Guadeloupe. Médias : Alizés dans l’œil d’un gros cyclone ?

09 Fév 2017
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Gros plan: Robert Moy, à droite ce qui reste des studios du JT Gros plan: Robert Moy, à droite ce qui reste des studios du JT

Pointe-à-Pitre. Jeudi 9 février 2017. CCN. C’est officiellement en janvier 2015 que Robert Moy, technicien télé venu du service public, annonce à grand frais l’arrivée de SA chaine Alizés dans le Paysage Audiovisuel Guadeloupéen (PAG). Auparavant, il avait fallu plus d’une année d’une vraie bagarre politico-médiatique avant que le gendarme francais de l’audiovisuel, le CSA, accepte enfin d’attribuer une fréquence hertzienne à la SAS Ultramarine Communication. C’est donc cette entreprise audiovisuelle créée en 2009 par Robert Moy qui lance en Guadeloupe Alizés Télévision, la 4e chaine d'un PAG très encombré.

3 ans après plus rien ne va. Au prétexte que les subventions de fonctionnement de la Région (200.000 euros) tardent à venir, Robert Moy en octobre 2016 licencie (économiquement !) ou pousse vers la sortie toute sa rédaction en commençant par l’ex-rédacteur en chef Jean-Luc Icar qui avait pour l’occasion fait un grand retour dans le PAG. N’ayant plus aucun journaliste-présentateur, Alizés ne propose plus de JT. Les techniciens « marrons » qui depuis 3 ans tenaient tant bien que mal la boutique, ont tous été jeté à la rue. L’un des derniers, Lucien Nestar, ayant refusé d’être payé cette semaine en monnaie de singe, a déclenché l’ire de Moy qui a brutalement mis fin à sa prestation en faisant intervenir la police. Pour quoi ces mauvais vents soufflent-ils sur Alizés ? Cette chaine à bout de souffle depuis des mois, sans personnel et sans moyens, a-t-elle encore un avenir dans le PAG ? Robert Moy peut-il encore continuer en ne comptant que sur les subventions de la Région ?

 

Alizés, il faut le noter débarque dans le PAG  quelques mois avant les élections régionales de 2015. Cette précision n’est pas anodine puisque Victorin Lurel est encore président de Région et son ami et néanmoins notre estimé confrère Pierre Edouard Picord (PEP), CEO de l’hebdomadaire « Le Courrier de la Guadeloupe » est dès l’origine l’un des actionnaires de cette chaine. D’autres noms circulent dont celui d’un autre confrère, Michel Reinette qui depuis Paris a beaucoup mouillé sa chemise pour défendre le dossier Alizés. Jusqu’aux régionales, pour lesquelles il croyait dur comme fer à une victoire de Lurel, PEP le CEO du « Courrier », animera deux émissions sur Alizés, Téléscopies avec Jean-Luc Icar et Controverses en compagnie de Danyk Zandwonis et du même Jean-Luc Icar. PEP quittera Alizés sur la pointe des pieds.

C’est dire que tout le monde pensait que Alizés aurait pu tenir la route mais dès la défaite de Victorin Lurel, on s’est rapidement rendu compte que les dirigeants et actionnaires de cette chaine se sont sentis come « dépouillés ». Robert Moy, disent ceux qui sont en contact avec lui, est devenu plus que détestable. Par ailleurs, comme il a été souvent dit dans l’entourage du nouveau président de Région, « le modèle économique d' Alizés était essentiellement basé sur des subventions régionales ».

Lurel avait-il promis un « veau d’or » à  Moy ? Ce qui est certain, c’est qu’Ary Chalus, en dépit de relances successives de Moy, n'a jamais accepté de subventionner Alizés au-delà des 200 000 euros prévus pour chacune des chaînes du PAG. Faut-il alors croire que la défaite de Lurel ait contribué à asphyxier Alizés ? On peut le penser car cette chaine, quasiment inaudible et invisible et qui n’a donc pas su se faire une vraie place dans le PAG, n’attire pas les annonceurs et sans subvention-veau d’or, Moy a été contraint à des licenciements parfois borderline et au travail semi-clandestin. Un vent mauvais souffle sur Alizés qui est désormais dans l’oeil d’un cyclone peut-elle s'en sortir ?

 

Robert Moy :  « On a été obligé de revoir la configuration de notre personnel »

Dès les premiers licenciements qui ont suivi la première crise d’octobre 2016, CCN avait rencontré Robert Moy, le patron d'Alizés. interview

CCN : Que se passe-t-il à la rédaction d’Alizés ?

Robert Moy : En fait, nous sommes en pleine refonte de notre ligne éditoriale. Donc on revoit la grille des programmes, on essaye de répondre aux nombreuses sollicitations qui nous sont parvenues lors de la précédente programmation. Nous avions un grand nombre de personnes qui nous reprochaient de diffuser beaucoup de programmes de TF1 et M6. Ce sont des programmes que les gens reçoivent, en tout cas pour la moitié des foyers, sur Canal Satellite, Numéricable, etc… Et comme de notre côté, nous avons plutôt ciblé les gens qui étaient sur la TNT, qui n’ont pas accès à ces programmes là, mais finalement l’un dans l’autre, au niveau du marché cela n’a pas convaincu. Le marché n’a pas été convaincu de la pertinence de fournir cette programmation. Donc on change de programmes et on essaye d’apporter plus de contenus locaux. En faisant cela, en supprimant toute cette partie d’activité, mathématiquement on a été obligés de revoir la configuration de notre personnel. 

De combien de collaborateurs vous êtes-vous séparés ?

On a été obligés de se séparer de 5 personnes

Sur une totalité de … ?

Entre les permanents et les non-permanents, nous étions une bonne dizaine. Mais il n’y a rien d’extraordinaire dans ce que je dis là, cela se passe dans tous médias ou entreprise quelle qu’elle soit. Quand on embauche on ne dit rien mais lorsque qu’on licencie tout le monde hurle. Pourtant c’est juste de la gestion, c’est exactement comme vous et moi, quand on a de l’argent on dépense et lorsqu’on en a moins, on regarde ce qui est prioritaire. 

Mais justement, pour plus de programmes locaux, il vous faudrait du monde pour être sur le terrain et couvrir l’actualité guadeloupéenne.

Oui mais nous sommes diffuseur et non pas producteur. Donc pour pouvoir renforcer toute cette partie de programmes locaux on va faire appel à des sociétés de production. On est en discussion et en partenariat avec un certain nombre d’entre elles pour produire des catalogues de programmes. Comme toute chaîne de télévision, il y a la partie diffusion et elle s’appuie sur des sociétés de production. Ou alors, des producteurs viennent nous proposer des projets qui nous intéressent, qu’on retiendra ou pas. C’est le mode de fonctionnement de toute télévision normale. 

 

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