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Ile Maurice. Grande distribution: «Plusieurs supermarchés mettront la clé sous la porte»

07 Aoû 2018
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Portlouis. vendredi 3 aout  2018 CCN/Exp Mu. D’ici à octobre 2019, le Valentina, un nouveau centre commercial, s’implantera à Phoenix. Yusuf Sambon, l’initiateur, lancera parallèlement le second Lolo Hyper. Quel investissement a nécessité ce projet ? Comment faire face à la guerre commerciale de la grande distribution ? Le point.

 «Actuellement, notre chiffre d’affaires atteint pratiquement Rs 1 milliard. On ne sera pas riche en deux jours. Ma vision est que petit à petit, l’oiseau fait son nid.»

Exp Mu. Vous avez été classé 90e dans le Top 100 Companies. Votre réaction?

Yusuf Sambon. En fait, l’hypermarché «Lolo», qui vient de mon «nom gâté», figure dans ce classement depuis 2011. J’en suis heureux car nous avons travaillé très dur avec nos 175 employés. C’est important de donner confiance au public et au personnel tout en restant humble et sans orgueil.

Actuellement, notre chiffre d’affaires atteint pratiquement Rs 1 milliard. On ne sera pas riche en deux jours. Ma vision est que petit à petit, l’oiseau fait son nid. J’aspire maintenant à un classement parmi les 50 meilleurs d’ici à 2020 avec notre second projet d’hypermarché.

EM. Quel a été le parcours de votre commerce jusqu’ici?

YS. Quand j’étais enfant, j’aidais mon père qui était laboureur sur une propriété sucrière. Après mes études au collège London, je rêvais d’avoir mon propre business mais nous n’avions pas les moyens. Je n’y ai pas renoncé pour autant.

En 1990, j’ai ouvert Hollywood Store, une petite boutique. Puis, en 1996, j’ai lancé une supérette de 700 pieds carrés à Morcellement-Saint-André. C’était tout petit. En 2001, nous avons acheté un autre terrain avec l’aménagement d’une aire de stationnement de 50 voitures pour notre supermarché de 3 000 pieds carrés.

Toutefois, l’espace était restreint. On ne pouvait continuer ainsi. Les clients allaient nous délaisser. On a alors acquis d’autres terrains pour construire un complexe commercial, en y incluant l’hypermarché Lolo de 30 000 pieds carrés. C’était en 2009.

Nous avons commencé à naviguer dans les grandes eaux. Les revenus ont été boostés. À l’ouverture de l’hypermarché, j’avais mentionné dans le discours que je ne m’arrêterais pas là. Je voulais ouvrir une seconde antenne aux Plaines-Wilhems. Mon rêve devient désormais réalité…

EM. Ce rêve se poursuit donc avec votre second hypermarché?

YS. En fait, au départ, je ciblais Quartier-Militaire mais je n’ai pas eu le terrain escompté. Omnicane m’a alors proposé un terrain de neuf arpents, mais ça n’a pas été facile. Cela m’a pris quatre ans pour obtenir le permis. Ce sera un nouveau complexe commercial qui sera baptisé Valentina, à Phoenix, non loin de l’échangeur Terre-Rouge–Verdun, avec pour «tagline» : «Tous les chemins mènent vers Valentina». Il sera opérationnel en octobre 2019.

Nous y retrouverons l’hypermarché Lolo d’une superficie de 5 400 mètres carrés. Comparé à un supermarché, sa superficie sera plus grande et comprendra aussi des services de boulangerie, viennoiserie, pâtisserie, de produits frais, etc. Au total, le complexe s’étendra sur 13 000 mètres carrés et comprendra un food court et une cinquantaine de magasins. Parallèlement, nous disposerons de 400 aires de stationnement.

EM. Quel est l’investissement qu’a suscité ce projet?

YS. Pour le complexe seulement, cela a nécessité Rs 500 millions. Avec l’hypermarché, les équipements etc., il faut ajouter Rs 100 millions. Quant au terrain, l’acquisition nous a coûté environ Rs 100 millions.

EM. Y proposerez-vous des gammes exclusives?

YS. Effectivement, car j’importe beaucoup d’articles de la Chine. Par exemple, j’importe un riz Basmati que l’on ne trouvera pas ailleurs. Des produits d’entretien figurent aussi dans cette catégorie. Ces produits dans leur ensemble seront à meilleur prix car je les propose directement du fournisseur au consommateur. Moi, j’ai adopté le système de «low price» pour faciliter la vie de tous les clients confondus.

EM. Justement, comment maintenez-vous les prix bas?

YS. Ça, c’est un secret. En somme, nous utilisons les mêmes stratégies que les autres commerces. Mais la nôtre est plus astucieuse, ce qui nous permet de vendre à moins cher.

«Pour moi, il n’y a pas lieu de s’inquiéter de la concurrence à proximité. Je travaillerai et je vais avancer. Cela dit, la guerre commerciale, c’est une bataille vraiment ‘tough’. On doit se battre pour survivre.»

EM. Quel est votre positionnement dans la guerre commerciale entre les diverses enseignes?

YS. Quand j’ai commencé dans le Nord, il y avait déjà Super U et Winner’s. Il n’y avait pas Intermart, King Savers, DreamPrice, entre autres. Je n’ai fait que travailler. Mon chiffre d’affaires continue à progresser. Pour moi, il n’y a pas lieu de s’inquiéter de la concurrence à proximité. Je travaillerai et je vais avancer.

Cela dit, la guerre commerciale, c’est une bataille vraiment «tough». On doit se battre pour survivre. Dans les jours à venir, je pense que plusieurs supermarchés mettront la clé sous la porte…

EM. Pourquoi?

YS. Le mode de vie des nouvelles générations a changé. Moi-même je suis comme ça. Lorsque ces personnes se rendent quelque part, elles veulent avoir accès à toute une gamme de produits. En s’y rendant, elles veulent s’asseoir, déjeuner ou dîner en famille. C’est pour cela que le modèle du petit supermarché est révolu. Il fermera ses portes.

EM. Les supermarchés à bas prix semblent séduire les Mauriciens actuellement. Est-ce uniquement le prix qui compte?

YS. Sur le marché, ce n’est pas seulement le prix qui est déterminant. Le service doit suivre. Je vous parlais du stationnement. Il ne faut pas qu’un client arrive chez vous et attrape une migraine, une contravention ou, pire, que son véhicule en sorte avec des rayures. En même temps, il doit se sentir à l’aise dans le magasin, notamment avec la climatisation, l’espace, plus de caisses, un rangement adéquat des produits en rayons et la fraîcheur des articles dans les chambres froides et réfrigérateurs. Il faut prendre plusieurs précautions.

Ma vision, c’est que tout le monde se sente interpellé et puisse entrer dans un hypermarché. Vous avez remarqué que parfois des laboureurs hésitent à y entrer. Chez Lolo, ils peuvent venir à leur guise, que ce soit avec leurs bottes boueuses, entre autres. Je discute avec eux et je crée une relation solide.

EM. Négociez-vous pour représenter une marque internationale à Maurice?

Pas pour l’instant. Si je réussis à faire mes preuves avec Lolo, je ne vois pas pourquoi je devrai aller vers une gamme étrangère. Je crois fermement dans les marques locales.

EM. Maurice n’est-il pas déjà saturé dans la grande distribution?

YS. Avec mes 28 ans d’expérience, je suis toujours resté dans la grande distribution. J’achète non seulement localement mais j’importe aussi de l’Italie, de la Thaïlande, de la Chine, de l’Inde et du Pakistan. Cela se fait directement, sans passer par une centrale d’achat.

Si vous vous êtes fait un nom, avez pu créer votre marque, vous continuerez à persévérer. Le service est primordial. Dans notre cas, nous l’axons autour des prix bas, la qualité, l’hygiène, la variété des produits, les facilités de stationnement, entre autres.

Il faut aussi doter les hypermarchés de l’espace requis pour circuler. Il faut toujours continuer. Je n’ai pas peur. Tout le monde doit travailler et gagner son pain.

EM. Quel est le profil et l’évolution de votre clientèle?

YS. Quand j’ai commencé dans les années 90, je n’avais que des maux de tête. Le concept de la supérette ne marchait pas. Les gens ne s’y adaptaient pas. Ils étaient mal à l’aise avec le libre-service. Cela m’a pris du temps. J’avais préparé des feuilles volantes promotionnelles à la main. Par exemple, sur les prix des mines Apollo à Rs 3,00, j’avais inscrit une croix et mis Rs 2,75. J’allais distribuer cela à moto.

Ensuite, on a commencé avec la livraison à domicile. Cela a débuté par hasard, avec trois vieilles dames venues de Fond-du-Sac. Leurs sacs étaient lourds et elles ne savaient comment rentrer chez elles. Je les ai embarquées dans ma vieille voiture pour les ramener. La nouvelle s’est répandue de bouche à oreille. Cela a fait un tabac. Je continuais à le faire moi-même. Et on a intégré ce service.

Nos clients sont hétérogènes. Ce ne sont pas que des femmes. Cela va des personnes au bas de l’échelle comme celles qui sont plus aisées. Dans mon cas, la clientèle s’est construite de bouche à oreille. Les brochures sont venues par la suite. La fidélisation s’est construite à travers le service que nous procurons.

Parallèlement, les supermarchés internationaux intègrent davantage la technologie avec des commandes en ligne et la livraison à domicile. Maurice va-t-il emboîter le pas?

Je fais déjà la livraison à domicile. J’ai étudié cette possibilité technologique depuis deux à trois ans. Mais je préfère que les gens viennent sur place pour faire leur choix. Par exemple, s’ils ont besoin d’un sachet de saucisses, il y a une vingtaine de variétés en magasin. Imaginons qu’ils cherchent un type de produit et qu’en arrivant, ils préfèrent autre chose. Sur place, les clients achèteront plus que ce qu’ils commanderont en ligne car il y a cette liberté de choix en rayon.

EM. Avez-vous d’autres projets?

YS. Positivement. Je n’aime pas faire du surplace. À intervalle de cinq ans, je conçois un nouveau projet. Si je trouve un terrain approprié, je lancerai un autre centre commercial, soyez-en certain. Peut-être même plus grand que 13 000 mètres carrés. Je veux toujours penser à ce qui m’attend à l’avenir. Par exemple, si un terrain est disponible à Port-Louis, je n’hésiterai pas à y ériger un petit complexe commercial. Je vais aussi me focaliser davantage sur l’hypermarché dans la capitale.

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