Présidentielle française : quand le pire devient possible

27 Avr 2017
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Jeudi 27 avril 2017. Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels et la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois-ci, c’est Didier Destouches qui nous a soumis son « Libre propos ».

Les urnes ont livré leur verdict. Et quel verdict ! à la fois attendu et déstabilisant. Pour la première fois dans l’histoire de la cinquième République, les deux candidats qui s’affronteront au deuxième tour seront des candidats qui ne sont pas membres des partis de gouvernement traditionnels : PS et Les républicains.

Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont ni de droite ni de gauche. Marine Le Pen qui n’a pas réussi son pari d’arriver en tête du premier tour de l’élection, est à la tête d’un parti de droite souverainiste et nationaliste, situé à l’extrême droite de l’échiquier politique. Emmanuel Macron, qui arrive en tête avec deux points de plus que sa concurrente, est le leader d’un mouvement politique qui rassemble des adhérents venus de droite, du centre, de gauche et de nulle part. Exactement comme son électorat qui vient en réalité de partout et qui correspond à l’offre politique au final rassembleuse qu’il a proposé. Cette élection est donc plus qu’une classique élection de transition, elle est une élection de remodelage idéologique. « Les nationalistes » contre « les progressistes ». Les adeptes de la fermeture contre ceux de l’ouverture. Un socialisme de droite contre un néo-libéralisme républicain. Les « euro-sceptiques » contre les « pro-europe ».

Les partisans de la préférence nationale contre les volontaires du vivre-ensemble. Les français des campagnes et du grand-Est contre ceux des villes et du grand-Ouest. Le succès de ces deux candidats que les français ont préféré aux neuf autres est dû à cette division nationale et à ces antagonismes sociétaux qui reflètent tant notre époque et qui se traduise par une véritable guerre civique dans l'entre deux tours. Une France qui souffre contre une France qui gagne (ou veut croire qu’elle peut gagner). Il est dû aussi à de remarquables stratégies de campagne ajoutées à des circonstances inattendues, inédites et opportunes.

Marine Le Pen a surfé sur la vague bleue marine qu’elle a généré depuis les trois dernières élections grâce à l’expulsion du front national de ses membres trop xénophobes et sulfureux (dont son père). Elle a aussi adopté un discours social très marqué sans être révolutionnaire, agrégé à une présence sur le terrain très accentuée. Emmanuel Macron a dû multiplier les prouesses pour en arriver là alors qu’il n’est qu’un novice en politique (même s’il a une expérience de secrétaire adjoint de l’Elysée et de ministre d’état fort utile).

Il a quitté le gouvernement au bon moment, surfé sur une médiatisation favorable compte tenu de sa popularité et de ses transgressions verbales qui ont forgé sa différence. Il a crée un mouvement qui compte des comités de bénévoles hyper actifs sur tout le territoire (3000 événements par semaine, porte à porte intensif) et à l’étranger. Il a fait une "OPA" sur une idéologie fourre-tout : le progressisme, mais aussi sur tous les politiciens célèbres en mal de partis et de succès de droite comme de gauche (surtout Bayrou, mais aussi Villepin, Delanoé, De rugis, Douste Blazy, Cohn Bendit, ect…) et sur les réformistes du PS. Il a noyé le débat des primaires de la Gauche en occupant le terrain médiatique.

Il a imposé un thème majeur de cette campagne : le renouvellement de la vie politique française. Il a bénéficié systématiquement de toutes les attaques (beaucoup trop caricaturales et agressives) de ses adversaires, mais aussi de leurs lacunes. Il a séduit prioritairement l’électorat classique socialiste (fonctionnaires, cadres et petits entrepreneurs) et différents électorats négligés traditionnellement : celui des femmes, des jeunes des quartiers populaires, des homosexuels, des catholiques, des protestants, des Outre-mer. Enfin, il a réussi à s’agréger des abstentionnistes déçus du système. Emmanuel Macron avec son programme vendait et vend encore de l’espoir, de l’optimisme, et de la modération...mais aussi du flou, du tiède, voire du mou.

Ce qui contrastait en tout cas singulièrement avec l’offre très pessimiste et radicale de tous ses précédents concurrents. Si François Hollande puis Benoît Hamon ont tous deux conduit le Parti socialiste au désastre, les principaux vaincus de ce premier tour sont Mélenchon et Fillon. Leur défaite suscite bouderies et gueule de bois. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont très amers. Ils refusent assez violemment la présence au second tour de Macron et Le Pen. Beaucoup d’entre eux continuent de faire campagne, surtout contre Emmanuel Macron, sur les réseaux sociaux. Une attitude qui bouleverse la donne et qui pulvérise la pratique du front républicain tout en sonnant le glas de la concorde républicaine. L'heure est aux radicalités et aux antagonismes idéologiques. Les électeurs de François Fillon sont sonnés, tout comme les membres du parti les républicains. L’objectif est les législatives désormais.

Pari difficile car la droite doit malgré un score moyen d’abord et en peu de temps cuver un échec tragique et honteux mais personnel de FILLON …Reste que chez nous le choc de ce premier tour est le score relativement élevé de Marine Le Pen en Guadeloupe mais aussi dans les Outre-mer. Pour comprendre il faut d’abord être lucide. Insécurité, délinquance galopante (quoique en baisse), appauvrissement des agriculteurs, précarisation massive engendrent le même vote radical et anti partis traditionnels qu’en France hexagonale…Mais il y’a aussi la xénophobie et le racisme qui en tant que phénomènes humains peuvent hélas concerner n’importe quel être humain, quelque soit sa couleur de peau, fût-il habitant de terres métissées.

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