envers mes compagnons de lutte pour l’égalité et contre les discriminations, également envers ceux qui m’ont dit « on aimerai que tu sois Délégué » et à qui j’ai fini par dire oui…Olivier Biancarelli et Benoit Lombrière (conseillers du Président de la République) J’ai la même loyauté à l’endroit de tous. Il faut juste que d’un côté comme de l’autre, personne ne me trahisse. Sinon, je deviens le tigre de Wole Soyinka qui « bondit sur sa proie et qui prouve sa tigritude ».
CCN :Lorsque vous allez quitter votre poste, vous allez reprendre vos activités à la télévision, à la radio et créer votre mouvement. Quand allez-vous le créer ?
C.S. : On peut considérer qu’il est déjà créé, qu’il existe déjà puisqu’il a surtout beaucoup existé en Afrique. C’est le mouvement « Génération Consciente ». Là, pour le coup, il va avoir une définition très claire puisqu’il sera en ramification avec d’autres amis à moi qui ont créé des mouvements afros à Berlin, à Oslo, à Bruxelles, un petit peu partout, à Florence et à Milan. L’idée, c’est qu’on crée un mouvement commun européen afro. Je crois qu’aujourd’hui, c’est au niveau de l’Europe que l’on doit discuter et créer ce mouvement européen afro. Parce qu’on est pas représentés à l’Europe, on n’existe pas auprès des instances européennes mais c’est, à un moment donné, dire « nou la ». Pourquoi je dis ça, c’est parce qu’à un moment je voulais que le mouvement s’appelle « nou la » ou que ce soit un slogan et les gens me demandaient ce que ça voulait dire. Je répondait en créole des Antilles, ça veut dire « nous sommes là », c’est affirmer notre présence. Peut-être que ce sera ça. Pour l’instant, sur le papier, c’est Génération Consciente, le mouvement afro-européen.
CCN : On va donc en entendre parler bientôt.
C.S. : Oui, une fois que je serais sorti de la Délégation.
En espérant que les Pseudos-politiciens de la Guadeloupe vont comprendre et, lire entre les lignes..
Je suis d'une génération ou tout le monde voulait d'un etre du pays comme Ministre ou Secrétaire des DOM..
¨Pour une fois qu'on a une personne à cette place, qu'ai-je-aps entendu ??
Min ka nou vlé min'me ??
Mr SIAR continuez le combat...
J'attends les réactions négatives comme toujours des " Cari-Guadeloupéens " comme ils se définissent...( Les Shaka-Zulu et autres )
Aussi que nos frères et Soeurs vont cesser de lui mettre des batons dans les roues..
Je suis d'une génér
SHAKA (Gwakafwika)
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Karibéyen nou yé, karibéyen nou ké rété!
Longtemps, je n’ai pas cru bon d’approfondir cette question qui pour moi n'en est pas une : Le LKP n’a jamais demandé l’indépendance. Interrogé sur ce sujet, Elie Domota s’était esclaffé : « si on doit obtenir l’indépendance sur la base de la plateforme de revendication du LKP, même moi, j’y vais pas ! » Seuls ses adversaires politiques font un blocage
depuis le début sur ce thème, brandissant chaque fois que possible l’ "épouvantail" d’Haïti...ary x
Pour la plupart, ce sont des békés, c’est-à-dire ces descendants des anciens maîtres d’esclaves qui vivent dans un luxe inouï, dominent la vie sociale et qui ont des amitiés jusqu’aux sommets de l’État français. C’est avant tout une grève pour la DIGNITE dans cette société antillaise où les femmes et les hommes qui sont d’origine africaine ou indienne constituent la partie la plus pauvre du peuple. : ouvriers, employés, RSAistes, chômeurs. En revanche, plus on monte dans l’échelle des richesses ou dans l’administration étatique, plus les places sont occupées par la minorité d’origine européenne. Si cette lutte pour la DIGNITE représente un aspect, ô combien légitime, de la lutte qui se déroule là-bas, ceux qui insistent sur les seuls aspects spécifiquement marie-galantais, guadeloupéens, martiniquais ou de la Guyanne du mouvement en diminuent l’importance et la signification. Même la responsabilité des hausses de prix n’incombe pas aux seuls békés. À côté d’eux, au-dessus d’eux, il y a les grandes sociétés européennes ou françaises, parmi lesquelles Total. Cette entreprise, la plus riche et la plus puissante de France, contrôle totalement l’approvisionnement en pétrole des "Antilles" par l’intermédiaire d’une filiale (la sara an gwadloup). Or, rappelons-le, ce sont les prix du carburant qui ont été l’étincelle qui a allumé l’incendie social. Alors, la lutte des travailleurs et du peuple de Guadeloupe et ses dépendances, Martinique ou de Guyanne contre les hausses de prix, c’est aussi LUTTER contre les larbins-locaux, le patronat, la castre béké et l'état français qui NOU volent et qui NOU exploitent...ary x