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Guadeloupe . « Créole » : Le Woucikam de Jean Luc Divialle est une vraie révolution

05 Déc 2017
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Pointe à Pitre. Mardi 5 décembre 2017. CCN. Depuis la création au milieu des années 70 d’une nouvelle graphie des créoles par feu jean Bernabé et  le GEREC, aucun chercheur n’avait autant bouleversé « le petit monde du créole » que Jean Luc Divialle.(JLD). Il est en effet, l’auteur d’un ouvrage « Woucikam »  dont le tome 1 vient tout juste de paraître et dans lequel il s’est attaché a démontrer  avec rigueur et  références hiéroglyphiques  que  la langue « dite créole » est d’origine égyptienne. 

Cette thèse qu’il défend  et argumente sur  plus  de 500 pages,  peut être considérée comme une contribution très importante à la connaissance de ces langues dites  «  créoles à bases lexicales francaises » et parlées  en  Guyane,  en Haïti, à la Martinique,  et jusqu’à l’ile  Maurice ou en Louisiane.  L’ouvrage  de JLD va  beaucoup plus loin que  la thèse  naïvement panafricaniste de Ama Mazama (alias Marie- Josée Cérol) qui  a commis il y a de cela quelques années , un opuscule sur l’origine africaine du créole guadeloupéen JLD  se veut plus  didactique et plus scientifique.  il s’inspire de Cheik Anta Diop, mais aussi et surtout des travaux  de Dibbombari Mbock un spécialiste  de l’ égyptologie. Selon JLD, nous devrions  désormais   éradiquer  notre langue nationale du terme impropre et colonial de « créole » et la rebaptiser « Woucikam » ; le terme approprié tout  droit issu  de nos ancêtres égyptiens.  Ce pavé de 500 pages   ne manquera  pas de faire autant de  débats, que l’inscription  il y a 3 ans du gwo ka à l’UNESCO.  Le livre, qui pourrait être une  « bible »  ouvre de nouvelles perspectives   pour  la recherche «  woucikamiste » et propose  au fil des chapitres de nombreux exemples prouvant l’origine égyptienne de notre « woucikam national ».

L’auteur, pour ce tome 1 n’a pas (encore ?)  étudié le cas des langues parlées dans les ex colonies anglophones, hispanophones ,lusophones où  les contacts entre  colons européens et Africains ont aussi généré une langue aussi appelée créole. En attendant que nos lecteurs fassent le geste d’acheter cet ouvrage, CCN en publie quelques extraits..

a) Le créole est-il une langue à base lexicale française ? 

Si le créole est à base lexicale française et que, comme l’affirme Robert Chaudenson, 1992, 45 toutes ces langues sont issues du français, alors la grammaire créole doit posséder une parenté génétique avec le français. Celle-ci ne doit pas se limiter au lexique. Elle doit pouvoir être démontrée en tous points de façon limpide. Si, dans une hypothèse monogénétique, le créole est issu d’un parler afro-portugais, une parenté génétique devrait être évidente à établir entre créole et portugais. Si ces liens entre créole, français et portugais étaient si vigoureux, nul doute que la question serait déjà tranchée. De plus, si la langue créole était à dominante française, alors ce sont les règles de la grammaire française qui devraient expliquer le processus de construction de la majeure partie des éléments du lexique créole. Ajoutons également qu’en pareil cas, c’est la sémantaxe française ou européenne qui aurait dû rendre compte du mode de construction du vocabulaire du français régional tel que parlé en Guadeloupe. Il en serait de même de nos us et coutumes en matière de construction, de gastronomie, de culture, ou de spiritualité ancestrale... Or il n’en est rien. Nous voyons tout au contraire les touristes français s’extasier de nos recettes de cuisine, de nos douceurs, de notre gwo ka, de notre bèlè, de notre mazouk ou mazok, de notre carnaval... C’est dire qu’il manque des maillons à cette chaîne censée nous en dire plus sur le créole. 

b) Tentative d’une nouvelle définition : 

Aussi extraordinaire que cela paraisse, le «créole» est une langue bantoue issue originellement de l’égyptien ancien du Moyen Empire. Elle fut initialement, comme en témoignent certaines graphies en hiéroglyphe, une langue écrite. Elle ne saurait en aucun cas être une langue romane. Ses racines sont à ce titre plus anciennes que le français, le latin ou le grec. Née sur le continent africain, elle obéit donc aux règles des langues bantoues, tant du point de vue de la grammaire que du vocabulaire. La colonisation française a eu pour conséquence l’intégration progressive d’un lexique français en lieu et place de certains éléments de son vocabulaire d’origine. Ce processus amorcé au début de la colonisation est toujours en cours. Ce sont les africains déportés dans les possessions françaises d’exploitations sucrières et leurs descendants qui sont à l’origine de la langue dite créole et du français régional. C’est ce stade ultime d’évolution de la langue issue de la vallée du Nil qui lui vaut d’être qualifiée de langue à base lexicale française. 

c) Du créole au woucikam
Approche globale des créoles dits à base lexicale française : 

Si la langue dite créole est d’origine africaine et si elle est Une. Il nous faut donc user d’un terme nouveau susceptible de rendre compte de ces changements de perception. Ce dernier doit pouvoir réunir tous les «créoles » au sein d’une même et unique famille. C’est précisément le rôle que le terme woucikam (prononcez woutchikam) est désormais appelé à jouer. C’est à ce titre que l’ouvrage que vous découvrez porte ce nom. Disons pour commencer que woucikam est avant tout un terme technique. Il signifie néo-cikam, c’est-à-dire, la nouvelle langue issue de l’égyptien ancien et parlée par les afro-descendants. Il pose la langue dite créole comme stade ultime et régénéré de la langue du Moyen Empire égyptien. Sa vocation de woucikam est d’abord de rendre compte de l’unité et du caractère africain de la langue dite créole. Il démontre à ce titre que la totalité des occurrences régionales «créoles» des Amériques et de l’Océan indien, sont partie intégrante d’un ensemble dynamique et cohérent, mû par la pensée symbolique africaine de l’Égypte ancienne. Il ne s’attache pas à dissocier les particularismes régionaux. Il ne vise pas à établir une quelconque hiérarchisation entre ces derniers. Il repose sur une vision globale et complète de la langue. Il ne se place donc pas dans une perspective isolationniste des créoles guadeloupéen, haïtien, guyanais, réunionnais, martiniquais, mauricien, dominiquais... C’est bien la non prise en compte de cette nature de langue africaine du woucikam, qui pousse à l’opposition là où devrait régner l’unité. Mais pourquoi ce terme woucikam ? Selon le professeur Mubabingue Bilolo, cette langue ancienne de la vallée du Nil porte le nom de Cikam, Bakam ou Boukam. Cette dénomination repose sur le terme Ci = langue et de Kam = peuple Kam ou Kamit. L’ensemble désigne la langue du peuple de Kemet, nom endogène de l’Égypte antique. C’est par souci d’exprimer ce renouvellement de la langue sous d’autres latitudes que nous lui adjoignons le préfixe Wou. Ce dernier est issu de   : whem «répéter», «redire», «renouveler», «recommencer à», «faire de nouveau». Il est référencé F25 dans la liste de Gardiner et figure la patte antérieure d’un bovidé. Il exprime donc la renaissance du verbe de l’antique kemet, complétée de ses apports européen et amérindien, eux-mêmes nourris d’une forte influence africaine. C’est donc par ce biais que nous entendons exprimer désormais le caractère nouveau et africain ancien de cette langue. En cela, nous n’innovons que peu. Ce préfixe whem est en effet déjà présent en woucikam. Ne dit-on pas : wou(hm)pati > woupati «repartir», wou(hm)vini > wouvini «revenir», wou(hm)di > woudi «répéter», «redire», etc... Nous sommes bien en présence du préfixe whem égyptien dont le suffixe -hm final est tombé. Le terme woucikam s’avère donc logique. Notre approche n’en est que plus censée. Elle permet de dégager les évolutions linguistiques opérées selon la base grammaticale du Moyen Égyptien. C’est elle qui a progressivement conduit à l’avènement du woucikam. Elle permet d’envisager, au même titre que le français, une vraie étymologie de notre vocabulaire cette fois abordé selon notre paradigme ancestral africain. C’est l’ensemble de ces propriétés qui confirme la grande parenté linguistique entre égyptien ancien et notre langue. C’est aussi par ce biais que se manifeste la persistance de la pensée symbolique africaine de l’Égypte ancienne dans nos sociétés modernes. 

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CCN

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