Breaking News

Bannière ZCL Diner d'idées n°1

Guadeloupe. Culture et langue : Jean Luc Divialle : » S’appuyer sur l’égyptien ancien pour mieux comprendre la langue dite créole et saisir l’essence des sociétés afro-descendantes de 2018 »

03 Oct 2018
1130 fois

Pointe-à-Pitre. Mercredi 3 octobre 2018. Nous l’avions déjàdit, la publication fin 2017de «  Woucikam »ouvrage quiquestionneavec pertinencel’origine égyptiennede la langue dite Kréyol », peut être considérée au même titre que les travaux du GEREC ( années 70/80) qui ont aboutiune nouvelle graphie de notre langue, commeune véritable révolutionculturelle dans la sphèrede nos « mès é labitid. » Ilfaudra comme pour lanouvelle graphiedu « kréyol » quelques années , biendes débats,avant queces idéesnese popularisent s’imposent dansnos sociétés déjà néo-colonisées. Cependant , Il est presque sur qu’au fil du temps et des progrès de la connaissancescientifiquede nos véritables origines, que la notion mêmede « créolité » sera revue…Le mot « kréyol » qui servait jusqu’ici à  désigner la 2e langue (après l’espagnol) la   plus utilisée  dans la Caraïbe , devra aussi être reconsidérée. Avec son « Woucikam » Jean Luc Divialle a ouvert un immense chantier:  il  a répondu aux questions de CCN.

CCN. Comment votre ouvrage " Woucikam"  at - il été accueilli dans le monde " créolophone" ? et chez les  néo-africanistes ? 

Jean-Luc Divialle (JLD). Ce fut l’effet de surprise. Pour beaucoup d’entre nous, l’Égypte c’est très loin. D’abord, ces faits se sont produits il y a plus de 4500 ans sur un territoire situé aux confins du Moyen Orient. Ensuite, cette civilisation est l’objet de tant de de théories fumantes que parler de lien entre l’Égypte ancienne et nous pouvait relever d’une galéjade. Mais nous oublions que ce sont avant tout des africains qui ont sublimé un savoir humain accumulé sur près de 200 000 ans dès l’Éthiopie, c’est à dire la région des grands lacs africains, située sous la latitude du Kenya. Cela dit, au vu des éléments présentés, certains y ont adhéré sans réserve. D’autres, se sont montrés plus sceptiques ce qui est naturel.

Mais la rubrique Eda Misso « ouvrez les yeux » du ZCLNEWS*  chaque lundi vers 13h 30 leur a permis de mieux comprendre ce dont il est question.

La Martinique, mais aussi la Guyane m’ont très tôt sollicité. J’ai également pu donner des conférences à Nantes, Paris et Toulouse. Je dois dire que « Eda Misso » est très suivie dans l’hexagone. Hector Poulet dont les compétences sont certaines a dit tout le bien qu’il pensait de mon travail. Certains linguistes, tout au contraire de lui, et sans avoir la maîtrise de l’égyptien ancien n’y ont vu qu’une thèse « négriste ». C’est une vision assez réductrice. Se glorifier du défunt prestige de l’Égypte ancienne n’apporte rien à notre vécu. S’appuyer sur l’égyptien ancien pour mieux comprendre la langue dite créole et saisir l’essence des sociétés afro-descendantes de 2018 voilà l’enjeu véritable. Mais ce n’est que partie remise.

Au vu des résultats produits, je pense qu’ils finiront par changer d’avis. « Il y a toujours un esprit corporatiste, dans les professions ou les activités en France. On ne souhaite jamais qu’un jeune ou qu’un nouveau débarque, sans être passé par le canal de l’école nationale ou de l’agrégation, qu’il sorte directement pour venir échouer au milieu d’un paradis qu’ils se sont constitué depuis longtemps... Ils veulent toujours une opération de bravoure », a récemment déclaré Alain Mabanckou. C’est selon moi valable pour notre langue. Mais l’important ce n’est pas moi, mais les perspectives que laissent entrevoir ces recherches. Je me suis attaché à décrire autrement l’existant et surtout renseigner des domaines encore inexplorés ou mal compris de notre langue. Or, je l’ai démontré tous les éléments de notre grammaire et une grande partie de notre vocabulaire y trouvent leur source à une période ou les langues européennes ne sont pas encore constituées. De même, la majeure partie de nos onomatopées sont des verbes. Il y a un phénomène de duplication traduction dans notre langue. Ce sont les liens d’homophonie entre certains registres de mots dans les langues africaines modernes expliquent certaines associations tels « pyé bwa », « fanm potomitan », « madou siwo »... Mon travail a donc été celui-là, mettre en lumière ce qui résulte de la comparaison de la langue dite créole avec son ancêtre l’égyptien ancien.

AVT Theophile Obenga 9442 2Je ne suis pas le premier à évoquer une parenté génétique avec l’Égypte. Déjà en 1835, R. M. Reich, un linguiste allemand avait démontré le lien entre égyptien ancien et langues africaines. Monsieur Alain Anselin, égyptologue antillais de renom avait, dès 1958 démontré la parenté génétique de l’égyptien ancien et des langues indiennes. Monsieur Jean-Claude Mboli, linguiste centre-africain, et très au fait de la langue dite créole, considère que les locuteurs de notre langue en Guadeloupe usent de la même pensée symbolique que les anciens habitants de l’Égypte. Il indique que certains de ces aspects ont totalement disparu dans les langues du continent africain mais survivent encore chez nous. Je ne suis donc que le premier à en avoir fait un sujet d’étude afin de restituer la nature réelle de notre langue. J’ai utilisé aussi bien la méthode comparative, que la méthode Kuma initiée par Dibombari Mbock. Celle-ci est fondée sur la lecture analytique des hiéroglyphes égyptiens par la mobilisation des langues africaines modernes. C’est tout à fait différent de la méthode classique fondée sur un alphabet qui loin d’aboutir aux vraies prononciations, ne restitue que des conventions linguistiques, une forme d’espéranto. Personne n’a jamais parlé ainsi en Afrique. Chez les africanistes, européens qui se veulent spécialistes de l’Afrique sans en parler les langues, il y a une forte opposition. Mais je ne m’attendais pas de leur part à un meilleur traitement que celui jadis réservé à Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga et encore à tous ceux qui osent une analyse objective de l’Afrique et de l’Égypte. Ils demeurent encore dans la vision d’une Égypte fondée par des blancs à peau noire. Ils rattachent l’Égypte à l’Asie via une famille de langues appelée afro-asiatique ou chamito-sémitique. Or cette famille n’a aucune réalité scientifique. Théophile Obenga et Jean Claude Mboli l’ont démontré. Il s’agit d’une fabrication idéologique du 19è siècle. Je dois enfin signaler que certains panafricains Guadeloupéens de premier plan ne lui ont pas été d’un accueil bienveillant. Ils s’emploient souvent à dénigrer gratuitement cet ouvrage dans l’espoir de dissuader leurs proches de le lire. A croire que ce livre constitue une menace. Mais ceci ne m’impressionne en rien. Cette attitude n’est fondée que sur l’égo. Je crois que certains, qui se veulent experts ne se pardonneront jamais de n’avoir pas vu avant les autres ce qui leur pendait au nez depuis tant années. 

CCN. En quoi le terme créole devient-il impropre à qualifier notre langue et notre culture nationales ? 

JLD. Cette étude révèle que beaucoup de termes ou de locutions que nous pensions issus de l’ancien français, existaient telsobpicBsqgvi quels dès l’égyptien ancien, c’est à dire avant même l’avènement du grec, du latin, de l’akkadien et donc du français dans sa forme primitive. Que devions-nous donc en conclure, sinon que notre langue a une source bien plus ancienne que nous le pensions ? Il est dit que notre langue nous est venue des créoles, c’est à dire, des descendants d’européens nés dans les anciennes colonies françaises à partir du 16è siècle.

Cette thèse lui reconnait une forte influence amérindienne et quelques rares apports africains. Or, quand nous abordons notre langue dans son contexte bantou, nous nous apercevons que c’est tout le contraire. Cette langue, par sa grammaire, son vocabulaire dont elle permet d’établir l’étymologie, et les us et coutumes qu’elle renseigne est majoritairement africaine. Nous aurions tort de penser l’origine de notre langue française du fait de l’importance de ce lexique.

C’est la sémantaxe, c’est à dire la vision qu’un peuple se fait du monde qui guide la construction de son vocabulaire. C’est elle qui met les mots en musique. Ceci constitue donc un vrai paradigme. Or, même si un peuple est amené à changer de langue au cours de son histoire, sa sémantaxe ancestrale ne disparait jamais. Ce phénomène explique la survivance, au-delà des langues, de traits culturels communs dans toute la Caraïbe et aux Amériques. Ce n’est donc pas l’abondance de mots issus du français qui est en mesure de dire si notre langue est de cette même extraction. C’est tout au contraire, notre sémantaxe, notre pensée symbolique qui détermine cette appartenance. Si elle était française, tout débat serait clos. Or, celle-ci est africaine et bantoue. On peut en retrouver la trace dans la langue de la vallée du Nil, au moyen empire égyptien (-2030 à -1976). Nous ne devons en rien être surpris d’y retrouver les sources de nos traditions culturelles et spirituelles. Se pose donc la question de la dénomination de la langue. S’il est démontré qu’elle ne nous vient pas des créoles, il faudra songer à une dénomination plus juste quant à sa nature. Les défenseurs de l’origine française de notre langue via le francien ne se posent jamais la question des questions. Comment le francien est-il devenu francien ? La réponse, je le pense réside dans l’histoire des nombreuses migrations africaines sur des millénaires qui ont forgé l’Europe. Jean-Claude Mboli fait, à juste titre remarquer que les mots relevant du pouvoir en Europe sont d’origine africaine. Par quel biais est-ce possible ? On ne peut qu’être troublé d’observer que les trônes de Philippe le Bel ou de Napoléon portent des pattes de lion sculptées tout comme celui de Toutankhamon. Or dans les langues africaines, le nom qui désigne le lion est homonyme de celui qui désigne le roi. C’est donc une forme d’écriture symbolique que l’Europe ne sait plus décrypter pour avoir perdu tout contact avec cette langue africaine ancienne. C’est donc d’un emprunt fait à une civilisation, vu que le lion n’est pas un animal européen. Il y a ainsi des pans entiers de l’histoire d’Homo sapiens sapiens en Europe à éclaircir. Nous n’en avons pas conscience, mais quand nous disons parler « créole », nous parlons une nouvelle langue africaine. C’est ce que signifie woucikam. Ce terme technique nous positionne par la même, en tant que nouvelle famille de langues dans le monde. Reste à trancher la question d’une nouvelle dénomination. Certes, il ne sera pas facile de remettre en cause plusieurs siècles d’usage du mot créole. Il faudra donc, tout comme par le passé que les spécialistes se réunissent dans le cadre d’une rencontre internationale afin d’en débattre. 

CCN.  En lisant votre ouvrage, on s'aperçoit que le lexique et  la  semantaxe  du "créole" ont des origines plus africaines, qu'occidentales ? Explications.

JLD. Bon nombre de mots que nous croyons provenir du français dérivent des langues africaines à commencer par l’égyptien ancien. Souvent, dans nos tentatives de trouver une origine française à un mot, notre imagination nous vient en aide. Elle prend le pas sur la réalité et nous fabrique sa logique. L’exemple de la sandale est significatif. Son nom est « pépa » dans notre langue. Certains vous diront que ce nom lui fut donné parce que ce fut la chaussure du pauvre, de ceux qui ne pouvaient s’offrir plus. En conséquence, c’est de « peux pas » que proviendrait pépa « sandale », « savate ». Or, « -papa » et son pendant, « -bata » ou « -pata » sont tout simplement les noms de la sandale et de la chaussure dès l’Égypte ancienne. C’est de ces mots que dérivent le portugais sapato, l’italien zavata et les mots français savate et botte. Et ça, c’est tout le contraire de ce que nous pensions. Des cas similaires sont nombreux dans notre langue.

MUBABINGENotons que le professeur Mubabingé Bilolo fait remarquer que «Porteur des sandales du roi» fut un titre de noblesse en Égypte (voir palette du roi narmer). Mais il y a plus extraordinaire. Notre société ancestrale matriarcale s’est fait télescoper par une civilisation occidentale de nature patriarcale. L’occident a imposé son mode d’être, sa langue... Mais en face, cela a plus que résisté. Du fait d’une sémantaxe, d’une pensée symbolique différente, nous ne cessons de conformer ces éléments nouveaux de la langue française à notre mode d’être ancestral. Nous puisons donc dans ce lexique français pour exprimer des concepts bien plus anciens et que la langue colonisatrice ne saurait expliquer. Si nous prenons le registre du chagrin d’amour, le mot chez nous est « lembé ». Il tire son origine du mythe des larmes d’Isis et des crues du Nil. Face à un mot si authentiquement africain, les martiniquais pourraient à juste titre se demander que faire de « gwo pwel », traduction évidente du français « gros poil » ? Et je leur répondrai, conservez tout ! Les défenseurs d’une origine française de notre langue ne sauraient aller au-delà d’une  conclusion à l’origine hexagonale des termes gwo et pwel, rien de plus. Ils seraient loin d’identifier la raison évidente pour laquelle leurs ancêtres ont retenu le mot français poil pour exprimer le chagrin d’amour. Or, il s’avère que ce dernier est un homophone du mot qui désigne les larmes, le fait de pleurer, la femme qui pleure, mais aussi la veuve éplorée en égyptien ancien. Cette veuve qui pleure au point de déclencher les crues du Nil, et les graphies de l’égyptien ancien l’attestent, c’est Isis, folle de douleur d’avoir perdu son époux Osiris. Et c’est la même Isis qui conduit au mot lembé « chagrin d’amour ». Ainsi, il ne suffit pas de se contenter de classer les mots de notre vocabulaire selon leur origine, il faut tout au contraire identifier les raisons pour lesquelles ces mots étrangers au lexique d’origine de la langue sont sollicités. D’où l’importance d’une étude plus en amont de notre langue avec les mythes fondateurs éthiopiens pour grille de lecture. Il en est de même de l’expression « fanm potomitan ». Les mots qui désignent la femme, l’épouse sont homophones de ceux qui désignent le pain, mais aussi le milieu, le cœur, le centre. Il y a donc une forme de métaphore qui lie ces termes entre eux. Dire « potomitan » c’est donc désigner la femme. Dire « fanm potomitan », c’est la nommer deux fois. Voilà pourquoi dans les années 80 les jeunes filles étaient appelées pain chez nous ou choux en Martinique sans que nous puissions expliquer pourquoi. Or, c’est la sémantaxe qui impose ces associations. C’est exactement ce que faisaient nos grands-pères, eux qui désignaient les femmes par les termes « gaz », « brez ». Il s’agit tout simplement des mots du pain dans les langues africaines modernes d’où proviennent les mots « bokit », « dankit », « doukoun », « kasav », « migan ». On peut aussi noter que les mots « kajou » et « kachiman » sont de même origine. Il faut savoir observer ces fruits pour le comprendre. Ils sont tous deux en forme de cœur. Ainsi « kajou » et « kashi- » ne sont que les noms du cœur respectivement en wolof et en ciluba. Ceci démontre que le lexique des langues africaines modernes d’où provient notre langue est homogène. En toute certitude, la langue du patriarcat ne peut, d’un coup de baguette magique accoucher d’une autre de nature matriarcale. C’est bien plus complexe.

CCN.  Comment voyez-vous ce que je qualifie du renouveau d'un néo  afro centrisme en Guadeloupe ?

JLD. Je crois que cette question dépasse le cadre d’un afro-centrisme ou d’un panafricanisme, terme que je lui préfère. Elle concerne tous ceux qui sont animés par cette même pensée symbolique qu’ils en soient conscients ou pas. Maintenant que ces faits sont en passe d’être connus de tous, qu’allons-nous en faire ? Allons-nous demeurer dans le déni, ou alors, mettre ces données en compulsion afin d’en dégager les pistes propres à notre reconstruction qui s’imposent ? Je crois, pour ma part que ces éléments sont de nature à réconcilier le guadeloupéen avec lui-même en tant qu’acteur de civilisation au même titre que tous les autres. L’histoire du guadeloupéen peut désormais être retracée, sans rupture, depuis la région des grands lacs africains, à la préhistoire jusqu’à la Guadeloupe de 2018. Nous pouvons désormais utiliser ces données pour bâtir un corps de science authentiquement guadeloupéen et au bénéfice de tous. Ce que nous voulons tous, c’est un essor économique, une renaissance en tant que peuple, et jusqu’à maintenant cela ne marche pas. La raison en est évidente, nous usons de concepts qui ne sont pas compatibles avec les valeurs civilisationnelles ancestrales qui perdurent en nous. Nous subissons certaines politiques publiques. Nos élus en appellent au respect de nos spécificités, autrement dit, de notre pensée symbolique. Mais nous sommes encore persuadés qu’il suffit de copier les modèles pratiqués hors de nos frontières pour réussir. Or, vous ne serez jamais meilleur à un jeu que celui qui l’a conçu. Il nous faut tous, chacun dans nos domaines respectifs devenir des Henri Joseph, savoir puiser notre force en nous-mêmes.  Notre communauté indienne de Guadeloupe nous montre la voie. N’est-ce pas sur leur pensée symbolique ancestrale qu’ils ont reconstruit tout leur système de valeurs jusqu’à peser économiquement ? La vraie solution doit donc venir de l’intérieur, de notre capacité à inventer demain sur la base de nos propres valeurs. Nous n’avons pas besoin d’entrer en conflit avec qui que ce soit pour cela.  Nous avons juste à faire l’effort d’être authentiquement nous et de croire jusqu’au bout à notre immense potentiel. Cela passe par la redécouverte de ce que nous sommes avec, je le crois aussi, notre spiritualité ancestrale en ligne de mire. Cela pourrait prendre du temps, mais je note que nous assistons à une réelle volonté de tout un chacun d’aller à la connaissance directe afin de se récupérer comme nous le conseillait Cheikh Anta Diop. S’agissant du panafricanisme, cette quête s’est densifiée sous l’effet du partage massif d’informations et de connaissances que permettent désormais les réseaux sociaux. De nombreux ateliers se montent où chacun peut se former à la langue dite créole ou aux humanités classiques africaines. Nous avons « le mois de l’Afrique », une biennale qui remporte à chaque fois un vrai succès. Cela témoigne de la quête des guadeloupéens afro-descendants pour leurs origines. La nouveauté, c’est à mon sens le véritable engouement pour la spiritualité ancestrale. On voit de plus en plus de guadeloupéens se faire initier aux traditions spirituelles africaines ou solliciter l’aide de leurs ancêtres. C’est une quête légitime. C’est le signe que quelque chose est en cours même si nous ne pouvons pas encore en mesurer les effets.

CCN. S’agissant de vos recherches,  faut-il désormais requalifier certaines de nos traditions  culturelles qu'on disait françaises  (noêl, carnaval...) ?

JLD. Ce que nous découvrons en tout cas, c’est qu’il y a deux lectures possibles aux fêtes rituelles que sont noël, pâques ou le carnaval. La plus connue est européenne. Elle nous vient de l’évangélisation de nos territoires. L’autre, plus ancienne, plus riche, repose sur notre héritage cosmo-théologique, fait des mythes fondateurs éthiopiens, et largement renseigné par les papyrus égyptiens. Ces festivités correspondent donc à d’anciennes célébrations de l’Afrique antique, recyclées plus tard par les grecs et les romains. Ce n’est que notre déficit d’information qui nous empêche de le savoir. Nous avons des fresques qui attestent de ces initiations des romains aux mystères de l’Égypte par des prêtres venus d’Afrique. Nous avons aussi les témoignages de Hérodote, de Lucien de Samos, d’Apulée, d’Hécatée d’Abdère, de Diodore de Sicile. Ces mystères égyptiens feront le socle des futures fêtes chrétiennes. Ainsi donc, la fête de noël est-elle liée au calendrier égyptien. Elle est fondée sur l’apparition de l’étoile Vénus dans l’alignement de la ceinture d’Orion et du Soleil, au matin du 25 décembre. On dit que les rois mages « ceinture d’Orion » suivent l’étoile du berger « Vénus » qui indique le lieu où naîtra le fils de Dieu « Soleil ». Ce 25 décembre est celui où jadis était célébrée la naissance d’Osiris, la divinité unique de l’Égypte. Toutes les autres ne sont que des hypostases de ce dernier. Mais ce mythe repose avant tout sur une démarche scientifique, celle du passage de l’État égyptien d’un calendrier de 360 jours à celui de 365 jours. Pour obtenir un calendrier stable, l’Égypte ajoute cinq jours « épagomènes ». Elle évite les années bissextiles génératrices d’instabilité et préfère rajouter une année entière tous les 1460 ans. Osiris est, selon nos ancêtres, le maître de la totalité, le père de l’abondance. Il est donc associé au chiffre 9 qui symbolise cette multitude. Il est aussi associé à la pierre et au palmier raphia. La fête de la pierre correspond à cette nativité d’Osiris. Tous les éléments, pierre, palmier, sont donc réunis à cet effet. Or, ces derniers sont des homophones dans les langues africaines. En Ciluba, la pierre se dit : « dibwa », de même que le chiffre neuf « dibwa » ou le palmier « dibwa ». Le terme dilédibwa correspond à la fête de la pierre qui célèbre la nativité. Cette pierre est donc un signe d’abondance, raison pour laquelle on offre des pralines et des dragées à noël. Le sapin de noël a remplacé le palmier raphia, qui symbolise la colonne vertébrale d’Osiris. Ceci indique que notre plat du 25 décembre (igname, pois dibwa, viande de porc) est extrêmement codifié. Il laisse à penser que quand les maîtres fêtaient la nativité de Jésus, nos ancêtres célébraient celle d’Osiris. Quant au père noël, il nait de la réécriture du mythe d’Orisis, père de l’abondance qui distribue des cadeaux à tous depuis son traineau. Or, ce traineau, n’est qu’une image d’Anubis puisque les noms des canidés et du traineau sont homophones dans les langues africaines. Il en est de même du carnaval, festivités jadis liées au nouvel an, à la présentation des nouveaux initiés. Il est accompagné des rites de purification encore pratiqués par les confréries de pénitents qui en Espagne, officient encore lors du rituel dit de la passion du christ. Enfin, ce n’est pas un hasard si notre carnaval compte des mokozombies, des porteurs d’encens. Tous ces éléments nous proviennent de rites agraires plus anciens qui célèbrent la mère céleste Isis. On en voit encore la trace chez les Dogons du Mali. Bon nombre des traditions que nous croyons européennes ne peuvent s’expliquer que par le bias des mythes fondateurs de l’Égypte. 

famille 940x705

CCN. Pendant des décennies, des linguistes  «  créolophones »  du GEREC se sont battus pour la reconnaissance de  langue et la culture " créoles" à l'École, à l’Université...s'agissant des origines égypto-bantoues de nos  langues,  comment allez-vous procéder ? stages ? formations ?  écoles ?  Faudra t-il aussi  enseigner cette nouvelle culture  à l'école ?

JLD. Je suis très reconnaissant du travail accompli par tous mes devanciers à qui je rends bien volontiers hommage. Je considère que mon travail poursuit aujourd’hui le leur. Le temps est venu pour nous de dépasser le stade du bien lire et bien écrire notre langue. Nous devons désormais pénétrer l’intimité de notre langue afin de mieux en saisir la structure réelle et identifier les caractéristiques linguistiques bantoues qu’elle renferme. Voilà pourquoi, il nous faut absolument convaincre de l’importance de l’égyptien ancien dans nos apprentissages. Sa fonction est aussi importante que le rôle joué par le latin et le grec en Europe. Voilà pourquoi je continue plus que jamais mes interventions dans le cadre de conférences ou de rencontres avec le public. Je sillonne toute la Guadeloupe. Je réponds aux invitations venues de l’extérieur. A Toulouse, ce fut un plaisir de partager le secret d’une grammaire commune aux réunionnais, mauriciens, haïtiens, martiniquais, guyanais et guadeloupéens présent dans la salle.

C’est cette voie vers laquelle il nous faut désormais tendre. Nous finirons ainsi par reconnaître que toutes les formes de « créole » sont partie intégrante d’un ensemble grammatical homogène qui  épouse la structure de l’égyptien ancien. C’est en effet la déclinaison du démonstratif égyptien pw (pou) « ce », « celui », qui décrit le mieux le processus de différenciation des formes de langue que nous connaissons en woucikam.  

Nous organisons aussi des stages de formation à la méthode Kuma, animés par Dibombari Mbock, l’auteur de la méthode Kuma. Nous inaugurons mi-octobre, « Lékòl Fonbwa Woucikam », un atelier de formation aux humanités classiques guadeloupéennes. Une école pour passer du « démounage » au « woumounage ». Nos étudiants y apprendront notre langue maternelle dans son contexte bantou, l’égyptien ancien, notre histoire, notre philosophie. Cet atelier pilote est destiné à insuffler une nouvelle dynamique. Plus largement, je souhaiterais que cette nouvelle approche de notre langue et l’étude de l’égyptien ancien par la méthode Kuma entrent à l’université en tant que disciplines susceptibles de mieux appréhender notre langue et notre culture régionale. 

CCN. Quels sont  les  chercheurs à connaître et les ouvrages qu'il  faut avoir lu ?

JLD. Il y a les incontournables : Les ouvrages du professeur Cheikh Anta Diop dont « nations nègres et culture », et « civilisationDIBOMBARI MBOCK ou barbarie » aux éditions présence africaine, et « parenté génétique de l’égyptien pharaonique et des langues négro-africaines » aux éditions IFAN. Citons « Origine commune de l’égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes » et « la philosophie de la période pharaonique, 2780-330 avant notre ère » de Théophile Obenga aux éditions l’Harmattan. J’ajouterai « Origine des langues africaines » de Jean-Claude Mboli, du même éditeur. C’est l’ouvrage récent le plus sérieux sur la question. Il est étudié dans plus de 30 universités dans le monde et depuis peu, à Sciences Po. Il y a aussi « vers un dictionnaire Cikam-Luba-Copte » aux éditions Afrobook, du professeur Mubabingé Bilolo. Je ne saurai que recommander « les hiéroglyphes égyptiens, la méthode illustrée, tome 1 » de Dibombari Mbock, aux éditions Angeli à tous ceux qui souhaitent découvrir la méthode Kuma et sa pertinence. Enfin, vous avez « Woucikam, origine égyptienne de la langue dite créole, décryptage hiéroglyphique de nos us et coutumes » aux éditions Ekola de votre serviteur.  

* ZCLNEWS est un talk show  diffusé du Lundi au Vendredi à 12:30  sur Canal 10

Renseignements et inscriptions à lékòl fonbwa woucikam : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. 06 90 20 67 16. 

Évaluer cet élément
(2 Votes)
CCN

Webzine cari-guadeloupéen créé en 2008. Notre premier objectif est d'établir par ce biais un véritable lien entre les caribéens, qu'ils soient francophones, créolophones, anglophones, hispanophones. L'information est donc pour CCN une matière première d'importance capitale.

Site internet : www.caraibcreolenews.com

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires