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EXCLUSIF. Guadeloupe. Lutte Armée. L’hommage de Luc Reinette à ses compagnons d’armes et de combats…

09 Jan 2021
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Pointe à Pitre. Samedi 9 janvier 2021. C’est pour saluer la mémoire d’Humbert Marboeuf, l’un de ses plus fidèles lieutenants de l’époque pas si lointaine de l’Alliance Révolutionnaire Caraïbe, (ARC) que Luc Reinette a écrit ces quelques pages. Luc Reinette est LE patriote Guadeloupéen qui a initié avec le Groupe Guadeloupéen de Libération Armée (GLA) puis avec l’ARC, la lutte armée contre le colonialisme français. Dans ce texte soumis à CCN, Luc Reinette fait une sorte de « coming out » sur son engament dans la lutte armée et c’est inédit ! Outre Humbert Marboeuf, il rappeler qu’il y a eu près d’une centaine de combattants.tes qui ont tous et toutes sous des formes diverses, acceptés de prendre tous les risques dans la lutte de la Libération Nationale de la Guadeloupe. Ce sont des moments très importants de notre histoire, mais pas encore suffisamment connus, car ces « neg mawon » modernes ont eus à reprendre le flambeau de 1802 légué par : Ignace, Solitude, Delgrès, Massoteau, tous héros de notre « roman national ». En effet de janvier 1979 jusqu’au début des années 90, les attaques militaires du GLA, puis de de l’ARC et de l’ALN ont mis pour la première depuis 1802, le colonialisme français en difficulté en Guadeloupe, l’obligeant même à tenter avec les vrais révolutionnaires guadeloupéens une « négociation ». Le destin politique de la Guadeloupe, aurait pu changer, dès cette époque, si 4 infortunés militants indépendantistes non militants de l’ARC, n’avaient pas explosé et péri avec leurs bombes, en tentant de saboter les négociations entre le pouvoir colonial et les combattants de l’ARC...

Au travers de cet hommage à H. Marboeuf et à tous ses compagnons Luc Reinette fait donc un focus sur cette période contemporaine de la lutte armée en Guadeloupe.

Question : Le combat sur le Front militaire contre le colonialisme français est-il définitivement achevé ? Qui peut l’affirmer ? L’histoire nous apprend que colonialisme français ne cède jamais uniquement avec des bulletins de vote…

DZ

En mémoire à Humbert MARBOEUF, disparu le 30 septembre 2020

Et en réponse à son souhait exprimé depuis le CHBT en aout 2020 

Le temps qui passe nous fait obligation de prendre le temps de nous retourner pour regarder le chemin parcouru et évoquer ceux dont la vie a jalonné et marqué ce parcours accidenté aux contours souvent contrariés dans notre Pays dominé qu’est la Guadeloupe.

Nelson Mandela qui incarnait les valeurs les plus nobles de l’Humanité et qui fut pourtant qualifié de terroriste, jugé et condamné comme tel par les tenants d’une Afrique du Sud raciste a déclaré, peu de temps avant sa mort en décembre 2013 : ‘’J’ai consacré 67 années de ma vie à lutter contre l’apartheid’’.

Il a cependant confessé que durant ces 67 années, pratiquement trois générations de combattants de la liberté se sont engagées à ses côtés sans voir pour la plupart la victoire de la justice sur l’indicible et que certains-pris par le doute-lui en ont même voulu de cet engagement sur une voie apparemment sans issue, pour laquelle ils avaient tout sacrifié.

De ce témoignage, je retiens que le temps que prend la liberté pour surgir des profondeurs dépasse parfois le temps d’une vie, et que la temporalité de la liberté ne peut-être évoquée, car elle est intemporelle et toujours moderne.

Nous avions 30 ans pour la plupart lorsque nous avons répondu aux appels d’Ignace, de Delgrès, de Solitude, de Marthe Rose et de tant d’autres qui sont morts pour la liberté et avons considéré que leur sacrifice n’était pas une défaite, mais un formidable héritage fait à nous et à la postérité.

Nous avons revendiqué et nous revendiquons encore notre filiation avec ces héros et ces héroïnes qui ont mis sur nos lèvres le goût de la liberté, et dans nos cœurs la ferveur au combat...

MAGWA N17Nous avons créé ensemble le Groupe Guadeloupéen de Libération Armée (GLA l’Armée de Libération Nationale (ALN) Radyo Inité AWA, , le Mouvement Pour une Guadeloupe Indépendante (MPGI), l’Alliance Révolutionnaire Caraibe (ARC, le CNRG le Comité International des Peuples Noirs (CIPN ), le Konvwa pou Liberasyon Nasyonal Gwadloup ((KLNG) , Alyans Nasyonal Gwadloup (ANG ), Fos pou Konstwi Nasyon Gwadloup (FKNG) ) et KARESOL.

Certains diront avec une certaine ironie qu’en 40 années de combat (1980-2020), nous avons créé bien des structures associatives ou politiques, mais nous répondrons que ce sont les circonstances de la lutte qui l’ont imposé, et que l’essentiel repose sur cette vérité que nous n’avons jamais dévié de notre revendication fondamentale à la liberté, à la souveraineté et à l’indépendance de notre Peuple et de notre Pays. Il vaut mieux se renouveler sans cesse habité de ma même intransigeance vis-à-vis de la puissance coloniale qui occupe notre Pays, la France, plutôt que de voir fluctuer nos positions au sein d’une même structure.

Certains diront encore doctement, qu’en dépit du ‘’VIVRE LIBRE OU MOURIR’’ des héros de 1802 qu’ils approuvent en théorie-bien installés dans leur zone de confort quotidien-que ce n’était pas la bonne méthode, que la violence révolutionnaire ne peut pas répondre à la violence coloniale, au massacre des guadeloupéens en 1802 puis en 1967, et que c’est seulement la lutte des masses qui nous feraLes studios de RCI apres lattentat de ARC triompher du colonialisme français.

C’est ce discours que tenait une certaine organisation nationaliste qui perdit quatre de ses membres un funeste 24 juillet 1984 dans l’explosion de bombes servant une conspiration visant à faire capoter des négociations entamées avec des émissaires du gouvernement français, dont l’avocat Christian Charrierre Bournazel. Cette Organisation avait pourtant été conviée à ces négociations au même titre que le PCG mais a préféré les briser, mue par une démarche hégémonique et sectaire. Pour notre part, si nous avons toujours été intransigeants, nous n’avons jamais intolérants.

L’apport et l‘adhésion des masses populaires est bien entendu fondamental dans le combat libérateur, mais qui détient la recette, et d’ailleurs existe-t-il une recette pour triompher des colonialistes français, les êtres les plus pervers qu’il existe sur cette terre ? D’ailleurs dans les combats menés contre les colonialistes français, ce sont au final des centaines de guadeloupéens qui comme nous font partie du Peuple qui ont porté leur contribution.

Comprenez bien, compagnons de route, compagnons de combat, compagnons d’armes qu’en 1984 nous n’avions que deux choix, et pas trois : ou bien nous dénoncions publiquement la conspirationMAGWA N16 ourdie contre un processus qui allait déboucher sur des négociations avec l’Etat français en faisant du même coup voler en éclats le Mouvement National, ou bien nous gardions un silence difficile et exigeant pour sauver ce qui pouvait l’être.

Nous avons choisi la voie la plus ingrate, sans en être remerciés pour autant puisque qu’aucune Organisation ne revendiquait l’action des quatre militants connus présentée comme une « action individuelle ». Ce refus de paternité pouvait induire en erreur certains -dont la famille des disparus- et les pousser à croire que ces hommes appartenaient également à l’ARC en proie à une pseudo division interne.

C’est ce qui explique qu’une partie du Mouvement national que représentait cette Organisation a fait le choix de non pas de réécrire l’Histoire de la Guadeloupe, mais d’en effacer délibérément les 10 années allant du GLA en 1979 à l’ARC en 1989. Ainsi l’historiographie de la Guadeloupe retiendrait Mé 67, suivi d’un vide abyssal, pour arriver à janvier 2009, avec l’avènement du LKP !

Heureusement un petit livre d’Histoire, écrit par Madame Erika SLVESTRE en 2020 et dédié aux enfants de la Guadeloupe nous rend justice, vous rend justice, en affirmant en sa page 56 consacrée à la Recherche d’un nouveau statut politique ‘’qu’il ya en Guadeloupe une période nommée les nuits bleues. Des bombes frappent plusieurs symboles de ‘’l’Etat Colonial Français’’ et font l’actualité en Guadeloupe durant près de dix ans...’’

Au début de la décennie dont il est fait état dans ce petit livre des camarades comme Alain Gamby Y, Guy Jean -baptiste, Jean-Claude Mado, Max Cointre, Renée Elise (et d’autres que je ne puis nommer) ont été avec le GLA les pionniers de la lutte armée en Guadeloupe, suivis en cela par Max Safrano (ALN). Le rôle dans la lutte de Charles Renac, de Gédéon, de Hugues Razan et du frère Ayisyen Konpè Plim et de bien d’autres ne doit pas être oublié.

Alors compagnons de route, compagnons de lutte, compagnons d’armes, vous avez accompli votre mission et avez répondu avec courage et dans l’honneur à votre devoir de réhabiliter, voire de venger ceux qui ont été tués en 1967, ceux qui l’ont été en 1952 à Moule, en 1925 à Petit-Canal, ceux qui en 1802 sont morts au combat ou ont été exécutés par les français en pensant à nous, à la postérité..Soyez fiers de ce que vous avez été et que vous êtes…à savoir des militants qui avez su tenir tête durant des années à un ennemi expérimenté sur le petit territoire insulaire de 1700 km2 qu’est la Guadeloupe !

Et moi qui vous rend hommage comme aurait pu le faire notre camarade Georges Faisans, Max Safrano Henri Bernard ou Humbert Marboeuf ou encore Elise REené aujourd’hui disparus, je n’ai été et ne suis modestement qu’un outil conscient et volontaire d’un dessein qui me dépasse, outil appelé à servir jusqu’à l’usure la cause de la liberté de notre Pays. Un outil, rien de plus.

Les Guadeloupéens n’ont pas aujourd’hui le pouvoir de se diriger, étant sous la tutelle de l’Etat français, un Etat éminemment hypocrite et calculateur qui a transformé notre Pays en Département en mars 1946 pour échapper à ses obligations de décoloniser et qui fait voter en 2003 une Loi scélérate transformant notre Peuple en « population ». C’est ce même Etat français qui le 30 avril 1849 avait voté une Loi indemnisant les esclavagistes, déniant tout droit à réparation à nos Ancêtres Africains Réduits en Esclavage (A F R E S).

MAGWA N3Mais nous pouvons instaurer une Indépendance de fait, car si nous n’avons pas le pouvoir, chacun d’entre nous a du pouvoir, du pouvoir pour mettre nos compétences et nos volontés en action, en synergie, afin de créer une dynamique d’ensemble visant à contrôler l’un après l’autre tous les secteurs et tous les leviers qui conditionnent notre vie en Pays dominé. Dès lors, notre Souveraineté ne sera qu’une formalité, notre Peuple ayant pris conscience de son pouvoir et du fait que nul mieux que lui-même ne peut assurer son propre bonheur. Il faut cependant faire vite, car la question qui se pose est celle là : ‘’combien de temps le Pays pourra-il tenir, combien de temps pourra t’il attendre que nous soyons prêts ?’’.

Il faut dénoncer ici la complicité objective de la majorité des élus guadeloupéens qui, toute honte bue, servent le pouvoir colonial français en votant ses lois les plus liberticides, ces élus qui se revendiquent français et renient leur histoire et leur véritable identité. En vérité, ils ont été et sont des supplétifs, des êtres assimilés et aliénés, de véritables ‘’Alien’’.

Merci à vous mes frères et sœurs de combat, à qui j’associe les centaines de personnes qui ont constitué des réseaux de soutien sans lesquels il n’y aurait pas eu de lutte armée, d’évasion, de marronnage, de procès politiques retentissants, de Radyo Inité, de soutien populaire, d’amnisties et de libération de prisonniers politiques..Merci aussi à tous les Comités de soutien qui se sont constitués, ici en Guadeloupe, en Martinique ou en France et qui ont déployé une incroyable énergie pour défendre notre droit à la liberté et qui ont su mobiliser des milliers de personnes sur des listes de pétitions ou dans des manifestations de soutien. Comment oublier-entre autres-cette foule immense venue nous accueillir à l‘aéroport du Raizet en juillet 1989, après l’Amnistie et notre sortie des prisons françaises ?

Une pensée émue pour Gérard, ce guadeloupéen enthousiaste et généreux qui nous a accueillis chez lui les bras ouverts le matin même de notre évasion de la prison de Basse-Terre le 16 juin 1985 en s’écriant : « je jubile… ». Il nous confiera plus tard que nous donner refuge constituait la plus belle action de toute sa vie et un camouflet infligé aux colonialistes français responsables de la mort de tant de guadeloupéens en Mé 67 ! Nous sommes certains qu’il repose en paix…

Une pensée à tous ces guadeloupéens, à ces justes au courage admirable qui nous ont abrités chez eux, ayant instruit leurs enfants mineurs de notre identité, mettant en danger leur propre sécurité. Je pense en particulier à Alain dont la santé décline fortement, et à bien d’autres dont les noms resteront tus, mais pas confinés dans l’oubli. Nous pouvons enfin rendre hommage à Jacques Helissey, aujourd’hui disparu alors Directeur du Centre Hospitalier Maurice Selbonne de Bouillante, qui s’est dépensé sans compter et a pris tous les risques pour aider les neg mawon dans leurs déplacements et hébergements. Rendre hommage à tous ces héros naturels qui sans jamais trembler devant l’ennemi, (alors que des hyènes coloniales placardaient partout ces Affiches de la Honte promettant récompense à ceux qui nous dénonceraient) ont assuré sur la terre de notre Pays, mais aussi sur les mers comme Socrate et dans les airs comme Georges pour transporter des camarades recherchés vers la Martinique, la Dominique, le Guyana ou St Vincent...

Qui a dit que ‘’Konplo a Nèg sé Konplo a chyen ?’’

Certains comme notre camarade Henri Pératout se souviennent d’un atterrissage effectué dans un champ en Martinique par ce pilote d’exception qu’était Georges Marechaux …L’occasion de rappeler le rôle majeur joué par notre frère Garcin Malsa dans l’aide apportée aux patriotes guadeloupéens réfugiés en Martinique... Et il ya tant d’épisodes parfois épiques qui m‘ont été contés qu’il faudra un jour les écrire pour laisser une trace aux générations actuelles et à venir.

J’invite donc les camarades, dont Henri Amédien qui a vécu avec moi l’épisode de St VINCENT,dGabriel Bourguignon qui a été emprisonné comme moi à Fleury Mérogis, et tous les autres à l’écriture avant que la mémoire ne fasse défaut. Cet appel s’adresse également à nos frères de Martinique (dont Michel Louis Sydney) et de Guyane, car le moment est venu de dire le courage de tous face à l’adversité coloniale.

J’invite aussi nos avocats, tous nos avocats qu’ils soient guadeloupéens, martiniquais, Guyanais, Africains ou français et dont la compétence et l’engagement furent total à témoigner aujourd’hui par écrit des grands moments que furent les procès et leurs plaidoiries contre le système colonial français.

Saluons à cet égard la mémoire de ceux qui sont déjà disparus comme Félix Rodes, Claude Christon, Marcel Manville, Fadilou Diop , ou plus récemment Daniel Démocrite..

Nul n’oubliera l’engagement d’Inspecteurs de Police comme Jean Laguerre et Lubin Ogoli (qui nous autorise à le citer) et d’autres dont je tairai le nom, qui ont fait prévaloir l’amour du Péyi Gwadloup et du Peuple Guadeloupéen, leur sens de l’honneur et du devoir sur les avantages financiers et sociaux que leur conférait leur fonction. Le colonialisme français- depuis en proie au doute- aura compris que l‘argent n’achète pas toujours les consciences. Le devoir, face à un pouvoir inique, ce n’est une quelconque loyauté vis-à-vis de ce pouvoir perverti, mais la droiture dont les seuls guides sont la morale et la justice.

Nul n’oubliera non plus cette jeune femme au sang-froid extraordinaire qui s’appelait Annick, qui à l‘orée du petit bois jouxtant la prison de Basse-Terre, attendait au volant de sa voiture quatre patriotes guadeloupéens qui venaient de s’évader des geôles françaises ce 16 juin 1985 !

Elle fait partie de cette lignée de femmes guadeloupéennes qui ont porté et portent haut le drapeau de la dignité guadeloupéenne depuis des décennies telles Renée Elise , Rose Faisans-Renac dite Woz, véritable tribun, Virginie Safrano , Leila Cassubie , DJota Marylin Peter , Kristin Davis , Marigwadloup, et plus près de nous Nathalie Minatchy , Sandhya Feras Jacqueline Jacqueray , Gladys DémocriteE et Nita BROCHANT.. Je n’oublie pas les autres, mais ne peux les citer toutes, tout en les associant à cet hommage. Je n’oublie aucun camarade combattant d’hier et d‘aujourd’hui comme Marcel Cécé JOJO, Maximain Cécé Aline Bolle, Nizet Toribio, Krisyan Nicom, Jankwi ou KLlod , mais s’il fallait les citer tous j’en oublierai certains et j’en serais navré. Ils sont tous sans exception intégrés à cet hommage, le dernier sans doute que j’aurai à rendre.

Nous ne sommes pas amnésiques et ne pouvons passer sous silence l’aide apportée avant juillet 1984 par l’UPLG à certains marrons -dont moi-même l‘aide apportée par Combat Ouvrier, en particulier par Max Celeste qui lui-même recherché entrera alors en mawonaj, et par certains camarades du PCG à titre individuel..Et tout en critiquant avec raison le colonialisme français, nous n’avons jamais incriminé tout le Peuple français et avons même bénéficié du soutien des plus sincères d’entre eux comme André, Michèle Fabre , Nicole Fréjaville , Danièle Fletcher, et d’autres dont l‘engagement jamais démenti leur a valu des poursuites judiciaires et même la prison.

Oui, tous ensemble nous avons contribué à valoriser notre langue le créole et notre cause à travers RADYO INITE détruite en 1984 par la soldatesque française foulant au pied notre liberté d’expression.

RADYO INITE qui a été dès 1982 la première radyo endépandantis kréyopal de la Guadeloupe qui a développé la conscience nationale au sein du peuple et qui s’est illustrée dans bien des combats, en particulier avec Danik Zandwonis (Al Ibrahim) et Wojé, qui tenaient la Radyo lors de l’affaire Faisans en juillet 1985 ! Sur le plan médiatique toujours, il faut rappeler le rôle essentiel joué par deux magazines anticolonialistes également animés par Danik, Zandwonis à savoir JOUGWA et MAGWA qui faisaient contrepoids à France-Antilles, ouvertement hostile à nos combats, et qui ont publié tous les communiqués du GLA, de l’ARC et du CNRG, ainsi que le » Manifeste de l‘ARC ».

La communication a joué un rôle fondal dans notre lutte pour l’émancipation, avec en France RADYO VOKA (également détruite par les policiers français) alors dirigée par notre camarade du MPGI -émigration Georges Faisans aidé en cela par Krisyan, Line Hilgros et bien d’autres. En France où le combat identitaire et libérateur a été mené et est toujours mené par notre camarade Tony Mango, a travers différentes structures dont le MAKI hier et actuellement « Doubout Pou Gwadloup. »

Nous avons maintenu la flamme de la liberté à travers les actions successives du MPGI, du KLNG et du FKNG, nous avons à travers le GLA et l’ARC fait savoir au monde entier-en frappant les symboles deKLNG la présence coloniale française sur nos territoires nationaux- qu’il existait une résistance armée en Guadeloupe, Martinique, Guyane et en France même contre l’Etat colonial français. Nous avons démontré à travers les CIPN que nos ancêtres, africains réduits en esclavage, n’ont pas fait que subir l’esclavage : ils se sont révoltés en permanence, les armes à la main, sous la forme du marronnage ou de batailles organisées contre l’armée française de Napoléon. Nous avons le 27 mai 1998, reconstitué l’arrivée par la mer des Premiers africains déportés devant une foule estimée à 10.000 personnes par le journal France-Antilles qui a simplement omis de préciser que l’organisateur était le CIPN (COMITE INTERNATIONAL DES PEUPLES NOIRS). Nous avons appris et révélé que nombre de femmes guadeloupéennes s’étaient comportées en héroïnes et méritaient notre respect. En témoigne la brochure que nous avons publiée, La GUERRE DE GUADELOUPE OU LA REVOLUTION ANTI-ESCLAVAGISTE DE MAI 1802 éditée et rééditée à plusieurs milliers d’exemplaires depuis mai 2001. Nous avons aussi commis plusieurs ouvrages sur le développement économique de la Guadeloupe, tels l’ABC de l’Economie de la GUADELOUPE, puis le Projet de Développement Autocentré pour la Guadeloupe du MPGI publié et réédité par le journal ANTILLA (SPECIAL ANTILLA du 30 juillet 1984), et ANALYSES ET PERSPECTIVES vers UNE AUTORITE GUADELOUPEENNE (KLNG). Nous avons également produit le fascicule ‘’LES REPARATIONS, UNE EXIGENCE NON NEGOCIABLE’’. Nous sommes d’ailleurs ceux qui les premiers avons introduit l’argument des Réparations dans le discours anticolonial, en affirmant que DECOLONISATION et REPARATIONS étaient CONSUBSTANTIELS, réduisant au silence ceux qui prétendaient qu’indépendants nous n’aurions pas les moyens financiers de notre développement économique et social.

Luc REINETTE a sa sortie de prisonNous avons également relaté notre évasion dans un opuscule intitulé ‘’L’Evasion du 16 juin 1985’’, pour montrer à notre jeunesse qu’aucune prison ne peut retenir des colonisés épris de justice et de liberté, et que l’audace devait toujours être au pouvoir. Nous avons donc cassé les geôles françaises.

Le dernier ouvrage-témoignage est le » Soukounyan de Fer » (éditions Nestor) sorti en Juin 2018, qui rend hommage au grand guadeloupéen qu’était le pilote Georges Maréchaux et révèle, entre autres, les tenants et aboutissants du drame qui s’est déroulé le 24 juillet 1984 fauchant la vie de quatre militants, éléments dévoilés pour l’essentiel mais de façon incomplète dès l’an 2000 par l’ancien Préfet Bonnet T dans son livre intitulé ‘’Indiscrétions d’un ancien Directeur de la DST’’.

Nous avons reconstitué en 2002 des batailles de la Guerre de Guadeloupe à l‘occasion de son bicentenaire, mobilisant plus de 600 acteurs, Blancs comme Noirs contribuant ainsi à ce que les guadeloupéens soient fiers de leur Histoire et s’en revendiquent. Nous avons érigé en mai 1998 la statue de Joseph Ignace, figure emblématique du combat pour la Liberté, sur la base d’une souscription populaire. Nous avons, avec d’autres, réalisé la fresque en relief ME 67 qui rend hommage aux fusillés de Mai dont Jacques Nestor et Pincemail parmi les 87 victimes mentionnées par le ministre des Colonies français Georges Lemoine Nous sommes aussi à l’origine du » MEMORIAL ACTe et en tirons une légitime fierté -car c’est l‘aboutissement de 17 années de lutte (1998 date de la pose de la première pierre à Pôle Caraïbe à 2015 date ouverture) et pas la décision comme certains voudraient le faire croire d’un quelconque François Hollande ,piètre petit personnage qui a par ailleurs renié ses engagements aux Réparations envers Haïti. Nous en tirons aussi fierté car c’est une œuvre d’autoréparation pensée et réalisée par des guadeloupéens authentiques, voulue dès le départ par des patriotes guadeloupéens luttant résolument pour des REPARATIONS politiques, morales et financières. Avec d’autres, nous contestons depuis quatre années sa scénographie et son Exposition permanente, en soutenant par ailleurs que ces dernières n’étaient pas intangibles et qu’il convenait de les modifier en profondeur. C’est en substance le Conseil Régional qui a bloqué tout changement pour des raisons que nous avons du mal à comprendre. Nous avons également participé à la valorisation de notre patrimoine culturel en édifiant en 2012 l’Allée des Maitres KA et le FONDAL KA, en coopération avec la Ville de Petit-Canal, mais là aussi sur la base d’une souscription populaire.

Compagnons, Vous avez fait trembler le colonialisme français et ébranlé ses bases depuis 1980, et l’avez obligé à entamer des négociations.

Mais surtout vous avez remis de la fierté dans le cœur des guadeloupéens et fait revivre l’espoir d’un Pays libéré de la domination étrangère et d’un Peuple recouvrant enfin la dignité.

Oui, comme disait Enbè au CHBT assis sur son lit d’hôpital, et les yeux brillants de fierté : « Lik, Nou ja fè zafè..Pèp an nou ja fè zafè »! 

Ensemble, sous différentes formes, mais conscients que l’existence d’un Peuple et d’un Pays sont indissociables vous avez posé la question Vitale que je rappelle ici : ‘’Combien de temps le Pays pourra-t-il attendre que le Peuple soit prêt ? Que nous soyons maitres de notre destin en devenant maitres dans notre Pays ?’’

Vous, compagnons de toutes les luttes, vous avez marqué l‘Histoire de la Guadeloupe du sceau de la Résistance durant plusieurs décennies. Vos noms seront évoqués demain avec respect et honneur. Mais dès aujourd’hui en ces premiers jours de l’année 2021, je tenais à rendre cet hommage singulier à vous qui êtes encore vivants et à tous nos disparus, qui ont vécu et se sont battus pour que vive la Guadeloupe !

Nous continuons le combat, car c’est sur le chemin que l’on trouve le chemin !

Gwadloup 7 janvyé 2021

Luc REINETTE

Photo de Humbert et d’un jeune guadeloupéen symbolisant l’avenir

 

 

 

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