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Guadeloupe. Économie. Le million de touristes espéré, utopie ou défi à relever ?

04 Jui 2018
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Mardi 5 juin 2018 CCN. Basse-Terre-Capitale. La semaine dernière, (mercredi 30 mai,) le Comité du Tourisme des Iles de Guadeloupe (CTIG) a signé une convention de partenariat avec les EPCI (les communautés de communes ou d’agglomération), pour un développement touristique « harmonieux et efficace du territoire ».

L’objectif comme l’annonce dans son discours le Président de Région, également Président du CTIG : est d’atteindre le million de touristes !

Un partenariat dans l’ordre des choses pour cet organisme institutionnel du tourisme qui est passé depuis mars de statut associatif à EPIC (Établissement Public Industriel et Commercial) et qui a au sein de son Conseil d’Administration les représentants des EPCI entre autres.

En présentant à coups de communiqué de presse ce protocole de signature en amont de la 2ème plénière de la Région ce mercredi, le Président de la Région Guadeloupe Ary Chalus a voulu afficher fermement ses ambitions pour le CTIG, structure qu’elle finance majoritairement, mais également in fine apaiser les agitations internes et tenter faire oublier les récentes « affaires » qui ont projeté le CTIG sur le devant de la scène médiatique. Mais au delà une question se pose :Le tourisme, est-il entrain de devenir un véritable moteur de développement pour la Guadeloupe ?

1/ Après la pluie, le beau temps…

A mi- chemin de la saison touristique 2017-2018, les premiers chiffres et tendances pour le Guadeloupe se font connaître.

Après le passage des ouragans José, Irma et Maria en fin d’année 2017, on ne pouvait que s'attendre à de mauvaises nouvelles pour la destination Guadeloupe. Bien au contraire. Les 1eres tendances en 2018 sont plutôt optimistes puisque nous avons eu un rebond du carnet de commande à 3 et 6 mois de +7 pourcent (Forward Data SL, 2018) ; en effet, avec des prises de commande en progression pour le 1er semestre 2018, nous avons bon espoir d'une bonne saison pour la Guadeloupe.

Gravement touchée dans ses infrastructures portuaires et aéroportuaires, privée de ses superbes hôtels resorts et de son hub, Saint-Martin a vu s’échapper sa clientèle au profit des Antilles françaises ; un report salutaire et inespéré pour la Guadeloupe et la Martinique.

S’il est difficile d’estimer la part de ces reports, avec l’insécurité au Moyen-Orient, les attentats de Paris en 2015, c’est l’Europe (Espagne, Portugal), les USA avec le Canada ainsi que les Caraïbes qui ont bénéficié du report des voyageurs. Les raisons sont simples : des prix compétitifs, un climat similaire et la sécurité.

2/ La clientèle des îles de Guadeloupe

Avec 63% de notre clientèle originaire de la France (mars 2017, enquête Observatoire Régional du Tourisme), la Guadeloupe attire 1/5 % de la fréquentation internationale ultramarine. Les principaux marchés émetteurs vers la Guadeloupe sont l’Italie, le Canada, l’Allemagne, les USA et la Suisse.

Pour ce qui est de l’aérien, l’offre de sièges en provenance de la France est en constante progression, et on a noté une forte dégradation des tendances pour le marché américain et canadien sur le dernier trimestre 2017, due au passage des différents ouragans.

En termes d’attractivité, si nous passons auprès des Français dans les intentions de visite, après la Martinique et la Réunion (« Notoriété et image de l’Outre-Mer », Harris Interactive, sept 2017), il est indéniable que la Guadeloupe devrait avoir encore de belles années devant elle.

Certains « spécialistes » du tourisme en Guadeloupe se sont mis en tête de partir en quête de la clientèle brésilienne et indienne. On a du mal à comprendre cette lubie quand on sait que le poids de ces 2 pays entre janvier et août 2017 n'atteint même pas les 1,5% (USA 53,4%, Canada 8,3%, Italie 5,6%.).

3/ La croisière s’amuse : vraiment ?

Tous ces marchés en croissance sont également dynamisés par les croisiéristes. Les Caraïbes sont les destinations de croisière les plus populaires au niveau mondial. Les dernières études ont montré une hausse significative du nombre d’arrivées dans les Caraïbes de l’est, les Bahamas, St Martin et les Iles Vierges.

Après la défection post-cyclonique de St-Martin suite au passage de Maria, les compagnies de croisière, ont dû trouver des alternatives et se sont rabattues sur les Iles de Guadeloupe (port de Pointe-à-Pitre, les Saintes, Deshaies entre autres). Cela représente pour la saison une augmentation significative de 25%. En effet nous avons reçu pour la saison 2017-2018 400 000 croisiéristes (source CTIG) contre 308 000 sur la saison 2014-2015 (enquête de la Florida Caribbean Cruise Association, FCCA).

Toutefois la vigilance s’impose car le taux de satisfaction pour notre destination est très faible et les visiteurs expriment leur déception sur les prestations achetées une fois débarqués (visites guidées, shopping…). Il convient de souligner que si une croisiériste dépense peu lors d’une escale et est perçue plus comme une « nuisance », il constitue un client fortement potentiel pour une visite en séjour basé. C’est à l’escale que la séduction doit s’opérer.

4/ Le CTIG …vers une inévitable révolution ?

Une présence marquée sur les salons professionnels B to B (Top Resa, Seatrade, Grand Pavois, Berlin, Nautic, Foire de Paris…), un lobbying soutenu, des campagnes de promotion intensives ont contribué bien évidemment à sauver la saison touristique.

A l’heure où tous leurs efforts devraient être dirigés vers le fameux million de touristes, on assiste à des petites querelles internes, des conflits de personnes et d’égos qui s’exposent sur la place publique.

Portant encore aujourd’hui un héritage pointois tumultueux qui a nourri et a marqué les générations successives d’élus, de socioprofessionnels et de personnels depuis les années 80, le CTIG, fer de lance de la politique touristique régionale, doit relever le défi d'une structure prête à faire peau neuve.

Cela passe par une prise de conscience de ses dirigeants politiques de ses missions, une restructuration de son personnel, une réorganisation et une optimisation de sa gouvernance (création d’une agence d’attractivité et de développement touristique p.ex.), une conception et un pilotage de son marketing territorial au plus proche de la base. Une antenne   à Basse-Terre a même été envisagée mais sa création reste dans le grand tiroir des projets qui peinent à se concrétiser.

La restructuration du CTIG devient urgente et est inévitable pour réussir le défi de ses missions originelles :

 

-        Élaborer le Schéma Régional de Développement du Tourisme et des Loisirs,

-        Mettre en œuvre et suivre la politique du tourisme de la région,

-        Maintenir et renforcer la place de la destination Guadeloupe,

-        Développer et qualifier l’offre

-        Mettre en place les outils d’études et de prospective,

-        Réaliser et coordonner des actions de promotion touristique de la région en France et à l’étranger,

-        Fédérer et professionnaliser les acteurs du tourisme,

-        Accompagner les EPCI.

5/ Les EPCI, la loi NOTRé portant une nouvelle organisation territoriale et oblige à la mutation des territoires

 

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A compter du 1er janvier 2017 la compétence « promotion du tourisme, dont la création d’offices de tourisme » devient une compétence obligatoire des EPCI en lieu et place des communes membres.

Au lieu d’être vu par les EPCI et les communes comme un renforcement de l’intercommunalité, comme une occasion de repenser le modèle existant pour être plus fort ensemble, ce transfert de compétences est vécu douloureusement, avec lenteur et résistances, réticences et beaucoup de négociations politiques au détriment de réelles réflexions de fond sur l’opportunité de mettre en place une vraie stratégie de développement et de promotion touristique.

De multiples questions et de nombreuses craintes : le transfert de personnel, le financement, une légitimité contestée, défendre son attractivité sur un territoire peu développé, l’uniformisation des identités, perte de la marge de manœuvre des communes, une nouvelle compétence et aucun projet touristique, interrogations sur la méthodologie et la mise en œuvre, enjeux économiques et enjeux politiques…

Autant de problématiques qui font qu’aujourd’hui, sur les six EPCI de la Guadeloupe (Nord Basse-Terre, Grand Sud Caraïbe, Nord Grande-Terre, La Riviera du Levant, Cap Excellence et la Communauté de communes de Marie-Galante), deux communautés d’agglomération font figure de mauvais élèves puisqu’elles n’ont toujours pas pu structurer et organiser leur territoire de façon effective suite à cette nouvelle compétence : le Nord Grande Terre et le Sud Basse-Terre.

Les EPCI ne doivent pas se leurrer. La signature des conventions de partenariat avec le CTIG est un pas, un partenariat. La définition du projet touristique pour leur territoire leur revient. Avec leurs élus, avec les acteurs de terrain (techniciens, socio-professionnels…). Ce nouveau maillage touristique doit être une occasion de développer de la notoriété, en s’appuyant sur leurs communes fortes, de valoriser son territoire avec toute sa diversité et ses atouts respectifs pour proposer un projet ambitieux et donner de la visibilité à son territoire.

6/ Pour récolter il faut semer

Le tourisme est une économie fragile (cyclone, sargasses, zika, troubles sociaux…), la concurrence est accrue (Cuba, Rep Dominicaine, Iles vierges britanniques, pays d’Asie…), et nous ne pouvons-nous permettre de tout faire mal car nous avons tout pour faire bien.

Il faut donc penser attractivité touristique car l’attractivité touristique est fédératrice pour tous les acteurs du développement territorial. Le tourisme est pourvoyeur de richesses, d’emplois, et induit un dynamisme économique dans tous les autres secteurs (agriculture, bâtiment, artisanat, services…).

L’attractivité interroge sur les attentes, mais aussi interrogent sur les formes de coordination et d’organisation territoriale à inventer.

Le tourisme n’est pas la panacée ni la solution à tous les problèmes de développement économique de notre pays mais il est un levier important pour un bond en avant. Grace au tourisme, on peut dynamiser les activités économiques traditionnelles et de mettre en valeur nos particularités culturelles, créer de l’emploi et continuer de faire rêver.

Pour réussir, il faut donc équilibrer les territoires avec une mise en valeur des identités, soutenir les îles du sud, professionnaliser les acteurs, qualifier l’offre, et se tourner vers les Caraïbes.

La Guadeloupe possède désormais tous les outils institutionnels pour faire du tourisme différemment et durablement. Mais il faut pour cela une vraie volonté

 

 

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CCN

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