France. Polémique : qu’est-il donc arrivé à Emmanuel Macron ?

17 Fév 2017
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Alger. Vendredi 17 février 2017. CCN. Difficile de ne pas en parler. Emmanuel Macron, le candidat ni-de-droite-ni-de-gauche (NDNG) à la présidentielle française, a fait très fort mercredi à la télévision algérienne quand lors d’une interview, il a déclaré tout de go que « la colonisation (française) était un crime contre l’humanité ». On a peine à y croire car c’est bien la première fois qu’un homme politique français fait une telle sortie. Aussitôt, les (néo)colonialistes bon teint que sont Le Pen et Fillon ont réagi très violemment. On n' a pas (encore) entendu les réactions de Mélenchon ou de Hamon sur la question. En Guadeloupe, dans le mouvement patriotique et anticolonialiste, la déclaration de Macron fait pschitt ! Personne n’y croit.

Ainsi, Elie Domota a déclaré à CCN que « ce n’est là qu’une opération de séduction pour tenter de récupérer le vote des noirs vivant en France ». Et le leader du LKP d’ajouter que si Macron se dit anticolonialiste, « il devrait alors mettre en place des experts internationaux pour évaluer les préjudices causés par la colonisation aux descendants Kalinas, et aux descendants des Africains déportés car au delà des réparations, nous exigeons la remise en état, la redistribution des terres volées et une véritable programme de décolonisation de dernières colonies françaises ».

Même tonalité pour Marie-Christine Myre-Quital (UPLG) qui estime « qu'on ne peut prendre pour argent comptant, ni même au sérieux, la déclaration de Macron faite en pleine campagne parce qu’elle est destinée à s’attirer la sympathie des noirs. Il veut se démarquer, mais au-delà des simples paroles, ce sont les actes qui comptent ».

Une autre composante du mouvement nationaliste guadeloupéen, le FKNG ! affirme que « Macron n’est qu’un colonialiste 3.0 mais avant tout c’est un politicien français ». Le mouvement politique déclare n’avoir « rien à attendre de ces gens, seule la lutte pour la souveraineté de notre pays compte, les bavardages des politiciens français ne nous intéressent pas car nous refusons de participer à toute élection organisée dans le cadre colonial actuel ».

Bien entendu, Ary Chalus le président-député de la Région Guadeloupe, soutien-mandataire de Macron dans les dernières colonies françaises, devrait conforter sans état d’âme le point de vue de son leader, non ?


« La France n’a jamais exporté ses droits de l’Homme dans les colonies… » 

o LE COUR GRANDMAISON facebook 001Olivier Lecour Grandmaison, politologue spécialiste d’histoire coloniale, enseigne à l’université d’Évry-Val d’Essonne et au Collège international de philosophie. Auteur de plusieurs ouvrages, il a publié, en 2014 aux éditions Fayard, "L’empire des hygiénistes. Vivre aux colonies". Il est aussi à l’origine d’un récent appel pour la reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France.  CCN publie ci-dessous l'interview qu’il a accordé au quotidien Ouest France.

À la télévision algérienne, Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de crime contre l’humanité. Qu’en pensez-vous ?

Olivier-Lecour Grandmaison. Il est tout à fait possible de considérer la colonisation comme un crime contre l’humanité dès lors que l’on s’intéresse de façon précise aux modalités de la colonisation. Il s’agissait de guerres de conquête et de guerres coloniales dont l’une des caractéristiques, et pas seulement en Algérie, est d’avoir été des guerres totales, où l’on a assisté à une militarisation complète de la population et du territoire. Ce qui veut dire que la distinction entre civil et militaire s’effondre, celle entre sanctuaire et champ de bataille également.

Par ailleurs, et là ça ne concerne pas uniquement l’Algérie, autre particularité, et aujourd’hui reconnu comme un crime contre l’humanité, le fait que les populations civiles, sans avoir eu un comportement délictuel, ont été soumises au travail forcé. Lequel a été extraordinairement criminel.

Il y a eu des massacres aussi…

OLG .Oui. À ce propos, la qualification employée par Emmanuel Macron est partagée par des historiens, des avocats. Je pense notamment à celui de Sétif, Guelma et Kherrata, le 8 mai 1945. Entre 35 000 et 40 000 morts. Un massacre qui court du 8 mai à la fin août, début septembre, qui implique l’ensemble des forces armées (terre, air, marine), plus des milices coloniales. Eu égard aux modalités de ce massacre, à ses mobiles, un certain nombres de contemporains aujourd’hui considèrent, en effet, qu’il s’agit de crime contre l’humanité.

Dans l’interview, après ces propos forts, il tente : « La France a installé les droits de l’homme mais a oublié de les lire »…

OLG. Pour des raisons évidemment politiques, il essaie de ménager la chèvre et le chou. Mais dire, comme l’affirme Emmanuel Macron, que la France a exporté les droits de l’homme mais ne les a pas lu relève d’une méconnaissance singulière des réalités coloniales vu son niveau d’éducation, d’instruction et de qualification. Contrairement à un grand mythe national républicain, la France n’a jamais exporté ses droits de l’Homme dans les colonies. Elle a toujours exporté et appliqué des dispositions d’exception exorbitantes du droit commun dont les juristes de l’époque étaient parfaitement conscients. Il faut rappeler que la condition de l’indigène dans l’ensemble des territoires coloniaux y compris l’Algérie n’est pas d’être citoyen français mais sujet français. La règle étant qu’ils sont à ce titre privés des droits, des libertés élémentaires individuels et collectifs : pas de droit de vote, pas de liberté d’expression, pas de liberté d’association, pas de liberté de réunion, et parfois dans certains cas, pas même de liberté de déplacement sur le territoire colonial.

Qui cherche-t-il à séduire ?

OLG. C’est difficile d’en juger. Auprès de certains en Algérie, voire en France, je pense notamment aux héritiers de l’immigration coloniale et post-coloniale, il peut s’attirer un certain succès. Pour autant que ceux-là soient sensibles à son discours sur l’économie et le social… Pour un électorat français du centre droit qu’il cherche éventuellement à organiser et à structurer, je ne suis pas sûr que la chose soit forcément, facilement entendable. Les réactions de Marine Le Pen et de François Fillon montrent combien la question est encore terriblement sensible et combien elle est aujourd’hui politiquement instrumentalisée par les uns et les autres.

Emmanuel Macron a-t-il fait preuve de courage ou d’opportunisme ?

OLG. je préfère parler d’opportunisme. S’il est vraiment sincère, il faut que, de retour à Paris, il emploie les mêmes qualificatifs et, éventuellement, qu’il persévère dans cette voie. Pourquoi ne pourrait-il pas s’adresser aux autres candidats en leur demandant quelles sont leurs positions ?

Source : Ouest France

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