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Basse-Terre : tout fout le camp ? 

20 Avr 2017
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En détail, en catimini et maintenant ouvertement, des politiques publiques irresponsables se liguent et s’acharnent pour vider le sud Basse-Terre, de ses infrastructures et forces vives. Depuis longtemps, on assiste au dépeçage d’une région hier encore si prospère au profit quasi-exclusif du pôle Saléen (Pointe-à-Pitre – Abymes - Baie Mahault – Gosier – Petit-Bourg).

Tous ces coups de boutoirs répétés, accentuent l’asphyxie, d’une région qui ne cesse d’agoniser. Tout fout le camp. Tout se délocalise, se recentre et se concentre. La technique plus insidieuse pour démantibilé, consiste à transférer direction par direction, service par service voire poste par poste les différentes administrations.

Les centres de décisions s’éloignent mois après mois du chef-lieu administratif. Basse-Terre, ville capitale, faute d’un dynamisme démographique devenu atone, se vide de toutes ses activités administratives et donc commerciales. L’un des signes les plus patent réside dans la fermeture de classes voire d’écoles entières depuis une dizaine d’années.


Mais, il y a plus grave. C’est que la ville, faute d’une vision responsable de ses différents élus, n’arrive plus à irriguer un arrière-pays rural avec son riche patrimoine qui s’étiole. Et de ce fait, les communes avoisinantes en souffrent tout autant, faute d’activités rentables suffisantes pour sédentariser les populations. Cette paupérisation, hélas n’est pas exclusive du Sud Basse-Terre.

On peut l’observer tant dans le nord Grande-Terre qu’à Marie-Galante. On s’évertue en effet en Guadeloupe à avancer à cloche-pied alors que l’on a la chance de pouvoir marcher sur deux pieds. C’est cela la force d’un archipel. Pourtant toutes les politiques d’aménagement du territoire consistent à tout concentrer autour de la Rivière Salée. Quitte à créer des contraintes de plus en plus fortes sur le foncier, les transports, le logement, les déchets etc.

“Le pôle Saléen et le désert guadeloupéen” cela pourrait être le titre de notre schéma de développement ! Les budgets de nos collectivités se suivent mais contredisent toutes les déclarations de bonnes intentions et les promesses électorales. Ce déséquilibre manifeste, qui relève d’une conscience villageoise, davantage que Guadeloupéenne, de notre archipel nous le dénonçons.

Il faut interroger donc sans ménagement, ces politiques que d’autres disent électoralistes, et qui consistent à favoriser des zones à démographie forte, uniquement pour s’assurer le plus souvent une élection ! Posséder le pôle Saléen, c’est régner sur la Guadeloupe ! Peu importe dès lors les intérêts fondamentaux du pays.

En 1975, la Ville de Basse-Terre comptait 16.000 habitants. Après avoir connu une très lente croissance jusqu’à atteindre
14.000 habitants en 2007, la capitale ne compte plus qu’un peu moins de 11.000 habitants en 2015. La démographie reflète à la fois les causes et les conséquences de ce déclin économique. Car il s’agit bien là d’un cercle vicieux. Pas d’activités, pas de population. Faible population, faible activité.

Il n’y a pas de fatalité à ce déclin. Mais une lourde négligence de ceux qui ne préconisent pas des politiques volontaristes pour corriger ce qui semble inéluctable. Cela exige que l’on possède une vision et un sens du pays Guadeloupe, comme l’avait montré concrètement feu Félix PROTO.

Quid ici de l’action volontariste consistant à donner et conserver des spécificités fortes à certaines régions pour sédentariser avantageusement la population. Cela relève en premier lieu de l’attractivité des villes et de choix adaptés et porteurs, qui relèvent des municipalités ou intercommunalité. Mais aussi des entrepreneurs, voulant investir et créer de l’emploi.

Il faut mettre fin, concernant notre capitale, à l’exode des administrations au risque de créer sur le pôle Saléen une mégalopole. Avec les avantages, certes. Mais aussi les inconvénients, comme l’insécurité, la pollution, les transports, le mal vivre…

Pour revenir aux véritables raisons du déclin de Basse-Terre et sa région, il faut y voir aussi une constance dans le faible investissement de l’Etat pour compenser le traumatisme de 1976. De même qu’il n’y a eu aucune volonté de l’Etat d’équilibrer le développement de cette région, il n’y a eu aucune volonté de développer les territoires d’outre-mer. On l’a bien vu avec les politiques du Bumidom aux Antilles / Guyane et des “enfants de la Creuse” pour la Réunion. L’Etat français se refuse encore d’accorder l’égalité réelle avec l’hexagone et les conditions d’un véritable développement économique de notre pays.

Le sous-développement chez nous ne peut s’expliquer ni par le manque de potentialités, ni par un climat des plus ingrats ou une population mal éduquée.

Le développement, c’est toujours un choix de société. Alors vite l’équilibre du territoire. Avec un impératif pour l’irrigation, les politiques de transports, l’énergie propre, les prêts pour la production au service d’un développement endogène. Ceux qui s’évertuent à faire de notre pays un désert de sens doivent prendre garde. Les populations demandent des comptes, de plus en plus nerveusement. En Guyane, comme chez nous et maintenant dans toutes les régions d’outre- mers.

L’heure pour nos élus et l’Etat français est à la sériozité. Et non, non à l’incantatoire! Et à la querelle des budgets primitifs sélectifs. Fos ! Asé bétizé !

RJC

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Jean-Claude Rodes

Directeur de la Rédaction du Progrès Social

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