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France. Médias et politique : un débat présidentiel lamentable

04 Mai 2017
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Par Didier Destouches.

Gosier. Jeudi 04 mai 2017. CCN. Hier des millions de français ont assisté médusés à un débat présidentiel violent et grotesque. Ce débat mettait en scène, il faut le dire, deux candidats novices dans l’exercice et inédits pour une élection présidentielle sans candidat sortant. L’analyse de  Didier Destouches.


destouche news 001On peut sans exagéré considérer que ce débat a été le point culminant d’une campagne désastreuse et pénible. Mais comme la campagne, ce débat recèle néanmoins quelques vertus qu’il convient de mettre en lumière. Face à face nous avions donc la candidate de la France qui est en colère et qui souffre, grande populiste et héritière des courants nationalistes et d’extrême droite ; et le candidat du renouvellement politique, de la France optimiste et qui espère.

Ces deux candidats reflètent parfaitement le changement profond de l’échiquier politique français, ce qui en soi n’est pas une mauvaise chose, et surtout le clivage sociétal dominant en ce moment , ce qui est par contre plus inquiétant. En fait, on ne pouvait imaginer plus antagonistes que ces deux projets politiques pour un affrontement présidentiel et télévisuel.

Et le spectacle a été au rendez vous, à l’inverse de la qualité de l’échange. D’aucun ont vite compris que débattre avec la représentante du Front National n’élevait absolument pas le débat public, bien au contraire, et que le fossé était immense entre son désir de prendre le pouvoir et sa capacité à l’exercer. C’est un aspect salutaire de ce débat présidentiel qui aura un impact assuré sans qu’on puisse en mesurer la véritable ampleur. Ce débat s’est révélé être un pugilat verbal jusqu’à la dernière seconde et si on peut en regretter la forme, il a au moins eu le mérite de montrer qu’Emmanuel Macron, avec son physique de noble versaillais, avait une force mentale et une détermination farouche qui devrait s’il est élu, lui être très utile à la fois en interne et dans les rencontres internationales qui s’annoncent très dures. Le monde est en effet de plus en plus dirigé par des autocrates populistes.

Dans ce débat, la forme et l’émotion ont vite effacé le fond et la raison. On était beaucoup plus dans la chamaillerie de cour d’école entre le premier de la classe et la chipie du groupe, ce que résume parfaitement la meilleure phrase choc (punchline) du débat et prononcée par Emmanuel Macron : « madame Le Pen restez faire le spectacle à la télévision, moi je veux présider le pays ».

Tout était dit…En réalité non seulement Emmanuel Macron a quoi qu’on en pense réussi à montrer une étonnante capacité à garder son sang froid malgré son agacement visible face à la plus violente salve d’attaques personnelles médiatisées de l’histoire politique mais en plus il a réussi à expliquer avec pédagogie certains aspects de son programme et de sa méthode en dominant nettement son adversaire sur chaque dossier.

Il en résulte que l’on a vu se dégager chez Macron une stature présidentielle qu’il lui faudra bien entendu étoffer s’il est élu et qui mêle autorité et empathie Ceci explique aussi pourquoi l’une des figures emblématiques de la gauche contestataire européenne et ancien ministre grec des finances Yanis Varoufakis, a contrairement à Jean-Luc Mélenchon, tenu à apporter un soutien franc à Emmanuel Macron justifié par le fait qu’il aurait été le seul ministre européen à tout faire pour aider vraiment la Grèce lors de sa crise financière récente.

Enfin ce qui est le point le plus positif de ce débat est incontestablement le fait que face à une Marine Le Pen qui est un véritable épouvantail politique du monde politico-médiatique et fait (faisait ?) peur à beaucoup, le jeune et novice Emmanuel Macron n’a pas commis deux erreurs qui auraient été fatales : celle de refuser de combattre dans l’arène en prenant le risque d’être sali personnellement, les valeurs et les propositions de la candidate de l’extrême-droite et celle de se laisser taper dessus sans rendre les coups systématiquement. L’âpreté et la violence de l’échange étaient à la hauteur des enjeux et de l’avenir de la République.

Et si on en est arrivé à ce stade, c’est parce que de trop nombreux élus, intellectuels, éducateurs, artistes eux aussi ont renoncé à élever le niveau du débat pour plutôt arpenter les terres stériles du repli vers Soi et de l’entre Soi. Hier un ancien banquier, libéral, technocrate, aux manières désuètes était au combat, dans la boue, contre le pire.

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CCN

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