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France. Colonialisme : des élections sous le signe de l’Histoire

17 Fév 2017
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Par Oruno D. Lara*  

Paris. Vendredi 17 Février 2017. CCN. Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN, mais il nous semble à CCN indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Suite aux déclarations d' Emmanuel Macron, candidat à l'élection présidentielle française, l’historien guadeloupéen expatrié, Oruno D.Lara, a soumis à CCN cette contribution. C’est à lire… 

« Lorsque, dans le silence de l’abjection, l’on n’entend plus retentir que la chaîne de l’esclave et la voix du délateur ; lorsque tout tremble devant le tyran, et qu’il est aussi dangereux d’encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l’historien paraît, chargé de la vengeance des peuples. »

Châteaubriand

Ainsi, l’Histoire s’invite et s’impose aux premières loges en France, de l’élection présidentielle.

Une Histoire profonde, tragique, spectaculaire, qui nous vient du fond de la société française.

Que d’hommes politiques ont tenté de se débarrasser d’un tel fantôme ! En le claquemurant aux oubliettes ! En le jetant par-dessus bord des programmes scolaires et universitaires. En l’éliminant, en l’effaçant d’un coup de plume : je pense, sur ce dernier point, à des personnalités comme Giscard d’Estaing, le candidat de la droite, et à Jospin, le candidat de la gauche. Tous les deux se sont efforcés d’amputer les horaires, d’expurger, de retrancher, de réduire le champ de l’Histoire dans le cerveau d’une jeunesse qui ne doit pas être, selon eux, contaminée par une certaine vision de la France.

            A quoi s’accrochent-ils, ces dirigeants politiques ?

            A une certaine vision de l’Histoire : ils veulent une France sans Colonisation ! Ils veulent une France sans Esclavage ! Jospin a supprimé, faut-il le rappeler, tout un pan des programmes d’Histoire : tout ce qui a trait au Tiers-monde. Il a jeté aux orties une Histoire nauséabonde, pensait-il, qui sent le souffre, la colère, l’humiliation… Bref, une Histoire des crimes de la colonisation vouée aux gémonies. Un enseignement de l’Histoire à décapiter d’un coup de hache de l’Inspection académique du ministère de l’Education.

            Oui, oui, il a raison de le souligner avec force, le candidat à l’élection présidentielle : la colonisation est un crime contre l’humanité…

            Nous autres, historiens de ce Tiers-monde rejeté, nous le savons depuis des lustres. Aujourd’hui, la parole est aux candidats à l’élection présidentielle. Oui, les crimes de la colonisation sont imprescriptibles.
            Les jeunes Français doivent connaître leur pays : pour cela, ils doivent affronter leur Histoire.
            Giscard et Jospin ne peuvent plus s’interposer et occulter l’impressionnante documentation et tous les fonds d’archives.

            L’Histoire s’invite à la table des hommes politiques. Une Histoire qui s’impose et qui transmet aux jeunes une vision nouvelle de leur pays. Une nouvelle vision de l’Europe où se conjuguent les Colonisations : Espagne, Portugal, Royaume-Uni, Pays-Bas, France, Italie, Belgique, Danemark, Suède, voire l’Allemagne qui s’est compromise lourdement au Cameroun, au Togo, en Namibie et en Afrique orientale. Les candidats à l’élection et leurs comparses auraient voulu oublier, enterrer une telle Histoire qui clame tant de Blues désenchantés évoquant la Traite négrière, le Système esclavagiste, le Système colonial et les Réparations !...

            Un candidat à l’élection présidentielle a osé soulever le couvercle de la boîte de Pandore et proclamer orbi et urbi que l’histoire de la colonisation est celle d’un long fleuve de crimes commis contre l’humanité.

            Les historiens de métier approuvent et se taisent : ils n’ont pas à entrer dans l’arène politique.

            En revanche, ce n’est pas le cas de l’Histoire, invitée aux premières loges d’une élection présidentielle, qui impose de manière irrécusable des vérités à transmettre aux jeunes.

*O D. Lara

Historien, Directeur du CERCAM, Centre de Recherches Caraïbes-Amériques

Auteur de La colonisation aussi est un crime, L’Harmattan, Paris, 2005.

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