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Guadeloupe. Medias : France Antilles, un quotidien difficile, un avenir incertain et compliqué.

15 Mai 2017
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Les locaux de France-Antilles Guadeloupe, au coeur de la zone industrielle de Jarry Les locaux de France-Antilles Guadeloupe, au coeur de la zone industrielle de Jarry Alexandra Giraud

By Alexandra Giraud (CCN)

Jarry. Capitale économique. Lundi 15 mai 2017. CCN. Pawol d’aïeux : il y a quelques décennies, le quotidien d’informations « France-Antilles Guadeloupe » tapissait, dit-on, les stands des poissonniers qui s’en servaient pour emballer les victuailles à destination des clients. C’était l’époque déjà ancienne de «  Fwans Manti » .. Au fil des années le contenu du journal s’est tout de même amélioré. Mais aujourd’hui la crise est là, car depuis quelques mois, la situation économique du journal s’est dégradée. Le lectorat a vieilli et ne s’est pas renouvelé. Les ventes stagnent. Comment faire face au défi du numérique ? Les salariés sont donc très inquiets. Personne ne peut (pré) dire ce que sera l’avenir. Qui peut sauver le journal et ses salariés ?  

 

Flash back. Le 24 juin 1964 sort le premier numéro de France-Antilles, à l’occasion de la visite à la Martinique de Charles de Gaulle, alors Président de la République. Sur 4 pages sont relatés les temps forts de cet événement devenu historique pour le journal mensuel qui deviendra quotidien en septembre 1964. La diffusion à la Guadeloupe débute en 1965. L’État français financera avec l’argent public le lancement de France-Antilles en installant une imprimerie à Fort-de-France et en créant un titre, plus tard racheté par Robert Hersant, poids lourd de l’édition de presse française mais aussi homme politique de la Droite la plus conservatrice.

Depuis, le lectorat des débuts de France-Antilles, qui rappelons-le est un journal principalement sur papier, a pris de l’âge et ne s’y adonne plus autant qu’avant, face à l’accumulation, voire même au bombardement d’informations présentes dans le paysage médiatique guadeloupéen. Il s’amorce alors une descente aux enfers à partir de 2014 pour le groupe France-Antilles, qui se voit placer en redressement judiciaire à la Martinique, et à la Guadeloupe l’année suivante. Aujourd’hui, le groupe Antilles Guyane Médias qui l’a succédé est en cessation de paiement.

Le plan de cession est en marche

Une épée de Damoclès vient alors naturellement se placer au-dessus de la tête des salariés de France-Antilles, qui s’inquiètent pour leurs emplois aujourd’hui encore menacés. A l’heure actuelle et suite à l’ouverture d’un plan de cession le 4 avril dernier, il y aurait 2, voire 3 potentiels repreneurs. Selon Annick Fabrice, porte-parole de la « Société des Journalistes » constituée le 12 avril 2017, l’un des potentiels repreneurs se positionnerait en faveur des salariés, c’est à dire qu’il sauvegarderait leurs emplois ; un autre déciderait d’en supprimer environ une centaine. En fonction du futur repreneur, le destin de dizaines de salariés pourrait donc être très différent.

Une affaire de famille ?

D’ailleurs, parmi ces repreneurs, une candidate bien particulière qui a dévoilé ses plans le 18 avril dernier par le biais d’un communiqué (nb : les dépôts de candidatures pour ce plan de cession se sont clôturés le 19 avril). Ce n’est autre que la petite fille par alliance de Robert Hersant, jadis propriétaire pendant de longues années du groupe France-Antilles ; mais également la nièce de Philippe Hersant, actuellement détenteur du groupe. Aude Jacques-Ruettard, de son nom, possède actuellement la société Média AJR. Dans cette conquête et même si elle détient déjà 38% des parts du groupe de son oncle, elle est épaulée par Philippe Labi, spécialiste des médias et de la communication, éditorialiste à LCI et LCP, ancien directeur de l’information M6 ou encore ancien éditeur et rédacteur en chef de Prisma Média. La femme d’affaires déclare dans la presse ne pas vouloir « chercher à tout prix la rentabilité immédiate en réduisant drastiquement les effectifs ». Son objectif : « redonner toute sa grandeur à France-Antilles ».

La presse écrite  face au défi de la presse numérique : en Guadeloupe aussi

Quoi qu’il en soit, le constat est clair : la presse écrite, ici à la Guadeloupe comme d’ailleurs partout dans le monde, est au plus mal. La liste des quotidiens français ou des journaux étrangers disparus au cours de la dernière décennie s’allonge, déshonorant l’invention historique de l’imprimerie ou encore la création originelle du quatrième pouvoir par la presse écrite. Parmi les grands disparus, on dénombre par exemple Newsweek, un hebdo américain ayant abandonné la presse écrite au profit du tout numérique. Le Financial Times-Deutschland pour l’Allemagne, ou encore, en France, La Marseillaise dans les Bouches-du-Rhône et   France Soir à Paris. Les victimes du numérique se comptent par dizaines, chaque année en France.

Le numérique est une des causes des difficultés de la presse écrite traditionnelle. Aux pure players, réseaux sociaux, versions numériques de journaux sur papiers déjà existants, s’ajoutent toutes sortes de supports virtuels présents dans l’écranosphère. Gare alors à ceux qui n’ont pas pris assez vite, le virage du numérique !

Les causes de la descente aux enfers

Et c’est, semble-t-il, un des virages que France-Antilles a mal négocié. D’après Fabrice M’Toumo, délégué syndical de France-Antilles, l’outil industriel « n’a pas été rénové, il n’est pas compétitif face aux Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) » rappelant que les machines ont plus de 40 ans. À ces causes intrinsèques au déclin du quotidien antillais s’ajoute, toujours selon le syndicaliste, l’absence de recapitalisation de la part des actionnaires, « au moment où il le fallait », regrette-il. Face aux potentiels repreneurs, un cabinet d’experts étudie actuellement la situation, pour une vision plus globale des difficultés rencontrées par le groupe depuis plus de 5 ans.

La partie administrative du groupe France-Antilles a été transférée à la Martinique. L’antenne martiniquaise a par le passé déjà subi 3 plans sociaux, contre 2 pour l’antenne guadeloupéenne. Leur situation financière demeurerait malgré tout et selon Fabrice M’Toumo, aussi délicate l’une que l’autre. Et pour cause, les chiffres parlent d’eux-mêmes. On estime aujourd’hui les pertes par an à 6 millions d’euros pour France-Antilles Martinique, et à 5,4 millions pour l’édition guadeloupéenne. En tout et à ce jour, le groupe aurait perdu environ 33 millions d’euros.

 

Le 6 juin 2017, le Tribunal mixte de Commerce de Fort-de-France devrait se prononcer sur le cas du groupe France-Antilles. Réponses à venir dans les prochaines semaines. Affaire à suivre ..

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Alexandra Giraud

Journaliste CCN

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