Guadeloupe. Marie-Galante a reçu les galettes du Président Chalus (3/3)

04 Aoû 2017
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Le tractopelle de Capesterre-de-Marie-Galante oeuvre sans relâche contre les sargasses Le tractopelle de Capesterre-de-Marie-Galante oeuvre sans relâche contre les sargasses Alexandra Giraud

Marie-Galante. Grand-Bourg. Vendredi 4 août. CCN/IDSN. C’est une forte délégation du Conseil Régional, conduite par Ary Chalus, qui s’est déplacée mercredi et jeudi dernier à Marie-Galante. Deux jours pour cibler les besoins les plus urgents de la « Grande galette » et tenter d’y apporter des réponses pertinentes. L’invasion des sargasses qui impacte depuis quelques années l’économie touristique a été au centre des discussions. La Région Guadeloupe en a profité pour dévoiler son « Plan Sargasses ». Présentation.


Au risque de plonger encore davantage Marie-Galante dans le désespoir, et tout particulièrement la commune de Capesterre, qui souffre déjà d’impacts économiques faramineux dus aux arrivées massives de vagues de sargasses sur ses belles plages, ne fuyez plus les sargasses. Sachez que 300 000 euros ont été débloqués par la Région pour les entreprises touchées à Marie-Galante et à Terre-de-Bas (archipel des Saintes). Un bol d’oxygène donc, au milieu de cette moiteur de sulfure d’hydrogène qui plane au-dessus du littoral marie-galantais ?

Ce n’est pas malheureusement pas l’impression que l’on retire à l’issue de la présentation du plan Sargasses aux socio-professionnels à Grand Bourg mercredi soir dernier. Telles les 10 plaies d’Egypte, les sargasses mettent à rude épreuve le moral et le physique des guadeloupéens, et souvent même des touristes de passage. Il faut mettre un terme à cette crise, pour les socio-professionnels, venus en nombre exprimer leur colère et leur désarroi lors de cette présentation conjointe de la CCMG et de la Région.

Depuis 4 ans, les sargasses – dont il existe 3 espèces différentes - envahissent les littoraux guadeloupéens, et particulièrement Capesterre de Marie-Galante, commune la plus touchée. Les sargasses, ces algues de couleur brune dont la prolifération proviendrait soit du déversement massif de pesticides au large des terres amazoniennes, soit du réchauffement climatique, dégagent un gaz, l’hydrogène sulfuré, qui provoque entre autre « irritations cutanées, vomissements et diarrhées », rappelle le Maire de Capesterre. Les restaurateurs, les marins-pêcheurs et les commerçants n’ont de cesse de se plaindre à cet égard. « J’en peux plus !», clame haut et fort Marlène Miraculeux-Bourgeois, dans un cri d’alarme. « Personne n’est là pour nous dire comment on va sauver les marie-galantais » en poursuivant, « si une telle situation arrivait en France, ou si les tortues disparaissaient à cause des sargasses, il y aurait déjà eu des réactions ».

Pour contrer cette invasion, des filets ont été mis en place pour retenir les sargasses, et des opérations de ramassage avec des tractopelles sont en cours. Une mission suivie par l’ARS, la DEAL et l’ADEME en 2015, qui avaient promis la mise en place d’un barrage flottant. En outre, la population a le sentiment que la commune ne fait rien. « Nous n’avons pas assez de moyens matériels et humains », se défendent les élus marie-galantais.

 

Le responsable du célèbre restaurant-discothèque Le Touloulou, à Capesterre, souhaite un accompagnement fiscal de la part de la commune. « Il faudrait voir ce problème à long terme », souligne-t-il. « Toute la Caraïbe est impactée ». La Présidente de l’association des marins-pêcheurs rapporte que les bancs de sargasses sont tant bien que mal évités par les pêcheurs, qui dépensent donc plus d’essence pour les contourner, et ramassent malgré tout des poissons asphyxiés par ces algues, ou qui causeront parfois plus tard des indigestions aux hommes qu’ils nourriront.  Tous rappellent le fait que le gaz dégagé par ces algues abyme, détruit leur matériel domestique et professionnel, par l’érosion et la rouille.

Dans un élan d’espoir – ou de désespoir -, Ary Chalus suggère alors d’adresser dés le lendemain un courrier à Nicolas Hulot, fervent défenseur notoire et charismatique de la cause environnementale. Sylvie Gustave Dit Duflo, à la Région également, ressaisit l’auditoire : à court terme, les barrages flottants et les collectes quotidiennes sont primordiaux. A moyen terme, 14 projets ont été labellisés et financés en 2015, mais malheureusement en 2016, l’invasion de sargasses n’a pas été assez massive pour tester ces projets, déplore-t-elle. Ses solutions, conjointement à Marie-Luce Penchard, Vice-Présidente au Conseil Régional : mettre sur pied une entraide entre les îles de la Caraïbe, une exonération des impôts pendants 3 ou 4 mois, ou encore faire venir des ONG. Car la France « préfère lutter contre le réchauffement climatique », selon cette dernière. Que nenni pour Ary Chalus : il faut faire venir le Ministère de l’Ecologie, et faire déclarer ces invasions annuelles comme « catastrophe naturelle ». La question étant : les vagues de sargasses qui envahissent les côtes guadeloupéennes depuis 4 ans, phénomène donc récurrent, sont-elles éligibles à la déclaration d’un état de « catastrophe naturelle » par l’Etat Français ?

Myry Dumege, propriétaire de l’établissement hôtelier « La Rose du Brésil », à Capesterre, revient sur son expérience lors de cette réunion de présentation. A cause des sargasses, elle a du licencier tout son personnel et se mettre en inactivité pendant 15 mois. Pour elle, l’incidence économique des sargasses est énorme : le tourisme décroit fortement. L’hôtelière prend alors l’exemple de Sainte-Lucie, au Sud de la Martinique, et se demande pourquoi là-bas les sargasses font moins de dégâts, et comment le gouvernement se débarrasse plus efficacement de ces algues nuisibles.

Marie-Luce Penchard tempère néanmoins ce discours : « regardons avec beaucoup de prudence ce qui se passe dans la Caraïbe ». Les systèmes d’emploi ou de santé sont très différents selon les îles de la zone caribéenne. Sur le territoire français par exemple, on ne ramasse pas les sargasses à la main, car on connait mal les conséquences sur la santé. Pour autant, lors de la visite de chantiers et du bourg de Capesterre le lendemain, sur 11 travailleurs au ramassage des sargasses, on notera que seul le conducteur du tractopelle portera un masque de protection faciale. D’autre part, comme le rappelle un kinésithérapeute capesterrien, « les sargasses n’ont pas de week-end », « on ne peut avoir aucune relâche avec ces sargasses ». Il a remarqué que le ramassage des sargasses s’arrête les samedis et dimanches. Il a aussi remarqué dans sa piscine, lors d’une arrivée massive de sargasses, des bulles et une nappe à la surface d’aspect pétrolier, stagnant jusqu’au lendemain.

 

Retrouvez l’interview vidéo des élus marie-galantais et du Conseil Régional au sujet des sargasses : 

 

 

Alexandra Giraud

 

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Alexandra Giraud

Journaliste CCN

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