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Pawol Lib. Le renouveau politique de l’idée de progressisme

31 Jan 2017
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Pointe à Pitre. Mardi 31 janvier 2017. CCN. Pawol Lib (Libre Propos) est un nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN, mais, il nous semble à CCN indispensable que les intellectuels, la société civile, aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes.  C’est le politiste et universitaire Didier Destouches qui a accepté le premier de s’exprimer : Bay la vwa ! 

Le renouveau politique de l’idée de progressisme

 

Par Didier Destouches

 

Le progressisme est une notion qui prend une place importante et inédite dans la course à la présidence de la République. Elle est revendiqué comme socle idéologique par des hommes et femmes politiques de Gauche mais aussi de Droite : Nathalie Koscusco Morizet, Emmanuel Macron, Sylvia Pinel et Manuel Valls. Le progressisme est une idée politique qui propose une lecture du développement qui lui donne un sens et un but : celle qui affirme que le progrès économique doit être au service de l'homme et des collectivités dans lequel il se meut, vit, travaille, produit et échange. Marx estimait déjà au XIX e siècle que le progrès humain est une réalité et qu’il devait être conservé. Même progressisme chez Saint-Simon. Chez Marx et tous les « socialismes scientifiques » à sa suite, le communisme futur n’est pas le même que le communisme primitif : Marx entend dépasser le capitalisme, mais en conservant ce qu’il a apporté: la science, la technique et l’industrie. La mise en pratique de cette vision marxiste du progrès va échouer par sa mise en œuvre (très) altérée, par les régimes communistes qui vont finir par perdre tout-à-fait la course à la productivité et au progrès scientifique et technique face aux sociétés de liberté et de marché.

Par la suite, l’idée de progressisme va se diluer et s’adapter au cadre idéologique actuel de l'économie de marché. Cette adaptation va se construire en France après l'effondrement du bloc communiste autour de trois idées fortes : le progrès social, le filtre de l'environnement dans toute décision publique et le citoyen acteur décisionnel. Aux Etats-Unis dès la fin du XIX e  siècle, le mouvement progressiste est un mouvement politique et social qui a changé la société américaine, qui est née de la société civile dans un premier temps, des travailleurs sociaux, des journalistes qui dénoncent à la fois la corruption (les « muckrackers ») et les conditions des ouvriers et des immigrés, des associations de femmes qui jouèrent un rôle très actif (ex  le Congrès national des mères), des mouvements pour les droits civiques. Certains présidents et leaders politiques américains adoptèrent publiquement une action politique se voulant progressiste : les présidents Théodore puis Franklin Roosevelt, Woodrow Wilson, John Fitzgerald Kennedy, et surtout son frère le candidat Robert Kennedy et plus récemment le candidat malheureux à l'investiture Démocrate Bernie Sanders.   

Le progressisme se fonde désormais dans les démocraties occidentales modernes sur la conviction que la construction d'une société où existerait l'égalité la plus grande possible et où règnerait la justice sociale, est compatible avec le respect des principes démocratiques et des règles du marché de l’économie capitaliste. Il propose des actions progressives et adaptées pour y parvenir. Le progressisme  s'affirme aussi comme une tendance attachée à la réduction des injustices et des inégalités sociales mais opposée à toute forme de révolution violente et ne concevant les changements sociétaux que dans le cadre du pluralisme démocratique. Il prône la libération des peuples opprimés ou aliénés et la redistribution massive des richesses. Il accepte voire encense  l'économie de marché en tant que système le plus efficace, mais refuse la « société de marché », car le marché en soi ne produit pas de valeurs, de progrès ou de sens. Le progressisme peut être libéral parce qu’il place la liberté individuelle et en particulier celle d’entreprendre comme moteur de la société et il est souvent libertaire parce qu’il se veut opposé à toute forme de conservatisme culturel, identitaire, sociétal ou social. En définitive le progressisme ne se définit pas comme une "idéologie" mais comme un ensemble de « valeurs démocratiques et sociales » et « une façon de réguler la société et de mettre l'économie de marché au service des hommes », il est donc au confluent des mouvements politiques se qualifiant d'écologiste, de radicaux de gauche, de communiste (post chute du mur de Berlin), de socialiste, de démocrates sociaux, de démocrate chrétien, et même de social-libéraux. En ce sens le progressisme est bien une idée d'actualité qui connaît une seconde jeunesse en séduisant d’ailleurs  une grande partie de la jeunesse politique et militante française.

Didier DESTOUCHES, maître de conférence d’histoire des institutions, membre du CREDDI

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