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@Medef-Guadeloupe en marche vers l’indépendance… (Alimentaire ?)

01 Déc 2020 Danik Ibraheem Zandwonis
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C’est en mars 2019, que l’ex-gouverneur de la Guadeloupe, @Philippe Gustin, se disait déjà lui aussi et, ce après une visite à l’INRA- et à la une de FA- partisan de …l’indépendance alimentaire. Cette déclaration pour le moins inattendue de la part d’un représentant de l’état colonial français avait fait le buzz.

Voilà que @Bruno Blandin et le @Medef Guadeloupe annoncent au cours d’une conférence de presse qu’ils se positionnent pour le « jardin créole » et donc in fine ils se disent eux aussi pour une Guadeloupe capable de s’auto suffire au plan alimentaire. Bravo !

Il ne faut pas faire mine de ne pas le comprendre, car derrière cette proposition du Medef pour « co-construire notre Guadeloupe 2030 et le jardin créole » se profile, se cache où se niche une prise de position éminemment politique.

Il est en effet écrit noir sur blanc (c’est bien le cas de le dire) dans la brochure Medef que le « monde économique s’engage (… ) pour faire éclore l’idée nouvelle que nous vous présentons pour notre territoire ».

D’abord revoyons un peu nos fondamentaux.

C’est quoi ce « jardin créole » ? Est-ce une idée nouvelle initiée par le Medef ? Pas du tout. « Le jardin créole » est historiquement un pur produit issu la période esclavagiste. En effet, il a été pour nos ancêtres africains réduits en esclavage, le moyen efficace de pouvoir à la fois se nourrir, se soigner et donc de survivre à une époque où les africains déportés et esclavagisés tout comme Georges Floyd pouvaient à peine « respirer ».

Mais 1848 n’a pas « aboli » le jardin créole, les familles guadeloupéennes de la période post esclavagiste l’ont pérennisé et pour cause : Le Jardin « créole » dans la Caraïbe, bôkay en Martinique, lakou en Haïti, il est encore omniprésent dans le paysage rural et culturel des Antilles. Produit d’une hybridation à la fois douloureuse et féconde entre les civilisations amérindiennes et la colonisation (Afrique, Europe, Inde, Chine…), le jardin créole raconte une histoire*. À la fois garde-manger, pharmacie, réservoir de biodiversité et de savoir-faire, il s’impose, par la diversité des espèces cultivées, la coexistence de dif­férentes strates (des herbacées aux arbres) multifonctionnelles, comme source de résistance et d’inspiration, face à l’hubris consumériste des temps modernes « le jardin créole », rappelons-le, a d’abord eu son pratico théoricien, Lucien Degras, lequel depuis l’INRA a tout mis en œuvre pour que ce garde-manger de notre résistance puisse se re développer (1).

Plus récemment l’actuel directeur de l’INRAE, @H. Ozier Lafontaine affirme lui que : « Le jardin créole (est) à l’aune de la transition agro-écologique. Souveraineté alimentaire, transitions agro-écologique et alimentaire, adaptation au changement climatique vs consolidation de la résilience sont les défis qui nous sont aujourd’hui adressés, exacerbés par la crise du Covid-19 qui nous touche douloureusement. Plus que jamais, la réhabilitation de la biodiversité en agriculture, associée à la fourniture de services écosystémiques, est à l’ordre du jour. »

Mais dans le camp patriotique guadeloupéen la problématique du « jardin créole » et de son développement a vite été compris comme un moyen de résistance au système consumériste colonial. Alors qu’au milieu des années 70, la question paysanne guadeloupéenne s’affirmait dans les rudes batailles menées dans la canne et la banane, pour que la terre appartienne à ceux qui la travaillent naissait l’Union des Paysans de la Guadeloupe (UPG.) Cette organisation patriotique s’attacha avec une grande détermination à remettre au gout du jour et des luttes les « cultures vivrières » Vision UPG du Jardin Créole.

Quelques années après, les ex « paysans pauvres », sont devenus des producteurs agriculteurs conscients et l’UPG sans perdre ni son âme, ni son acronyme est devenue l’Union de Producteurs de la Guadeloupe. (UPG2)

En 2006 lors d’un séminaire « pour la reconquête des cultures vivrières » @Alex Bandou (UPG) soulignait déjà : « notre autonomie alimentaire s’est au contraire dégradée avec une dépendance accrue vis à vis des produits importés…(.. ) la départementalisation a transformé la société de production existante en société de consommation à outrance..( ) les cultures vivrières sont les pliés de l’autonomie alimentaire d’un territoire…à l’UPG nous pensons que ces productions vivrières participent également pleinement au développement agricole durable.. »

Donc le Medef en adoptant un « Jardin Créole Attitude » est-il prêt à aller jusqu’au de son discours et à en assumer les conséquences ? Le Medef va- t -il ainsi contribuer à réduire les importations et faire sien le mot d’ordre de l'UPG : jaden annou pa si bato » ?

C’est en ce sens que la proposition des grands patrons ne peut être ni anodine (coup de com) et ni seulement économique. Elle est d’abord politique.

Car il ne faut pas oublier que depuis des décennies, la question majeure que se posent les guadeloupéens qui refusent l’indépendance nationale est récurrente : ka nou ké manjé » ?

Le Medef veut-il ainsi rassurer les Guadeloupéens et dire à une classe politique trop frileuse que la question alimentaire peut être résolue, et donc aux politiques de s’occuper du reste sauf si le Medef a obtenu une sorte de feu vert de Macron !!!

En réalité et mine de rien, le « Jardin Créole Attitude « (JCA) du Medef ouvre un vrai débat politique sur l’avenir de notre pays.

La classe politique va-t-elle valider ce JCA ? Et Les patriotes vont- ils crier woulo-bravo ou au contraire accuser le Medef de plagiat ?

* lire : Le jardin Créole de Lucien Degras (éditions Jasor)

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