Guadeloupe. Au plan du développement économique et industriel pourquoi le pays se meurt ? *

16 Jui 2017
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Alan Nagam,  Président FTPE 97-1 Alan Nagam, Président FTPE 97-1

By Alan Nagam

Pointe à Pitre .Vendredi16 juin 2017 CCN. Alan  Nagam  président de la FTPE  a été  tête de liste aux dernières élections de la CCIG. Il soumis à CCN cet article  véritable plaidoyer  pour que l’intérêt  soit mis sur les véritables potentialités de notre  pays. Il se trouve qu’en dépit du changement de  »gouvernance » à La Région, on  ne  sent pas, du moins pas encore, que   le développement économique soit l’axe principal  des politiques publiques.  Que faut il faire ? Les propositions  de A. Nagam , c’est à lire

Depuis 2009, je prends le temps d'observer, d'analyser, de comprendre les différentes orientations sociales, économiques et politiques. Que voit-on ? Une mondialisation irréversible qui profite à de nombreux pays et qui en laisse de côté d’autres. La Guadeloupe fait partie de ces autres. Elle  regarde la mondialisation sans en bénéficier.

Avons-nous fait l'effort de comprendre pourquoi ?

Je crains que non. Nous nous contentons de justifier par la mondialisation, des revendications locales de conservation et d’amélioration d'avantages acquis institutionnels, administratifs, salariaux, indemnitaires et d’autres subventions en tous genres.

Comme si nous quémandions le remboursement de je ne sais quoi, en implorant le ciel de nous envoyer une catastrophe naturelle... pour faire jouer la solidarité nationale. En un mot, la politique de la main tendue est notre quotidien.

Or, si nous observons attentivement, les vents de la mondialisation nous sont aujourd’hui favorables : les transitions énergétique, numérique, écologique, représentent autant d'atouts opportuns à faire fructifier.

En effet que constatons-nous?

La sphère médiatique se préoccupe de mille sujets. Tous sans doute ont un intérêt, mais il est un sujet qu’elle traite avec trop de légèreté, le développement économique et social de l’archipel. Certes, on évoque mauvaises nouvelles et anecdotes, mais rares, exceptionnelles mêmes, sont les réflexions de fond sur les conditions à réunir pour créer ici une valeur ajoutée, génératrice de richesse et d’emplois en valorisant les atouts dont nous disposons, pour ouvrir de nouveaux marchés à un savoir-faire compétitif. Au point que même ces atouts sont ignorés. Les médias baissent-ils les bras devant l’ampleur de la tâche, victimes d’une morosité fataliste sur un thème trop entendu « rien ne peut véritablement changer » ?

Vu sous cet angle, dans ce XXIe siècle bien avancé, la Guadeloupe serait condamnée à vivre d’une économie de comptoir artificiellement soutenue par des transferts d’argent public et les jeunes à briguer s’ils ont de la chance, les emplois surrémunérés de fonctionnaires. Tout cela entretient un effet d’aubaine pour quelques-uns et la précarité de la majorité. La consommation stimulée par les transferts publics génère une rente pour les importateurs, héritiers des traders coloniaux. Les transferts publics, ainsi employés, loin d’être un vecteur de développement, se révèlent être un facteur de blocage de toute activité innovante, créatrice de valeur ajoutée locale.

Le résultat est trop connu : 70.000 chômeurs et l'enrichissement d'un petit nombre, seul à bénéficier, de surcroît, de la confiance du système bancaire. Certains font de nous leur pré carré ; d'autres pleurnichent leur « tan pi souplè ».

Cette situation économique induit en erreur les politiques depuis plusieurs décennies. Elle est également responsable de la situation sociale du pays. J'en veux pour preuve le choix de préserver l'entité Gardel, en lieu et place de la construction d'une usine neuve et performante à Blanchet Morne-à-L'eau. Un nouvel équipement modernisé relancerait de facto le développement de la filière canne et dérivés, à l'instar de ce qu’a fait la Réunion. Il permettrait l’épanouissement de l’économie circulaire avec une exploitation raisonnée des sous-produits, telle que la production de fourrage pour les animaux, la génération d'électricité avec la bagasse…

Les expertises venant de Paris, envoyées par les gouvernements successifs, n’ont jamais été en mesure de proposer des réformes adaptées et des mesures rationnelles, destinées à créer les conditions du développement économique et de l’exploitation des ressources. Leur approche tronquée par la distance, manquant de connaissance sur les potentialités réelles de notre territoire, produit des rapports faussés et inexploitables, sauf à conduire à des erreurs.

Les « sages » du Conseil économique, social et écologique (CESE) ont ancré l’idée que la Guadeloupe était un laboratoire de la biodiversité. CETTE IDÉE EST DANGEREUSE...

Le président de la Commission européenne M. Juncker  a ouvert le 30 Mars 2017 la quatrième conférence des RUP en nous répétant : « ... Cette diversité bio et autre, fait votre richesse. Et votre réputation de laboratoire privilégié de la recherche et de l'innovation n'est plus à faire. »

Nous sommes donc, vus d’Europe, des animaux de laboratoire... Or, on en fait plus pour un pauvre lamantin dans sa piscine (4 millions d’euros de fonds européens) que pour un malheureux chômeur dans sa case.

M. Gerson de l'ADEME dans le journal La Croix du 22 Mai 2017 déclare que : « L'Outre - Mer est un laboratoire des énergies renouvelables ». Je le cite : « En outre-Mer, le gros potentiel se trouve aujourd'hui dans le solaire photovoltaïque et thermique, la biomasse et la géothermie. » Cet expert sait-il que la Guadeloupe dispose d’une zone économique exclusive (ZEE) de 86 000 km2 balayée par un alizé puissant et régulier ? Pourquoi n’évoque-t-il pas L'ÉOLIEN MARIN ? Paris souhaite-t-il stériliser la ZEE guadeloupéenne en zone écologique exclusive sous le nom d’aire marine protégée (AMP) comme vient de le décréter pour la Martinique le dernier conseil des Ministres de la mandature Hollande?

L’idée perverse de laboratoire conduit à une politique d’énergies renouvelables qui disperse les efforts tous azimuts sans cohérence économique. On bricole des « échantillons » coûteux pour le consommateur et inutiles, là où il y a place pour un véritable projet industriel au regard de l’impératif majeur de la transition énergétique.

L'octroi de mer

Doit-il continuer à alimenter les caisses sans fond des collectivités locales ? Alors que l’objectif initial, louable, était de créer une protection douanière pour favoriser le lancement de productions locales, l’octroi de mer a été détourné de son objet en devenant une commodité de financement de la dépense publique à l’effet négatif bien connu sur les activités économiques créatrices de valeur ajoutée… locale.

Manquons-nous de courage au point d'accepter tout cela comme une fatalité ?

Ensemble, nous pouvons et devons aller plus loin

Compatriotes guadeloupéens, le moment est venu pour nous de prendre nos responsabilités. Notre territoire recèle des ressources uniques en France. Fixons-nous un objectif, celui de faire de la transition énergétique le marchepied de notre révolution industrielle. Visons le leadership dans la croissance et l'exploitation de notre richesse marine. Suivra alors toute une économie du numérique et de l’agriculture circulaire propre, et d’autant plus d’emplois pour les enfants de ce pays que l’enseignement supérieur sera aménagé et renforcé pour satisfaire les besoins de cette ambition.

Nous devons profiter du nouvel environnement politique national, qui fait fi des partis, des castes et des confréries pour arrêter de nous comporter en citoyens mineurs de la République, et prendre avec détermination l’initiative d’un véritable décollage économique. Le nouveau président M. Macron affirme pouvoir  offrir cette opportunité. Saisissons-la. Proposons-lui notre vision du développement, basée sur l’exploitation raisonnée des potentialités économiques que proposent notre territoire et sa jeunesse.

Engageons-le développement économique et industriel de la Guadeloupe par la valorisation de nos filières de production.

* le titre de  l’article est de la rédaction de CCN .

Alan Nagam

Président FTPE 97-1

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CCN

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