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Guadeloupe. Sargasses et incompétences. Ch. Anthénor-Habazac : « La Guadeloupe est malade, les masques finissent par tomber »

14 Mai 2018
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Trois-Rivières. Lundi 13 Mai 2018 CCN. Enfin une parole vraie qui va à l’opposé de toutes les pleurnicheries récurrentes et fatigantes. Cette parole c’est celle d’un ’ scientifique, Christian Anthénor-Habazac que CCN a rencontré. Il a accepté de dire leur 4 vérités à des élus qui ont une fois de plus, (dé) montré leur incapacité à faire face à un phénomène naturel…

CCN : d'où viennent ces sargasses, on a souvent fléché le Brésil, est il l'unique responsable ?

Christian Anthénor-Habazac : Les algues Sargasses, ou algues brunes, sont issues de la mer du même nom (la Mer des Sargasses). Cette mer occupe une importante partie de l’océan Atlantique (elle couvre 3 millions de km2) ; elle est ceinturée par le Gulf Stream à l’ouest, par la dérive nord Atlantique au nord, et par le courant des Canaries à l’est. Il s’agit d’un vaste système tourbillonnaire, sans vent, qui favorise la concentration des algues en son centre.

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Ces algues ne proviennent donc pas du Brésil, ni du Congo, mais leur trajectoire les amène à longer les côtes africaines et Sud-Américaines.

Il s'agit d'un phénomène naturel, non lié à des problèmes de pollution, ou de réchauffement climatique. Tout comme l'herbe ou le gazon qui poussent sur le sol, les algues se développent et vivent sur la mer. Certains veulent à tout prix les rattacher à une pollution humaine (pesticides,…), a même titre que les algues vertes de Bretagne, alors qu'il s'agit d'une genèse totalement différente.

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CCN : Qu'est-ce qu'une algue ?

CAH. Une algue est un organisme capable de pratiquer la photosynthèse et vivant majoritairement dans un milieu aquatique (marin ou eau douce) : c'est un végétal qui forme un embranchement du règne végétal.

Il s'agit d'un végétal chlorophyllien aquatique.

L'algue est dépourvue de tige, de racine, de feuille ou de fleur.

Des milliers d'espèces d'algues sont unicellulaires et de tailles microscopiques, elles constituent le phytoplancton. Elles sont à la base des chaînes alimentaires aquatiques. D'autres espèces multicellulaires peuvent atteindre des tailles impressionnantes. La kelp géante possède par exemple des thalles (des « feuilles ») pouvant atteindre 45 mètres de long.

La classification est complexe, mais on distingue :

Les algues bleues, les algues brunes, les algues rouges, les algues vertes....

De nombreuses espèces sont comestibles pour l'Homme ou les animaux. Elles servent également d'engrais dans les régions littorales où elles sont récoltées sur les plages. Plusieurs projets essaient d'exploiter les algues pour la production de biocarburant.

La reproduction peut être asexuée et se fait par mitose pour les algues unicellulaires.

Elle se fait par bourgeonnement ou fragmentation pour les algues pluricellulaires, tout comme les végétaux. Il existe cependant toujours un vrai cycle de reproduction qui commence avec la germination de spores qui fabriquent des cellules mâles et femelles.

Toutes les algues (tous les êtres vivants pluricellulaires d'ailleurs !) obéissent à ce schéma mais de manières très variées.…

Les algues brunes font partie de ces végétaux qui traversent le temps grâce à leur formidable robustesse et à leur capacité d'adaptation aux conditions climatiques extrêmes.

Les Sargasses ou algues brunes :

Les Sargasses se développent à la surface de l'eau et l'intégralité de leur cycle de vie se fait en pleine mer. Elles n'ont pas besoin de s'accrocher à un substrat dur.

Leurs flotteurs, appelés pneumatocytes, maintiennent les frondes de sargasses en surface, renforçant leurs capacités de photosynthèse et bioproductivité.

Beaucoup de sargasses ont une texture rugueuse et un mucus collant (protecteur contre les ultraviolets solaires) qui les rassemblent en amas flottant, formant parfois des radeaux végétaux, solides, mais souples, adaptés aux mouvements de houle et aux forts courants marins.

Elles ont toujours existé et circulent dans l'Atlantique depuis plusieurs millions d'années. Elles sont les lieux de pontes des anguilles depuis « l'ouverture » de l'Océan Atlantique (tectonique des plaques) il y a 220 millions d'années.

Les Phéniciens et Carthaginois ont signalé leur présence en masse dans l'Atlantique en l'an 800 AVANT Jésus-Christ.

Christophe ColomB en a fait état dans ses récits de voyages. Jules Vernes en parle dans « 20000 lieues sous les mer ».

De nombreux navires, bateaux de pirates et autres flibustiers se sont trouvés englués pendant plusieurs mois dans la Mer des Sargasses, océan végétal renommé pour ses légendes de marins complètement effrayés.

CCN : pourquoi cette année plus que les précédentes cette invasion est beaucoup plus importante ?

CAH. A la faveur de vents ou de mouvements hydrodynamiques marins erratiques, ces algues sont expulsées, parfois en quantité, de la zone centrale et dérivent alors autour de l'océan Atlantique et reviennent en direction des Antilles par le Sud.

Il y en a toujours qui circulent dans l'Atlantique, mais en plus ou moins grande quantité selon la courantologie.

Il semble, depuis quelques années, que le GulfStream soit de plus en plus perturbé. Cela provoquerait l'expulsion d'une plus grande quantité d'algues que d'habitude, et donc une invasion accrue dans nos régions.

De plus ces invasions en masse semblent se produire avec un cycle se répétant selon une périodicité sur plusieurs dizaines d'années car elles sont signalées dans l'histoire des Antilles à plusieurs reprises.

Le réchauffement climatique POURRAIT être une des causes de la modification des courants marins, en particulier du GulfStream, par un apport d'eau douce dans l'océan en provenance de la fonte des glaces en Arctique, et contribuer ainsi à l'afflux d'algues en dehors de la Mer des Sargasses.

CCN. L'état français n'a pas pris la mesure de cette pollution, sa réaction est tardive, insuffisante…

CAH. Tout d'abord, je le répète, il ne s'agit pas d'une pollution ni du résultat d'une pollution quelconque, mais bien d'un phénomène naturel qui pourrait s'expliquer par des variations, des fluctuations, dans les courants qui les confine.

Ces Algues, en mer, ne présentent aucun danger, ni aucune gène pour les activités humaines.

Elles deviennent des nuisances désastreuses une fois échouées à terre, entassées à proximité des habitations et des activités humaines sur plusieurs jours.

Il s'agit d'un phénomène « nouveau » pour nos gestionnaires, collectivités, État, pour deux raisons :

  • Le fait que ces invasions se fassent en masses très importantes,…
  • L'effet surprise créé par la nouveauté de ses invasions dans notre quotidien de citoyen moderne.

Je veux bien admettre que l'État, « propriétaire de la mer nous environnant », ait été pris de cours en 2011, 2014,…(???). Mais en 2018, alors que ces algues sont maintenant suivies par satellites, NON….

Toutes les excuses évoquées sont des prétextes pour ne pas agir, sachant que la Maine Nationale a des moyens pour une récolte ou déviation des bancs importants en mer.

En Bretagne, une société privée possèderait un (des) navire(s) capable(s) et la technicité pour les récolter en mer afin de les transformer en engrais biologique.

(voir sur https://www.anses.fr/fr/system/files/NUTRIACTIV_FODS_1311292232_Ans.pdf).

En fait, on laisse le temps aux algues de s'échouer et d'envahir les anses et baies, … ce qui désarçonne les élus locaux et la population impressionnés par les quantités.

Mais pour moi, il ne s'agit que d'un je m'enfichisme d'État qui démontre une incompétence à gérer l'outre-mer dans ses catastrophes naturelles, dans sa sociologie, dans ses particularités et habitudes si différentes de la France. D'un État nouveau, plus paternaliste du tout, mais ô combien technocrate, qui sait compter, qui connaît les difficultés de la France et qui cherche à faire des économies à tout point de vue en évitant de trop s'impliquer dans des sujets qu'il considère négligeables.

La patate chaude retombe donc dans le camp des locaux et de la population qui n'ont qu'à se démerder avec leurs élus, élus qui n'ont pas fait preuve de méthode, de vigilance dans le dossier de l'eau potable par exemple et que ce même État a recaler.

CCN. En refusant l'état de catastrophe naturelle, l'état oblige nos élus a mettre la main a la pâte quelle leçon peut on en tirer pour les années a venir?

CAH. La leçon à tirer à mon avis est que, l'État Français dévoilant enfin son vrai visage alors qu'il pouvait encore aveugler certain avec son paternalisme, nous devons de plus en plus nous assumer, apprendre à nous assumer, à nous passer du beau-père qui n'a été que trop longtemps cajoleur tout en nous enfonçant.

Je sens que de plus en plus de personnes constate cet état de fait : la discussion sur une autonomie ou une independance n'est plus aussi bloquée, ou tabou, qu'auravant.

CCN. CHU, Problème d’eau, Chlordecone, Sargasses, la Guadeloupe est très malade ?

CAH. Oui, la Guadeloupe est malade. Les masques finissent par tomber. La perfusion ne fait plus trop d'effet. Il faut passer à des traitements plus radicaux. Nos élus actuels et d'antan ont démontré leur incompétence à gérer le pays. Ils ont été à la tête de diverses structures, Conseils d'Administration, et autres instances. Ils ont touché les indemnités pour cela. Seulement, ils se sont laissés entuber par les autres (État, multinationales,…) par manque de compétences, d'intérêt à la chose publique ou par manque d'assiduité….

Maintenant que l'État se retire de diverses structures, décentralisation oblige, mais économies aussi, il n'y a plus de film protecteur, plus d'alibi : le soleil est devenu aveuglant et les problèmes explosent au grand jour. Les incompétences locales aussi, passées maître dans le pleurnichage. Et nous sommes seuls, la population, devant cet état de fait.

CCN : Que faire ?

CAH. Commencer par regarder les choses en face et s'assumer, sans compter sur un quelconque État.

Se mettre au travail pour le pays. Développer une autonomie alimentaire et énergétique pour ne plus dépendre uniquement d'apports extérieurs. Se sortir du miracle européen qui « doit » nous aider à nous développer, alors qu'il nous rend de plus en plus dépendant de l'extérieur.

Entreprendre ici, avec sérieux et rigueur en devenant chauvin pour nous même, et non pour le PSG, l 'OM, Barcelone ou que sais-je ?

Ce sera difficile, dur et long. Le niveau de vie va en prendre un coup, c'est sur et évident, mais avec un peu de ténacité du sérieux et de l'obstination, on devrait y arriver, comme bien d'autres avant nous.

 

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