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Pour un athlétisme guadeloupéen plus performant

08 Jui 2018
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Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c’est Lucien Gayadine qui nous soumet son « libre propos ». 

Dans le passé, l’Athlétisme guadeloupéen a produit beaucoup d’Athlètes de haut niveau qui ont brillé sur le plan international. Parmi les plus célèbres : Roger Bambuck, Marie- José Pérec, Christine Arron, Jacques Rousseau, Bernard Lamitié, Jean-René Coquin... et bien d’autres. Au sein de la génération actuelle, Wilhem Bélocian, champion du monde junior en 2014, Yanis David championne d’Europe Espoir en 2017, Enzo Hodebar vice- champion d’Europe Junior en 2017 constituent des valeurs sûres et sont promis à un bel avenir.

Mais de manière générale les résultats d’ensemble sont en deça du potentiel réel de notre athlétisme et la Guadeloupe dégringole de la place qu’elle occupait parmi les 6 meilleures nations de la Caraïbe au vu de ses résultats médiocres aux 2 derniers Cariftas Games.

COMMENT EXPLIQUER LA BAISSE DES RESULTATS ?

  1. La société guadeloupéenne a changé : au cours de ces dernières décennies, elle a été transformée en société de consommation avec de nombreux effets néfastes sur notre mode de vie, nos habitudes de consommation, notre alimentation... Les valeurs véhiculées par cette société ne sont plus celles de l’effort et du travail pour réussir ; notre mode d’habiter, de locomotion, les loisirs des enfants... tout cela a changé. Notre alimentation est faite d’environ 90 % de produits importés et nous délaissons en grande partie ceux de notre terroir qui sont bien meilleurs pour notre santé.

  2. Le travail de formation est insuffisant, tant celui destiné à la masse que celui réalisé avec les plus avancés et les Educateurs. Il ne dispose pas de suffisamment de moyens et il manque d’ambition.

  3. Les Athlètes manquent de confrontation avec l’extérieur. Ce ne sont pas les seules compétitions de chez nous, souvent mal organisées qui pourraient les tirer vers le haut. A part les matchs inter-ligues pour les minimes et les Cadets-juniors, les Cariftas Games où la délégation de la Guadeloupe est de plus en plus réduite, nos jeunes n’ont pas grand chose à se mettre « sous les pointes ». Ce n’est pas le cas de leurs homologues des autres pays de la Caraïbe qui eux participent aux championnats par groupe d’âge (11-12 ans et 13-14 ans), aux Cariftas Games, aux compétitions inter-caribéennes et à d’autres rencontres internationales. Pour les jeunes talents qui y sont découverts, un véritable plan d’action est mis en place dans leur pays respectif pour les emmener au plus haut niveau.

  4. En Guadeloupe, nous n’avons pas une véritable politique globale de développement, incluant le sport, pensée en Guadeloupe pour la Guadeloupe. La grande majorité des jeunes est obligée d’arrêter l’Athlétisme après la catégorie junior. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: dans une catégorie de Cadets et Cadettes, seulement la moitié se retrouve chez les juniors l’année suivante et moins de 20 % chez les Espoirs ensuite. La raison est simple : la plupart des Athlètes de bon niveau réussissent au bac et entreprennent des études supérieures. Rien n’est prévu pour que ces athlètes arrivent à concilier les études et la pratique du sport de haut niveau (sauf pour Wilhem Bélocian). Conséquence : ils arrêtent l’athlétisme et donnent la priorité aux études.

  5. Les infrastructures sont en très mauvais état et indignes d’un pays qui a déjà produit tant de grands champions. Certaines municipalités, préfèrent investir dans des actions spectaculaires à caractère électoraliste plutôt que dans des réalisations utiles et indispensables dans l’intérêt de la jeunesse et du peuple tout entier.

QUELLES PROPOSITIONS POUR UN ATHLETISME PLUS PERFORMANT ?

          1. Repenser la formation des Athlètes et des Cadres
- déterminer ses objectifs par catégorie, lui attribuer les moyens nécessaires, la planifier et l’organiser à partir des recommandations des instances internationales en les adaptant à notre réalité.
- constituer une véritable équipe de la Guadeloupe avec nos meilleurs jeunes et organiser des stages à leur intention en Guadeloupe et dans la Caraïbe avec la participation d’entraîneurs de cette région (Cuba, Etats-Unis et autres), stages qui seraient destinés aux Athlètes et aussi aux Cadres...

          2. Elargir l’horizon de notre athlétisme en permettant à nos jeunes de se confronter à leurs homologues de la région Caraïbe où le niveau de l’Athlétisme est parmi les plus élevés au monde.
Dans cette optique, la Guadeloupe gagnerait à participer au championnat par groupe d’âge organisé tous les 2 ans par la Confédération d’Athlétisme de la Caraïbe (C.A.C) .

       3. Changer la conception et le contenu du meeting international de la Guadeloupe. Dans sa forme actuelle, ce meeting ne correspond ni à l’état de notre athlétisme ni à ses besoins. Ses retombées pour le progrès de l’athlétisme guadeloupéen sont presque nulles. Nous préconisons sa mise en veilleuse et son remplacement par un meeting international de jeunes essentiellement, organisé par la Ligue, où les nôtres affronteraient ceux des meilleurs de la Caraïbe en priorité.

Un tel meeting coûterait beaucoup moins à la collectivité et aux contribuables guadeloupéens. Comment comprendre que la collectivité régionale alloue une subvention de cinq cent cinquante mille Euros (550 000) à un club pour l’organisation d’un meeting, alors que dans le même temps, la Ligue qui est chargée du développement de l’athlétisme ne reçoit que soixante quinze mille Euros (75 000) pour l’année ? Et dire qu’il n’y a pas bien longtemps, cette somme était bien moindre (55 000 puis 65 000 Euros) ! Pour l’organisation du meeting de jeunes que nous préconisons, seulement une partie de ces 550 000 Euros serait nécessaire. Une autre partie servirait à subventionner la formation, le déplacement des Athlètes et Educateurs, le séjour des cadres extérieurs. Et l’on pourrait même entamer la réfection des infrastructures avec le reste !

Ce serait une manière beaucoup plus juste d’utiliser les fonds publics et plus bénéfique pour l’Athlétisme guadeloupéen.
Voilà les quelques propositions que nous formulons, sans prétention aucune, à l’intention du monde de l’Athlétisme. Certaines d’entre elles ne sont pas nouvelles. Nous les reformulons à un moment où l’urgence de la situation l’exige et où tout un chacun, les dirigeants de la Ligue en premier lieu, devraient avoir une démarche unificatrice et une attitude plus respectueuse à l’égard de tous les membres de la famille de l’Athlétisme, et non chercher à jeter l’opprobre sur ceux qui ont déjà donné et qui continuent à donner au sport et à la jeunesse guadeloupéenne.

Mai 2018

Lucien GAYADINE

 

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