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Guadeloupe. Médias : Avec la nouvelle affaire Ingrid Senat RCI inaugure le Name and Shame chez nous.

24 Jan 2019
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Pointe à Pitre. Vendredi 25 janvier 2019. CCN. Littéralement, "name and shame" veut dire "nommer et faire honte", ou "nommer et couvrir de honte". Il s’agit avec cette pratique de porter à la connaissance du public et de montrer du doigt une entreprise ou une personne qui se serait mal comportée vis-à-vis de la société ou d'une autre personne. En prenant position sur le licenciement de la journaliste Ingrid Sénat par la direction de RCI Guadeloupe, le Manifeste des 308, entend faire savoir qu'il y a des pratiques qui ne peuvent pas être tolérées et encore moins passées sous silence et laissées dans l'ombre. CCN publie ci -dessous la lettre ouverte du Manifeste 308 adressée aux :

- Aux élues-us de la Guadeloupe

- Aux femmes et hommes politique de la Guadeloupe

- Aux entreprises "annonceurs" de RCI Guadeloupe

Madame, Monsieur,

Nous tenons à porter à votre connaissance ces faits qui relèvent d'un sexisme et d'une violence machiste absolument inadmissibles et inacceptables en 2019.

En novembre 2018 la chambre sociale de la cour d'appel de Basse-Terre a reconnu l'existence de harcèlement sexuel et moral au sein de RCI Guadeloupe. RCI Guadeloupe a été condamné à verser à Mme Sénat la somme de 42 000 € au titre du préjudice subi.

Au mois de décembre 2018 Mme Sénat a reçu par voie de recommandé une lettre de licenciement pour faute grave.

Dans cette lettre, il lui est reproché d'avoir harcelé une de ses collègues journaliste, Mme Cécile Rémusat.

Un de ces échanges houleux est venu du fait que Mme Sénat qui couvrait un colloque sur l'esclavage avait vu son sujet relégué au dernier plan par Mme Rémusat qui présentait le journal de 13h ce jour-là. Elle aurait expliqué à Mme Sénat que la route du rhum qui est une compétition internationale passait avant la question de l'esclavage. Il est à noter que ce jour-là sur la route du rhum il ne se passait rien de particulier. Pas d'arrivée d'un premier concurrent ou d'un concurrent guadeloupéen qui aurait pu constituer une information attendue par le public.

Dans le courrier de licenciement de Mme Sénat que nous avons pu voir, nous avons pu noter que les faits qui lui sont reprochés relèvent de relations de travail qui peuvent être orageuses voire conflictuelles entre collègues. RCI Guadeloupe ne serait ni la première ni la dernière entreprise au sein de laquelle des collaborateurs entretiendraient des relations conflictuelles.

Dans ces situations, les managers doivent jouer leur rôle et apporter une réponse équitable d'écoute des deux parties, de médiation ou de gestion de conflits.

A RCI Guadeloupe, au contraire, dans une totale partialité, tous les faits ont été retenus contre Mme Sénat pour justifier son licenciement pour faute grave donc sans indemnités de licenciement.

Mme Cécile Rémusat étant érigée dans ce courrier qui décrit les altercations en sainte persécutée. On pourrait quasiment la qualifier de Sainte Cécile de RCI.

Il est aussi important de noter que dans l'affaire pour harcèlement qui met en cause les ex journalistes Warren Chingan et Thierry Fundéré, aucun d'eux n'a fait l'objet d'un licenciement. Leurs départs de l'entreprise ont eu lieu selon des dispositions convenues entre eux et la direction de RCI.

Le licenciement d'Ingrid Sénat relève donc de la provocation et de la démonstration d'une toute puissance puisqu'il n'y a aucune décision judiciaire contre elle. Pourtant elle fait l'objet d'un licenciement.

Nous constatons donc qu'il y a deux poids deux mesures dans le traitement des situations à RCI Guadeloupe.

Il est à noter que dès le début, quand Mme Sénat avait dénoncé ces faits auprès de sa direction, singulièrement auprès de M. Daniel Marival, celle-ci avait clairement pris parti pour MM. Chingan et Fundéré. Dans une interview au journal Médiapart, en date du 2 Juillet 2018, José Anelka directeur de RCI, a déclaré "Mme Sénat est la seule personne qui se fait sauter dans la rédaction" ou encore de manière plus vulgaire et plus brutale "Mme Sénat est la seule journaliste qui se fait prendre sur les bords des tables à la rédaction".

Ce jour-là son licenciement était déjà scellé.

A partir de ces propos immondes nous comprenons donc aisément que le licenciement de Mme Sénat est une façon de lui faire payer le fait d'avoir tenu tête, d'avoir eu le courage de porter les faits devant la justice en affrontant la capacité de nuire de la toute puissante RCI.

La direction de RCI, sans doute enivrée d'audimat, semble se percevoir comme étant au-dessus des lois et libre faire la peau à qui elle veut quand elle veut.

Nous estimons que le licenciement de Mme Sénat relève d'une politique avérée de machisme, de sexisme et de violences sexuelles établie au sein de l'entreprise RCI Guadeloupe.

En vos qualités d'élues-us guadeloupéennes-éens, de femmes et d'hommes politiques de la Guadeloupe, d'annonceurs à RCI Guadeloupe nous vous demandons, afin de montrer que vous vous désolidarisez de ces pratiques de les condamner publiquement par voie de communiqué diffusé via les moyens de communication adéquats afin de porter cette désapprobation à la connaissance du plus grand nombre.

Nous demandons aux collectivités territoriales de la Guadeloupe, aux maires, aux présidents de communautés de communes d'arrêter de payer RCI Guadeloupe pour la diffusion de communiqués. C'est financer, avec l'argent du contribuable guadeloupéen le machisme et la violence sexiste et c'est associer son image à ces pratiques.

Nous demandons aux annonceurs de RCI de mettre un terme immédiat à toute collaboration avec cette entreprise qui peut avoir une politique aussi sexiste et aussi violente vis-à-vis d'une femme dont le harcèlement a été reconnu devant la justice. Payer pour faire de la publicité à RCI Guadeloupe, c'est financer le machisme et la violence sexiste et c'est associer son image à ces pratiques.

Nous demandons à tous ceux qui d'une manière ou d'une autre payent RCI Guadeloupe pour leur communication de mettre un terme à ces contrats afin de dénoncer la situation injuste qui est faite à Mme Sénat

Nous demandons aux représentants du personnel, présents dans toutes les entreprises qui font de la publicité sur RCI, d'exiger de leurs employeurs l'arrêt de toute collaboration avec RCI Guadeloupe. En effet, la responsabilité sociale des entreprises précise que toute entreprise doit être consciente des effets qu'elle exerce sur la société. Financer RCI c'est financer la violence faite aux femmes.

Nous demandons aux guadeloupéennes et aux guadeloupéens de boycotter toutes les entreprises qui continueront à faire de la publicité sur RCI Guadeloupe afin de démontrer qu'il n'est pas admissible qu'une femme victime de harcèlement moral et sexuel soit ainsi punie en 2019 pour avoir dénoncé ces faits. Car ce licenciement est bien une façon pour la direction de RCI de punir Mme Sénat.

La lutte contre le sexisme et les violences machistes n'est pas qu'une affaire de femmes. AU sein de RCI Guadeloupe, des hommes ont montré leur désapprobation face à la situation de Mme Sénat et lui ont apporté leur soutien.

Nous demandons à tous les hommes guadeloupéens qui sont conscients que ce qui arrive à Ingrid Sénat pourrait arriver à leur mère, leur fille, leur sœur, de dénoncer par tous les moyens à leur disposition les pratiques surannées de violence sexistes et machistes de RCI Guadeloupe. 

Nous demandons à toutes celles et ceux qui par une contribution personnelle (texte, communiqués, chanson, slam, audio whatsapp…) peuvent permettre de faire la honte changer de camp, d'apporter leur solidarité à ce combat contre les violences faites aux femmes que les pratiques de RCI symbolisent de la façon la plus honteuse qui soit.

Le hastag "#dénonceRCI" sera désormais utilisé dans toutes les actions visant à dénoncer ces pratiques inacceptables.

Pour le Manifeste des 308

Évita Chevry

Patricia Braflan-Trobo

Maxe Custos

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CCN

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