Ainsi mise en œuvre, l’intercommunalité obéit à l’injonction du seul l’Etat français. Par conséquent, elle dévoie la nécessité pour les Guadeloupéens eux-mêmes (y compris nos élus) de penser nos territoires tels que l’histoire les a constitués, afin de mieux les repenser dans un avenir proprement guadeloupéen. Il ne s’agirait pas d’être nostalgique. Mais si notre perception des territoires correspond à ceux qui se sont tissées autour d’anciens bassins d’emploi (unités sucrières ou bananières, cultures vivrières, pêche), c’est qu’il faut construire l’avenir à partir de notre réalité et non de l’idée que s’en font les autres dans la vision des gros importateurs français. Comment enrayer la dévitalisation démographique, économique et culturelle de ces territoires au profit des zones urbaines commerciales? Telle devrait être notre principale préoccupation.
En pensant de la sorte nous serions amenés à faire primer la production, en Guadeloupe même, sur la consommation passive des produits et des biens d’importation. Faire cesser, sinon diminuer notre dépendance à l’égard de l’extérieur. De ce point de vue, au lieu de renforcer l’hypertrophie des zones commerciales en accompagnant l’évasion professionnelle quotidienne des communes rurales, pour en faire des communes ou villes dortoirs, nous penserions au contraire à revitaliser ces dernières. D’où une politique d’aménagement du territoire et démographique dans le sens d’un développement intégré, afin que chaque portion du territoire, au centre, au sud, à l’est et à l’ouest, avec ses vocations naturelles, ses ressources humaines et professionnelles puisse y participer pleinement et de façon complémentaire. Penser Projet Guadeloupéen c’est aussi cela.
Hélas, on parle beaucoup d’intercommunalité des collectivités locales ou de fusion des collectivités territoriales, mais pas du tout d’intercommunalité des populations, voire des citoyens. Laquelle a pourtant précédé historiquement les communautés de communes et d’agglomérations (au sens de municipalités). Les luttes sociales dans les secteurs de la canne et de la banane qui ont contribué à faire les Guadeloupéens penser et agir en peuple. Par exemple, quand l’UTA (Union des Travailleurs agricole) a émergé dans les années 70... A pa té moun Sentwòz + moun Déhé + moun Manten + moun Bémao + moun Tibou. Sa té on sèl pèp. Aucun chauvinisme communal n’était possible dès lors que les ouvriers agricoles, les paysans et les autres couches sociales solidaires avaient une haute conscience de l’intérêt commun. Le chauvinisme a beaucoup contaminé les populations, mais elle est toujours venue du haut, de l’égoïsme municipal tissé autour de petits intérêts politiciens.
L’intercommunalité obligatoire, sous injonction de la Loi, ne parviendra pas à faire taire les égoïsmes municipaux, tant que la mentalité politicienne polluera toute notion d’intérêt collectif, du territoire ou du pays. Or l’intérêt collectif du territoire ou du pays est porté par les gens : les habitants, les citoyens. Pourvu qu’ils soient peuple dans la vie quotidienne, à travers les relations de travail et la culture partagée, et pas seulement dans l’isoloir, les jours d’élection. Sous ce rapport, quel peut être l’interlocuteur collectif des intercommunalités instituées ? Eh bien, puisqu’il faut céder au vocabulaire ambiant, je dirais que l’interlocuteur ne peut être qu’une « intercommunalité des citoyens » : des associations de citoyens, des initiatives d’économie solidaire ou d’action culturelle, qui ne s’enferment pas dans les strictes frontières municipales, mais s’enracinent d’emblée dans les territoires. Les vrais territoires, fruits de notre réalité socio-historique, composantes variées et complémentaires de notre identité de pays.
L’intercommunalité dessine aujourd’hui d’étranges entités. Que de Morne-À-L’eau au Gosier, par le nord de la Grande-Terre, on fabrique un unique territoire, cela ne tient pas compte de la réalité des hommes qui y vivent. De même, la...
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