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Guadeloupe. Histoire : Le C.I.P.N s’affranchit définitivement de l’esclavage mental.

01 Fév 2018
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Pointe à Pitre. Jeudi 1 février 2018. CCN ; Fanon disait qu’il fallait « se libérer de l’esclavage ». Mais 170 ans après la prétendue libération de l’esclavage de 1848, dans les dernières colonies françaises, les afro descendants sont encore les victimes souvent inconscientes de cette page sombre et sanglante de leur histoire. Il n’est pas rare d’entendre les colonisés d’aujourdhui parler d’ancêtres esclaves. Le Comité International des Peuples Noirs ( CIPN) a donc décidé d’en finir avec cet esclavage mental.. le vocabulaire colonial qui fixait pour l’éternité les africains arrachés à leur pays, déportés et réduits en esclavage, comme des « esclaves » est donc revu et corrigé, il va falloir désormais utiliser le terme AFRES : explication de texte avec ce manifeste du CIPN.

AUX AFRICAINS ET AFRICAINS DESCENDANTS

 

HOMMAGE ET RESPECT A VOUS …

Les Peuples Noirs ayant traversé différents traumatismes au cours des siècles écoulés, et en subissant de nombreux autres aujourd’hui encore à travers tant de drames quotidiens, il nous semble pertinent de savoir quelle vision ils ont d’eux-mêmes et quelle vision en ont aujourd’hui d’une part les responsables de ces traumatismes, et d’autre part ceux qui historiquement y sont étrangers. Nous avons été en effet les naufragés de l’Histoire coloniale et sommes toujours hélas à bien des égards, les naufragés des temps modernes.

Cette démarche d’évaluation objective-certes sensible-est néanmoins fondamentale pour nous situer dans l’espace et dans le temps et surtout pour nous permettre d’estimer le chemin restant à parcourir et d’identifier la méthode nous permettant de retrouver l’estime de nous même et imposer pacifiquement cette même estime à notre égard au reste du monde.

Nous nous devons de nous interroger objectivement sur l’image du Noir telle qu’elle est véhiculée dans le monde et sur la ‘’valeur perçue’’ du Noir par les occidentaux et les arabes, protagonistes principaux de la traite négrière et de l’esclavage, mais aussi par les asiatiques et autres ethnies composant le genre humain.

Les mots, le vocabulaire et le langage qui constituent de puissants vecteurs de communication et d’échange ne sont jamais neutres : ils sont implicitement ou explicitement connotés et peuvent se révéler valorisants pour certains, mais intolérants, dégradants, violents, réactionnaires et mêmes racistes pour d’autres.

Nombre de mots et d’expressions ont été érigés en échelles de valeurs prétendument universelles par ceux-là mêmes qui ont opprimé des peuples entiers et qui ont élaboré de façon méthodique l’idéologie dominante, malheureusement reprise et inconsciemment empruntée souvent par les victimes elles-mêmes..C’est ainsi que nombre d’entre nous utilisent au quotidien le terme ‘’esclave’’ pour qualifier et désigner nos ancêtres communs.

La décolonisation des esprits doit certainement commencer par la déconstruction des mots et expressions qui ont fait de nous des sujets ou des clones, et par la recherche, l’invention dynamique d’autres mots et expressions à vocation universelle pouvant participer à notre reconstruction collective, et donc quelque part à notre ‘’décolonisation’’.

Dès l’instant où il est admis que les mots ont un poids, et que leur rôle c’est nommer une chose ou un être, reconnaitre ce dernier, le valoriser ou tout au contraire le néantiser, le dévaloriser, voire le ‘’démouner’’ c'est-à-dire l’assimiler et donc lui faire perdre toute identité, nous savons que nous seuls peuples noirs pouvons être à l’initiative historique d’un renversement de dogmes imposés, par essence injustes et stigmatisants.

Sous toutes les latitudes ou presque, la couleur noire est associée à quelque chose de négatif, de mauvais ou de diabolique et dès l’enfance les enfants du Monde entier ou presque apprennent qu’avoir de mauvaises pensées c’est avoir des pensées noires, qu’en musique le ‘’code occidental’’ dispose qu’une blanche équivaut à deux noires, que les criminels nourrissent de ‘’noirs’’ desseins et que les pessimistes envisagent l’avenir en noir..A ces exemples non exhaustifs s’ajoutent diverses mythologies, dont celle des chinois qui assimile les Noirs à des diables, des ‘’Diables Noirs’’, mythologie fortement enracinée depuis des millénaires, qui fut en 1989 à la base des émeutes anti-Noirs de Pékin et de Nankin qui ont provoqué de nombreuses victimes.

Instinctivement chez beaucoup d’occidentaux, d’arabes et aussi il faut l’affirmer fortement chez nombre d’asiatiques, l’évocation du Noir ramène à l’esclavage, à la condition servile de sous-homme, à l’esclave, à l’être indolent, l’éternel perdant toujours violent avec les siens, l’être dépourvu de passé, de religion respectable, de civilisation et donc d’avenir. Il convient de se souvenir de la controverse de Valadoïd et du rôle funeste de l’Evêque Bartolomé de Las Casas dans sa justification criminelle de la mise en esclavage des Noirs au 16ème siècle !

Nicolas Sarkozy, l’ancien président des français n’avait-il pas déclaré avec arrogance que l’homme africain (c’est-à-dire pour lui l’Homme Noir) n’était pas entré dans l’Histoire ?

Par contre, comme celui qui nomme les choses, c’est celui là même qui impose sa loi, ce dernier transforme le crime en vertu et les criminels en héros pour alimenter le roman national. Ainsi l’esclavagiste est présenté comme étant le colon, celui qui colonise, qui met en valeur et apporte la civilisation. Les exploiteurs, les voleurs de territoires et de richesses, les violeurs, les tortionnaires et les pires racistes deviennent des conquérants (des Conquistadors), de courageux aventuriers dignes d’admiration et de reconnaissance.

Ainsi maltraités des siècles durant par les faits et par les mots qui les qualifient, nous avons ressenti souvent un sentiment de honte, d’humiliation, et avons eu le désir ou la tentation d’oublier une Histoire traumatisante. Nombre d’entre nous n’arrivent pas à se déterminer, à se positionner par rapport à leur propre histoire faite d’injustices et aspirent à ‘’passer à autre chose’’ sans savoir à quoi précisément.

Ceux-là sont dans une fuite en avant caractérisée par le rejet de soi, la non estime personnelle, la non revendication de droits pourtant fondamentaux, le sentiment d’une culpabilité et d’une incapacité originelles héritées d’une pseudo malédiction biblique. A cela s’ajoute souvent une absence criante de repères historiques qui nous permettraient de revendiquer fortement notre véritable identité et nous situer fièrement dans l’espace et dans le temps.

Nous avons été jetés hors Humanité, alors que nous en sommes à l’origine, et que toutes les autres ‘’races’’ sont issues de la notre, de la race africaine, et donc de l’Ancêtre Africain.

En renommant nos ancêtres, nous décidons ce jour de sortir du paradigme des esclavagistes d’hier et d’aujourd’hui pour occuper toute notre place au sein de l’Humanité.

Nous nommer, et enfin nommer nos ancêtres nous-mêmes, d’un même mot en forme de concept, constituera une victoire sur l’adversité et participera à leur indispensable réhabilitation. Et même si ce mot commun ne se prononce pas de la même façon partout dans le monde, puisque le Monde Noir est multiple, il s’écrirait symboliquement de la même manière. L’écriture étant avant tout visuelle, ce mot en forme de concept transmettrait au cerveau des lecteurs, qu’ils soient africains, africains-descendants ou appartenant à d’autres ethnies, des valeurs d’estime, de reconnaissance et de respect pour tous les Africains déportés et au-delà pour tous les Peuples Noirs du Monde.

Au terme de plusieurs mois de réflexion, de recherche et d’analyse, le mot-concept A.F.R.E.S. AFRICAINS REDUITS EN ESCLAVAGE s’est imposé comme une évidence.

Cette évidence nous voulons fraternellement la partager avec vous pour qu’elle soit collectivement notre, car sans cette connivence affirmée, nous ne sortirons pas totalement des carcans de l’Histoire et ne pourrons atteindre cette liberté fondamentale à laquelle nous aspirons tous..

Non seulement il sera possible de désigner l’Homme et la femme razziés, déportés d’Afrique vers les Amériques et réduits en esclavage par le mot-concept A.F.R.E.S., mais il sera possible pour tous les africains descendants-en pleine décennie consacrée par l’ONU aux personnes d’ascendance africaine-de nommer honorablement leurs ancêtres par le même mot-concept AFRES ou ANCETRE AFRICAIN REDUIT EN ESCLAVAGE.

Ce qui est par ailleurs remarquable, c’est que la traduction de ‘’AFRICAINS REDUITS EN ESCLAVAGE’’ en KREOL puis en FRANCAIS, ANGLAIS, ESPAGNOL, PORTUGAIS ou ALLEMAND, langues des principales puissances coloniales et esclavagistes nous restitue invariablement l’abréviation A.F.R.E.S. Et que dans ces mêmes langues le terme désignant l’Ancêtre commence lui aussi par la lettre A :

KREOL: AFRIKEN YO REDUY AN ESKLAVAJ (A.F.R.E.S)

ANSET AFRIKEN YO REDUY AN ESKLAVAJ (A.F.R.E.S)

FRANCAIS: AFRICAINS REDUITS EN ESCLAVAGE (A.F.R.E.S)

ANCETRES AFRICAINS REDUITS EN ESCLAVAGE(A.F.R.E.S)

ANGLAIS: AFRICANS REDUCED TO SLAVERY (A.F.R.E.S)

AFRICANS ANCESTORS REDUCED TO SLAVERY (A.F.R.E.S)

ESPAGNOL: AFRICANOS REDUCINOS A LA ESCLAVITUD (A.F.R.E.S)

ANCESTROS AFRICANOS REDUCIDOS A LA ESCLAVITUD (A.F.R.E.S)

PORTUGAIS : AFRICANOS REDUZIDOS A ESCRAVIDAO (A.F.R.E.S)

ANTEPASSADOS AFRICANOS REDUZIDOS A ESCRAVIDAO (A.F.R.E.S)

ALLEMAND : AFRIKANER REDUZIERT SKLAVEREI (A.F.R.E.S)

AFRIKANER AHNEN REDUZIERT SKLAVEREI (A.F.R.E.S)

 

Pour la Mémoire de nos Ancêtres, pour notre génération et pour un avenir radieux de la jeunesse noire souvent victime de tous les maux, sachons prendre de la hauteur, et aller à l’essentiel.

L’écrivaine Africaine-Américaine Maya ANGELO a déclaré un jour: ‘’Je suis le rêve et l’espérance de ‘’l’Esclave’’ et ces propos qui s’apparentent à l’engagement résolu d’une vie entière, nous devons nous les approprier et surtout les transformer en réalités.

A travers ces abominations que furent la déportation et l’esclavage, s’il faut bannir un mot, un seul, c’est le mot Esclave qui nous éparpilla au cours des siècles passés à travers toutes les Amériques et le Moyen-Orient. A compter de ce jour, et à partir du Mot-Concept AFRES, faisons le serment de nous retrouver et de nous rassembler enfin !

Alors, forts de notre légitimité et de notre fraternité, nous allons changer le cours de l’Histoire et assumer notre destin dans le respect et la fierté retrouvés.

Le redressement et la prospérité du Monde Noir en dépendent…

Guadeloupe le 13 juillet 2017

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