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Saint-Martin. Post-Irma et com' : Macron, pompier-volant d’un état défaillant ?

13 Sep 2017
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Pointe-à-Pitre. Mercredi 13 septembre 2017. CCN. Est-ce un signe du hasard ? Le chef de l’état français est arrivé en Guadeloupe via les Iles du nord hier, mardi. Soit 39 ans; jour pour jour, après le passage le 12 septembre 1928 du plus terrible cyclone ayant frappé la Guadeloupe, entraînant la mort de plus 1500 personnes.

Macron pouvait-il faire l’économie de ce voyage ? Pas sûr. Une semaine après que l’ouragan Irma ait brisé Saint-Martin et que les représentants de l’état français, le préfet en tête, eurent fait la preuve de leur incapacité à gérer la catastrophe, il fallait bien que Jupiter en personne débarque ici pour tenter de sauver les meubles de la République et comme il a dit lui même : « affronter la colère des sinistrés ».

Après un échange de plus d’une heure avec les parlementaires présents, les présidents des collectivités majeures, Emmanuel Macron est venu sur le tarmac de Pole Caraïbes s’exprimer et répondre aux questions des journalistes. Chose exceptionnelle, le Président français a d’abord expliqué à sa manière le processus mis en place par l’État pour tenter de répondre à ce qu’il a qualifié de « polémique ». Il faut souligner que le Président de Région, Ary Chalus, depuis des jours très mécontent de la gestion de la crise par les services de l’État, avait décidé d’exprimer son mécontentement au président de la République française. Ainsi, quand Macron est arrivé sur le tarmac, il avait été « briefé » par Chalus.

Le président francais a donc tenu devant la presse à faire quelques annonces, en affirmant que dans les jours et semaines à venir que Saint-Martin serait sécurisée. Prés de 3 000 militaires seront déployés, un hôpital provisoire sera installé et les 10 200 élèves de l’ile pourraient très prochainement retrouver le chemin de l’école sous des tentes climatisées. S’agissant des réseaux d’eau, d'électricité et de téléphonie, tout allait être mis en oeuvre pour leur rétablissement prochain.

Toutes ces annonces ont été faites en Guadeloupe, c’était avant que Macron ne se rende à Saint-Martin. Sur le terrain, son accueil a été plutôt mitigé, les saint martinois excédés par toutes les carences et insuffisances de la France, l’ont clairement exprimé au chef de l'État qui en a eu alors pleine conscience car le cyclone Irma a révélé de nombreuses failles.

D’abord, il apparaît clairement que l’ile n’était nullement préparée à une catastrophe d’une telle ampleur. Les édifices publics (préfecture, hôpital, gendarmerie...) sous la responsabilité de l’État,  n’ont pas résisté aux vents. L’évacuation pré-cyclonique n’a jamais été envisagée. Les secours ont été très mal organisés. Les militaires envoyés sur place, n’ayant aucune expérience de ce genre de catastrophe, n’ont pas été opérationnels. De plus, la coordination entre l’État et les collectivités a cruellement fait défaut. La nouvelle équipe préfectorale installée en Guadeloupe 3 jours avant le passage d' Irma, a été totalement inefficace.

Emmanuel Macron, avec emphase, a beaucoup insisté sur le « retour à  la vie normale » et sur la reconstruction. Ce sont les deux soucis majeurs et qui ne sont pas prêts d’être réglés. Les rues de Marigot, de Grand-Case sont encore encombrées par les détritus. Au niveau sanitaire, l’absence d’eau courante et d’électricité ne permettent pas de parler dans l'immédiat d’un retour à une vie normale. Enfin, la question de la reconstruction va se poser dans toute son ampleur et avec acuité. Les logements construits par la SIG et la Semsamar, les deux opérateurs à avoir pignon sur rue dans l'île, ont tous été très lourdement impactés par la puissance des vents. Cela signifie qu’il faudra après expertise, redéfinir de nouveaux paramètres pour la reconstruction. Sur cette question, Emmanuel Macron a laissé entendre que les entreprises guadeloupéennes seront présentes sur le  marché de la reconstruction de Saint-Martin. Seront-elles aussi compétitives que les entreprises françaises qui lorgnent déjà ce marché ?

Le chef d' État Macron a dû être étonné d’apprendre que la frontière entre la partie française et « hollandaise » de l’île bicéphale, avait été unilatéralement fermée. À Phillipsburg, capitale de l'autonome Sint-Maarten, les dégâts ont aussi été considérables mais très vite l’armée a pris position et quadrillé la ville pour empêcher que les pillards ne sévissent comme cela a été le cas à Marigot.

Au final, la visite de Macron aura tout de même été un bon coup de com'. Malgré son passage dans les îles du Nord, il faudra du temps pour que la vie à Saint-Martin vaille le coup d’être vécue.

 

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CCN

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