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Guadeloupe. « Une certaine idée de l’hospitalité à la française »

29 Mar 2020
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Pointe-à-Pitre. Dimanche 29 mars 2020. CCN. « Une certaine idée de l’hospitalité à la française »... C’est avec cette formule légère que le Préfet a expliqué les choix des autorités quant à la gestion du Coronavirus en Guadeloupe. Des choix qui interpellent à plus d’un titre. A l’heure où nous écrivons ces lignes, ce ne sont pas moins de 106 cas de Guadeloupéens atteints du COVID-19 qui sont officiellement connus... 106 pour une île qui compte seulement 390000 habitants. Faut-il rappeler que la Guadeloupe n’est pas assez outillée en offre de santé ? Faut-il rappeler la population vieillissante ?

Pourtant, dès le 27 février, le président de région a organisé, en concertation avec le Préfet, la présidente du Conseil Départemental et la Directrice de l’ARS, une rencontre à laquelle étaient conviés des parlementaires, des présidents des communautés d’agglomération, des personnalités du monde médical, des autorités sanitaires et des organisations socio-économiques. Ary Chalus a exprimé sa vive préoccupation face à l'arrivée imminente d'avions provenant de zones contaminées par le coronavirus. Rappelons qu’à cette date, il n’y avait aucun cas en Guadeloupe et même si la prise de position, forte, a été moquée ou perçue comme à l’emporte-pièce, il s’avère aujourd’hui, avec cruauté, qu’elle était parfaitement justifiée. (Malheureusement, cette position s’est effacée devant le diktat d’un état distant de 8000 km, loin de nos réalités.)

Ainsi, malgré les alertes, malgré les questionnements de la population, des risques insensés ont été pris. Dès le 26 février 2020, certains ports de la Caraïbe ont commencé à refuser l'accostage de bateaux de croisière, quand dans le même temps, l’arrivée de 200 touristes italiens pour une croisière était autorisée et facilitée le 10 mars en Guadeloupe ! Des passagers provenant de Milan, à la faveur du dernier vol avant la mise en quarantaine de la ville, déjà connue comme foyer majeur de contamination.

Quelle impérieuse nécessité explique cette prise de risques quand les voix se sont très vite élevées contre ce débarquement ? Quelle logique économique prime quand on sait que la fermeture de la plupart des ports de la Caraïbe (dès le mois de février) les conduirait à errer en Mer des Caraïbes sans but ?

Pire, avec nonchalance, le Préfet expliquait le 16 mars 2020, qu’aucune prise de température n’était effectuée, qu’une simple information était transmise aux passagers alors que depuis le mois de février, l’ARS demande de lui faire confiance et exhorte à la responsabilité et au civisme des Guadeloupéens. De même, les vols acheminant des touristes avides de plages et farniente se posent encore sans qu’aucune consigne ne soit donnée ni qu’aucune précaution sanitaire ne soit prise à l’arrivée... autre qu’une simple information. Les Guadeloupéens exposés reçoivent des brochures ! Et quand les maires de Marie-Galante prennent courageusement les dispositions qui s’imposent, leur action est mise à mal. Pourtant désormais, la Préfecture découvre la possibilité d’imposer une quatorzaine stricte.

Quand on fait le ratio par habitant, la Guadeloupe et la Martinique sont les deux seuls pays de la Caraïbe enregistrant le plus fort taux de personnes atteintes. Quel point commun ont ces deux îles?

Les faits sont là. Un traitement léger qui met en danger la population. Une inconséquence à laquelle nous ne sommes que trop habitués. Une légèreté qui est en fait un mépris caractérisé pour la vie humaine, pour la santé des Guadeloupéens, la santé des soignants, par ceux-là même qui ont la responsabilité d’assurer leur sécurité !

Un mépris que nous avons vu dans la gestion de l’incendie du CHU, déjà branlant après des décennies de promesses de reconstruction, que les médecins fuient en nombre et pour lequel la gestion de l’ARS n’a consisté en premier lieu qu’à nier la parole des soignants, trop émotifs..., qu’à exiger des réductions d’effectif avant de prévoir des conditions de travail et de réception des patients normales... conditions qui sont toujours loin d’être réunies à ce jour.

Un mépris que nous avons vu dans la gestion du cyclone Irma où les syndicats patronaux ont été reçus avant les collectivités territoriales, et où encore, en vue de la mise à jour des nouvelles règles de constructions, le passage de délégations d’ « experts » se fait sans concertation avec les professionnels locaux.

Un mépris que nous voyons depuis plus d’une décennie dans le dossier de la pollution au chlordécone. Une procédure judiciaire sans aucune avancée majeure, peu d’études qui, quand elles sont réalisées, ne mènent à aucun protocole de prise en charge spécifique (concernant les naissances précoces, les nombreux cas d'endométriose, les cancers à répétition...), quasi aucun financement de la recherche malgré les projets des chercheurs locaux, trois plans chlordécone mis en place depuis 2008.

Nous pourrions continuer encore...

C’est la preuve s’il en fallait que le problème est structurel : les responsables étatiques loin de nos préoccupations, peu formés à nos spécificités, ignorants de nos solutions locales, n’auront pas à subir les conséquences de leurs décisions.

Nous sommes atterrés et lassés par cette insécurité, fatigués d’assister aux manoeuvres dirigées à 8000 kilomètres qui, dans une indifférence criminelle, mettent nos vies en danger, en privilégiant une certaine économie qui laisse le plus grand nombre, les Très Petites Entreprises qui composent la majorité du tissu économique, sur le carreau. La population, elle, s’organise, crée de nouveaux circuits de distribution pour l’alimentation, met en oeuvre une solidarité efficace.

Nous sommes fatigués de cette impuissance des responsables politiques locaux empêtrés dans des jeux politiques mesquins, des opérations de communication qui ne sont pas à la hauteur des enjeux. Une étroitesse de vue politique (gérer la cité) qui sclérose des dossiers majeurs pour la population, l’eau, en première ligne.

Alors que chaque fois qu’il y a un minimum de consensus face à l’Etat, les résultats sont probants : le moratoire sur la suppression de postes d’enseignants ou encore la Loi-cadre Biodiversité. Ces exemples sont trop rares. Ceux que nous avons choisis localement de façon démocratique, semblent figés dans leurs prises de position face à l’état central, y compris dans sa plus simple expression. Ici, un préfet qui va et qui vient.

Face à la catastrophe annoncée, allez-vous poursuivre cette diplomatie polie à coup de courriers adressés aux ministres, au président, et qui ont peu d’effet en temps normal ?
Face à la catastrophe annoncée, allez-vous continuer à faire chacun des annonces individuelles, sans une stratégie coordonnée ? Faut-il vraiment se plier à l’organisation d’une autorité qui n’a pas les moyens de prévenir, les moyens de protéger, les moyens de soigner ? Qui met nos soignants en danger ? Faut-il se plier à une autorité qui tente de museler la presse et les médias dans leur devoir d’information de la population ? Faut-il vraiment attendre l’autorisation de l’autorité étatique pour constituer un comité scientifique local pour nous aiguiller sur la marche à tenir afin de limiter la propagation du virus ?

Nous en appelons aujourd’hui à la responsabilité et au courage. Un sursaut salvateur pour trouver en ces circonstances exceptionnelles des solutions exceptionnelles. Des solutions adaptées, des solutions réfléchies pour nous et par nous. Les négociations polies ont atteint leurs limites... et nous perdons un temps précieux. Il est temps que la confiance mise dans le choix de représentants politiques soit respectée. Il est temps que ces représentants politiques se montrent à la hauteur des enjeux en faisant front pour l’intérêt général.

Des citoyens guadeloupéens appelant à un sursaut!

Laurence MAQUIABA

Maël LAVENAIRE

Florence NAPRIX

Bruno BENJAMIN

Josué LÉGUIER

Ciryl COUDOUX

Rachel LOLLIA

Nicolas PIANA dit Captain Nico

Thierry MALO dit TiMalo

Pascale ERBLON

Gilles CAZIMIR

François-Xavier LOUISON

Nathalie MINATCHY

Steeve GADET dit Fola

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