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Guadeloupe. Politique. Josette Borel-Lincertin : « Nous avons collectivement laissé le préfet prendre la main sur nos périmètres d’intervention … ( ) la CTAP ne peut pas devenir l’instrument de la tutelle d’une collectivité sur les autres… »

05 Jui 2020
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Basse-Terre-Capitale. Samedi 6 juin 2020. CCN Exclusif. En écoutant les propos de JBL lors de cet interview - CCN - on a vraiment envie dire qu’il y a encore de l’espoir dans notre classe politique. La présidente du CG a en effet passé en revue et cela sans concession aucune, la Guadeloupe du dé-confinement. Il faut donc lire d’urgence ce qui s’apparente à une vraie contribution au débat politique du Péyi Gwadloup ! Répondè réponn !

Itw by Danik Ibraheem Zandwonis

CCN : Au plan personnel et au niveau de votre collectivité comment avez-vous vécu les 55 jours de confinement.

Josette Borel-Lincertin (JBL). Cela a été une période remplie de sentiments mêlés : l’inquiétude devant un virus qui menaçait nos vies renforcée par la crainte d’être mal préparés ; la résignation de devoir rester chez soi pour ne pas s’exposer à un danger très mal connu ; la frustration de ne pouvoir être sur le terrain, au plus près de nos compatriotes au moment où ils en avaient le plus besoin ; la fierté, pourtant, en voyant JBLtoutes les actions de solidarité que le Département a conduites ; la colère quand de mauvaises polémiques nous ont visés ; et, pour finir, un certain amusement en voyant que durant cette période de confinement, non seulement la politique n’a jamais disparu, mais elle s’est montrée parfois au grand jour et pas toujours sous ses meilleurs atours, hélas…

CCN : Quelles réflexions majeures, cette période particulière a suscité chez vous pour notre pays ?

JBL.  Plusieurs réflexions. D’abord que nous disposons de formidables ressources morales qui ont été le moteur d’une belle solidarité tout au long de cette période. Des Guadeloupéens se sont mobilisés pour aider d’autres Guadeloupéens, souvent les plus démunis ou les moins autonomes qui ont pu compter, certes sur des institutions comme le Département ou les CCAS, mais aussi sur des amis, des voisins ou de parfaits inconnus. Ce sont ces mêmes ressources morales qui ont permis à un peuple que l’on dit souvent indiscipliné de respecter les règles pourtant strictes du confinement grâce auxquelles nous avons réussi à réduire la circulation du virus à un niveau très faible. Durant toute cette période, une majorité de nos compatriotes sont restés chez eux mais dans le même temps beaucoup, malgré tout, n’ont jamais cessé de travailler : les soignants bien sûr à qui je veux rendre un hommage appuyé, mais aussi les employés des supérettes, des supermarchés et des stations-service, les chauffeurs-livreurs, des nombreux agents territoriaux, les éboueurs, les boulangers et j’en passe. Grâce à eux, le confinement a été assurément moins pesant. Cette crise sanitaire aura donc incontestablement révélé certaines de nos forces. Mais elle aura aussi confirmé qu’il y a bien des évolutions à apporter sur le fonctionnement de nos institutions, comme nous en avons tous fait le constat lors des deux derniers congrès. La parole locale, l’expertise locale, aussi bien celles des élus que celle de la société civile, n’ont pas pu ou n’ont pas su se faire entendre suffisamment. Quand on milite pour davantage de responsabilités locales, cela interpelle nécessairement.

CCN : La gestion de la crise par les représentants de l’Etat (ARS, Préfet, recteur, ou par le gouvernement français) vous inspire quoi ?

JBL. Nous avons traversé une crise qui interpellait d’abord et avant tout l’Etat sur ses compétences régaliennes : la santé publique et l’ordre public. Il était donc logique à mes yeux que, dans notre organisation institutionnelle actuelle, ce soit le Gouvernement et ses représentants sur notre territoire qui occupent le devant de la scène. Ils l’ont fait chacun dans son style, chacun dans sa posture, avec - on l’aura noté - un accès permanent à tous les médias. Mais nous, élus des collectivités locales, nous avions aussi notre rôle à jouer et nous avons fait le job. D’abord en exigeant d’obtenir les moyens nécessaires pour faire face à la crise : les masques, les respirateurs, les tests. N’oublions pas que pendant des semaines, nous avons été vulnérables et que le Gouvernement, à l’évidence dépassé dans l’Hexagone par l’ampleur de la vague épidémique, a tardé à nous doter des moyens de protection indispensables. Au plus fort de la crise sanitaire, c’est le Département qui a fourni 12 000 masques FFP2 à nos hôpitaux. Les services d’aide et d’accompagnement à domicile manquaient de tout et bien que figurant sur la liste des personnels à doter en priorité par l’ARS, c’est le Département qui les a équipés durant les premières semaines avec, notamment, les masques reçus de Chine et de la solution hydro-alcoolique locale. En ma qualité de présidente du conseil de surveillance du CHU, j’ai aussi inlassablement interpellé le président de la République, le Premier ministre et le Gouvernement et cette pression a été utile car nous avons obtenu des moyens supplémentaires. Et, fort heureusement, le pic épidémique a été assez vite contenu chez nous, même si nous ne devons jamais oublier les morts qui ont endeuillé de nombreuses familles. Oui, je le dis avec une certaine fierté : heureusement que les collectivités ont répondu présent - Conseil départemental en tête - pour faire leur part du travail. C’est le Département qui a mis très tôt des tablettes à disposition des collégiens avec les connexions à Internet fournies par Orange pour faciliter la continuité pédagogique. C’est le Département qui a mis en place avec les CCAS un dispositif de portage de repas, midi et soir 7 jours sur 7, pour près de 1 500 personnes vulnérables dépendantes pendant près de deux mois, dans presque toutes les communes. Certains maires en campagne ont parfois oublié de dire aux bénéficiaires que ces repas venaient de nous, mais qu’importe… je considère que les actions de solidarité doivent être conduites avec discrétion par respect pour ceux que l’on aide. Cela fait partie de l’éthique des professionnels de l’action sociale.

CCN : les multiples CTAP ont-elles été de votre point de vue porteuses de solutions ?

JBL. Les conférences territoriales de l’action publique ont évidemment leur utilité. Mais j’ai parfois été étonnée de l’usage qui en a été fait, ctapparticulièrement durant la crise sanitaire. Je rappelle que la CTAP est une institution relativement récente, prévue par la loi MAPTAM de 2014, installée chez nous quelques années après et présidée par le président du conseil régional. C’est une instance de concertation et de débats qui peut rendre des avis « sur tous les sujets relatifs à l’exercice des compétences et à la conduite des politiques publique nécessitant une coordination ou une délégation de compétences entre les collectivités locales et leurs groupements ». C’est donc, en réalité, une instance assez technique qui, selon moi, ne devrait pas être ouverte et publique, car elle n’a pas vocation à se substituer ou à supplanter les organes délibérants des collectivités locales qui la composent. De plus, on sait combien la présence des médias favorise parfois l’expression de postures et de raisonnements parfois simplistes. La CTAP n’est pas non plus un mini-congrès des élus que l’on pourrait réunir à volonté sous la présidence d’une seule collectivité pour prendre des décisions qui s’imposeraient à tous. En somme, pour dire les choses de manière encore plus claire : la CTAP ne peut pas devenir l’instrument de la tutelle d’une collectivité sur les autres. C’est pourquoi, les CTAP sur le dossier de l’eau potable ou sur la coordination des mesures que nos collectivités peuvent prendre pour soutenir l’économie m’ont paru utiles et porteuses de solutions. En revanche, je suis plus réservée par exemple sur celles où l’on a eu à débattre de la question de la reprise des écoles pour aboutir non pas à un simple avis, mais à une motion qui se voulait contraignante pour tous, là où il aurait davantage fallu favoriser la liberté des collectivités de mettre aux normes sanitaires ou non, tout ou partie de leurs établissements. Ces réunions-là sortaient du cadre strict de la CTAP et elles n’ont finalement pas été porteuses de solutions, mais plutôt d’un blocage dont on voit les conséquences aujourd’hui : des écoles auraient pu ouvrir en plus grand nombre dès le mois de mai à l’instar des collèges et nous n’aurions pas eu les images d’enfants livrés à eux-mêmes dehors ou dans les centres commerciaux, sans grand respect des gestes barrières.

CCN. La Région par ses actions visibles s’est beaucoup engagée pour eviter un crash de notre économie… Mais votre collectivité a semblé un peu éloignée de cette problématique…

JBL. Il y a souvent une différence entre la réalité et la perception de la réalité. Bien sûr, la loi confère aux régions la compétence en matière de développement économique qu’elle partage - on l’oublie souvent d’ailleurs - avec les communautés d’agglomération. Dans ce cadre, et depuis 2015, le Conseil départemental ne peut plus intervenir dans le domaine des aides directes aux secteurs économiques ou aux entreprises. Pour autant, il n’y a rien de plus faux que d’en déduire que le Département n’aurait aucun rôle à jouer en matière économique. D’abord, il y a une réalité budgétaire : la Région, c’est environ 575 millions d’euros de budget annuel, quand le Département dépasse les 900 millions. On croit occulter ce différentiel en rappelant qu’une majorité du budget du Département est constitué de prestations sociales, mais là encore on se trompe lourdement car ce volume d’allocations est directement injecté dans notre économie et il est même presque intégralement consommé sur place. Quand cet argent ne vient pas alimenter directement le moteur de la consommation, il finance des prestations qui permettent à des personnes dépendantes de bénéficier de services à la personne qui sont proposés par des entreprises de l’économie sociale et solidaire dont nous sommes, ainsi, le principal financeur et qui, en Guadeloupe, prend une importance croissante.

Ensuite, il y a notre capacité d’investissement que j’ai maintenue depuis le début de mon mandat autour de 100 millions d’euros chaque année, ce qui place le Département de la Guadeloupe au rang des départements français, hexagone comme outre-mer, qui investissent le plus. C’est par exemple avec ce budget d’investissement que nous sommes le premier investisseur dans le domaine de l’eau potable depuis 5 ans, alorsJBL VISITE1 que ce n’est pas notre compétence. Enfin, il y a un dernier levier qui renforce l’impact du Département sur notre économie : ce sont les délais de paiement qui, chez nous, sont en moyenne et depuis 5 ans au-dessous des 30 jours légaux. C’est pour moi une exigence car je considère que les entreprises n’ont pas à être les banquiers des collectivités. Parfois, j’ai envie de dire à certains commentateurs : « si vous pensez que le conseil départemental ne pèse pas lourd dans l’économie guadeloupéenne, il n’y a qu’à essayer de faire sans lui et vous verrez le résultat… ».

CCN : Sur le plan politique l’avant et l’après Covid a visiblement renforcé les pouvoirs du préfet et donc affaibli ceux des élus ?

GUSTINJBL. Ce sera sans doute l’un des enseignements à tirer à l’issue de cette crise : le renforcement des pouvoirs du préfet dans un contexte favorisant l’action régalienne devait-il pour autant entraîner nécessairement l’affaiblissement des élus ? Pour ma part, je ne le crois pas. Chacun dans son rôle, nous aurions tous pu, nous aurions tous dû, occuper tout notre espace et prendre toutes nos responsabilités. Mais cette crise est intervenue après plusieurs épisodes au cours desquels nous avons collectivement laissé le préfet prendre la main sur nos périmètres d’intervention. La nature a horreur du vide et face à un préfet qui a manifestement choisi d’exercer pleinement un leadership, il n’y a pas eu de réponse collective de notre part. Nous n’avons pas fait bloc. J’en ai fait l’amer constat en m’exprimant avec force au moment de la réquisition préfectorale dans le domaine de l’eau en espérant un sursaut des élus guadeloupéens qui n’est pas venu. On peut toujours afficher des postures et parler fort… mais le leadership ce n’est pas parler fort devant micros et caméras, puis s’accommoder en coulisses de l’influence et des décisions d’un préfet très politique, en phase avec le Gouvernement. Même si, j’en conviens, ce n’est jamais facile de garder les mains libres quand on soutient par ailleurs la majorité présidentielle et qu’on en espère quelques appuis dans les semaines et les mois qui viennent… Moi je reste une femme libre, prête à travailler avec l’Etat et ses représentants dans l’intérêt de la Guadeloupe, mais pas prête à tout accepter.

CCN. Le congrès qui était prévu sera-t-il lui aussi repoussé à une date inconnue, alors que le 28 juin les municipales vont avoir lieu ?

JBL. C’est l’un des effets collatéraux du COVID19 et de ce report des municipales à la fin juin : la fenêtre pour organiser le congrès sous la présidence du Conseil départemental s’est considérablement réduite. En pratique, je pourrais convoquer un congrès le 30 juin, tout de suite après le second tour des municipales, car je pense que la crise sanitaire a éclairé d’une lumière particulière notre besoin de voir évoluer la gouvernance de notre territoire. Mais, de manière encore plus urgente, s’il devait y avoir un congrès des élus départementaux et régionaux, ce serait d’abord pour mettre au point nos réponses à l’autre grande crise qui s’annonce après le COVID : la crise économique et sociale qui pourrait hélas être terrible. Pouvons-nous être prêts dans trois semaines à débattre collectivement de quelque chose de construit alors qu’il y a encore tant d’incertitudes sur les ressources futures de nos collectivités ? Au moment où je parle, j’en doute. Mais j’aurai tout de même à ce sujet un échange avec le président de Région la semaine prochaine afin de connaître son point de vue.

CCN. Quelle est votre analyse du 1er tour des municipales ? Vos soutiens au second tour ?

couvmuniJBL. Le 1er tour a eu lieu dans des conditions particulières, juste avant l’entrée en confinement, et cela a eu un impact incontestable sur la participation. Pour autant, j’étais bien sûr heureuse de la large victoire de mon ami Eric Jalton aux Abymes, où j’ai été souvent présente à ses côtés, et j’étais aussi fière au soir du 1er tour de voir que plusieurs conseillers départementaux de ma majorité ont très bien figuré comme Elie Califer Blaise Mornal , ou Jocelyn Sapotille, qui ont été élus dès le 15 mars. D’autres ont eu des résultats plus qu’encourageants comme Jeanny MARC, Laurent BERNIER ou Claudine Bajazet et ils gardent toutes leurs chances de l’emporter au second tour. Je me suis beaucoup investi sur le terrain durant la campagne du 1e tour et je ferai de même d’ici le 28 juin, partout où mes camarades et mes amis auront besoin de moi, à Baillif au côté de mon amie et camarade Marie-Yveline Ponchateau, à Sainte-Anne avec Christian Baptiste, à Port-Louis avec Victor Arthein, à Pointe-Pitre avec Jacques Bangou à Vieux-Fort avec Roland Plantier à Terre de Bas avec Emmanuel Duval. De belles alternances sont à portée de bulletins à Basse-Terre avec André Atallah, à Vieux-Habitants avec Jules Otto, à Morne-à-l’Eau avec Georges HERMIN ou encore à Terre-de-Haut avec Hilaire Brudey et à Saint-Louis de Marie-Galante où je soutiendrai Liliane Passeé-Coutrin. Je ne peux que me réjouir, dans ce contexte, de voir que mon parti - la Fédération socialiste - incarne plus que jamais une force d’avenir pour la Guadeloupe quand, à l’inverse, j’ai noté comme tout le monde qu’il est difficile de porter les couleurs de la République en Marche et d’assumer de défendre un gouvernement qui ne brille pas par sa considération pour nos territoires. Au point que j’entends qu’on jure maintenant qu’on n’a jamais été « en marche » où même qu’on l’a été à l’insu de leur plein gré. C’est une façon de faire de la politique, mais je pense que notre population n’est pas dupe.

CCN : Si votre parti vous sollicite pour les régionales 2021 quelle serait votre réponse ?

JBL. J’y verrais le signe que je n’ai pas démérité à la tête du Conseil départemental ! (rires) Mais plus sérieusement, je ne ferai pas avec vous de politique fiction, même à 9 mois de cette échéance. La Fédération socialiste a en son sein de nombreux talents et, en particulier, des élu(e)s d’expérience et des militant(e)s qui ont une vision pour la Guadeloupe et qui sont en capacité de rassembler des femmes et des hommes venant d’horizons différents, mais partageant des valeurs communes et un vrai projet pour notre territoire. Pour la première fois, en mars 2021, l’assemblée régionale et l’intégralité de l’assemblée départementale seront renouvelées en même temps. Cette concomitance plaide pour que cette élection soit autre chose qu’un concours de promesses ou la recherche d’un « déchoukaj » pour sortir les sortants. La Guadeloupe mérite mieux que ça. Elle mérite le débat et la confrontation de projets et d’idées qu’elle n’a pas eu en 2015. Elle mérite de savoir comment enfin sortir de ses problèmes d’eau, de ses problèmes de déchets, de ses problèmes de transports publics et comment inverser la tendance au vieillissement accéléré de sa population qui est lourde de périls pour l’avenir. Ces dossiers étaient déjà ouverts il y a cinq ans.

CCN : Vous postulez pour un nouveau mandat au CD ? Êtes-vous déjà en campagne ?

JBL. Je ne postule à rien. Ma priorité est d’achever mon mandat et de pouvoir livrer aux Guadeloupéennes et aux Guadeloupéens qui m’ont fait confiance un bilan qui soit à la hauteur des ambitions qui étaient les nôtres en 2015. Dans une atmosphère de travail apaisée et respectueuse qui s’est traduite par des votes presque à chaque fois à l’unanimité, nous avons beaucoup travaillé en cinq ans tout en gardant une gestion saine et rigoureuse. Nos politiques de solidarité sont en place, nos collèges se modernisent, notre patrimoine bâti, naturel et immatériel, est entretenu et de mieux en mieux valorisé, notre foncier permet à des agriculteurs sans cesse plus nombreux de participer à notre quête vers l’autosuffisance alimentaire, et nous aurons réalisé en 6 ans pour 66 millions d’euros de travaux dans le domaine de l’eau potable. Au Département, c’est un beau chapitre que nous avons écrit collectivement et il ne m’appartient pas, à moi seule, de décider qu’il y aura une suite, ni de l’écrire toute seule. J’ai encore de l’énergie, j’ai encore l’envie de servir et de m’inscrire dans l’action au service du pays. Ce peut être au Département, ce peut être ailleurs, dans une autre façon de faire de la politique. Nous verrons dans les prochains mois.

CCN : Comment voyez-vous notre pays dans 10 ans ?

JBL. Cette question mériterait à elle seule toute une interview. Mais je pense que nous sommes quelque part à une croisée des chemins. Hypothèse basse : dans 10 ans, nous en sommes toujours au même point, à nous interroger sur ce que nous devons faire de ce qu’on a fait de nous, à nous lamenter sur les blessures de l’histoire, à critiquer l’omniprésence de l’État tout en lui reprochant de n’être plus assez généreux, à observer les inégalités territoriales se creuser en même temps que les inégalités sociales, à voir notre jeunesse préférer l’exil à la construction de leur pays et, pour tout dire, à nous chamailler pour savoir qui est responsable de tout ça. Hypothèse haute : nous utilisons les 10 ans qui viennent pour prendre progressivement notre destin en mains en démontrant que nous sommes capables d’améliorer la vie quotidienne des Guadeloupéens avec des services publics de base qui fonctionnent - transports, déchets, eau -, en démontrant que nous pouvons aménager notre territoire de manière plus raisonnée et plus équilibrée, en faisant de notre culture et de notre patrimoine un moteur de l’attractivité du territoire et du développement économique. Si nous parvenions à des résultats concrets dans tous ces domaines, nous regagnerions ce qui nous manque pour dépasser le cadre dans lequel nous sommes : la confiance de notre population dans notre capacité à faire. Sans cette confiance, nous pourrons toujours formuler les plus belles propositions d’évolution statutaire et/ou institutionnelle sur le papier : nous ne serons jamais suivi.

Donc, à nous de tout faire pour nous rapprocher de l’hypothèse haute et le premier indicateur que nous serons sur la bonne voie, c’est lorsque nous verrons revenir ici notre jeunesse partie ailleurs se former. Si je dois continuer en politique, ce sera pour construire avec mes camarades et avec d’autres le projet qui leur donnera l’envie de revenir et de croire au « péyi Gwadloup ».

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Danik I. Zandwonis

Directeur de rédaction de CCN et fondateur du site.

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