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Haïti. Petro challenge : vers une deuxième révolution haïtienne.

22 Oct 2018
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Port-au-Prince. Lundi 22 septembre 2018. CCN. La classe politico-économique-a-elle perdu la confiance du peuple haïtien ? C’est du moins la question que l’on pourrait se poser en conclusion de la journée de contestation du 17 octobre dernier. Le moins qu’on puisse dire c’est le pays s’enfonce dans une crise institutionnelle. Ce jour, Wilson Laleau, chef de cabinet du Président Jovenel Moïse annonçait sa démission.

Hier, c’est le président de la République en personne qui devait échapper à une tentative d’attentat à Pont rouge. Le chef de l’État s’y était rendu afin de commémorer le 212 ème anniversaire de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines par un dépôt de gerbe au pied du monument dédié au père de la révolution haïtienne. Mais au moment de quitter les lieux, un jet de pierre devait atteindre un des membres de son service de sécurité.

S’en sont suivis des échanges de coup de feu avec la police qui ont fait plusieurs morts. Il faut dire que depuis le matin, des centaines de milliers d’haïtiens s’étaient rendus maîtres des rues des grandes villes du pays. Les manifestants exigeaient une fois de plus que les personnalités du monde politico-économique impliqués dans le scandale petrocaribe soient traduits devant les instances judiciaires. Depuis le 24 août dernier, la mobilisation populaire contre la classe politique ne cesse de croitre.

Des haïtiens des villes de Montréal, New-York, Paris, Jacmel, Gonaïves, Saint Marc, Ouanaminthe, Cap-haïtien, des Cayes et de Port-au-Prince descendent dans les rues. Ils exigent que toute la lumière soit faite sur la dilapidation de ces fonds qui devaient servir à la création d'infrastructures de développement de l'industrie agro-alimentaire. Ce scandale financier du nom de l’accord entre le Venezuela et Haïti pour la fourniture de carburant à prix préférentiel a occasionné une gabegie financière de plus de 3,6 milliards de dollars via des surfacturations outrancières. Les quatre précédents chefs de l’État, ainsi que 6 gouvernements et tout une flopée de ministres, et de parlementaires dont un sénateur dominicain et de nombreuses autres personnalités du monde économique seraient impliqués dans ce détournement de fonds à grande échelle.

L’ex Président de la République Michel Marthély semble le plus visé dans cette affaire. Plusieurs proches de ce dernier dont son épouse Sonia Marthély et son fils olivier Marthély, sont en effet cités dans ce dossier. L’ex président semble de plus embarrassé par cette affaire. Mais tandis que la classe politique semble se perdre en dénégations, la colère de la population haïtienne s’amplifie de jour en jour.

Elle s’organise sur tous les fronts. En septembre dernier, elle a fait entrave à la prestation de Michel Marthély à Miami dans le cadre d’une parade populaire à laquelle il était invité. La police américaine a dû s’interposer afin d’éviter tout heurt entre manifestants et fans de Michel Marthély devenu depuis président du compas. Celui qui est revenu à son statut d’artiste a préféré poursuivre le défilé sans jouer face à une opposition qui ne le quittait pas d’une semelle. Hier, c’est à travers les réseaux sociaux que la contestation s’organisait.

En moins d’une heure, un post a enregistré plus de 500 000 vues. Si la police dont les forces étaient concentrées dans la capitale avait pu contenir les élans de la foule par des tirs de bombes lacrymogènes, ce ne fut pas partout le cas. A titre d’exemple, plus de 300 000 manifestants ont pu arpenter les rues de la ville de Saint-Marc. « Lari a cho kon vè lanp » (la rue est aussi brulante qu’un verre de lampe) déclarait un correspondant de presse. Il indiquait que les étudiants avaient désormais rejoint la rue.

Annoncé depuis plusieurs jours, ce mouvement de contestation lancé via les réseaux sociaux et intitulé « pétro challenge » a paralysé tout le pays hier. Les forces de police avaient vainement tenté de dissuader les manifestants de tout débordement lors d’une manifestation annoncée comme un véritable « déchoukaj » de la classe politique. Mais c’en était peine perdue, compte tenu de cette date historique choisie pour cette nouvelle manifestation. Sommé de prononcer sur cette affaire, le président de la République, Jovenel Moïse s’est pour sa part déclaré dans un discours empreint d’impartialité, en faveur de l’arrestation de toute personne impliquée de près ou de loin dans ce scandale, peu importe qu’elle soit de son camps ou pas. Il a précisé que ces personnes devraient préalablement rembourser les sommes détournées avant leur procès.

Même si rien n’indique que ces remboursements ne soient possibles, cette déclaration a été considérée comme un minimum de la part de l’opposition qui continue de fourbir ses armes. Elle voit en cette agitation une occasion en or de reprendre la main politiquement si d’aventure Jovenel Moïse devait démissionner. Il faut dire qu’elle lui reproche son manque de pluralisme quant à la constitution de son gouvernement. Mais rien n’indique pour l’heure qu’elle en sera la véritable bénéficiaire. Quoi qu’il en soit, le peuple semble à un tournant de son désamour avec sa classe politique.

Ce qui n’était qu’une contestation est désormais en passe de se transformer en véritable révolution. Le mot a été plusieurs fois cité par la foule en colère et repris par la presse haïtienne. « Dessalines n’était pas un homme de grands discours. C’était un vrai révolutionnaire. Papa Dessalines est avec nous. Nous devons tout comme lui mener la révolution. Tout ce qu’il nous reste à faire c’est de leur marcher dessus» déclara un manifestant interrogé par un correspondant de presse dans la ville de Pétion ville.

Les slogans sont en effet sans équivoque : « Pou zafè pétro sa péyi va boulé » (pour cette affaire de pétro le pays entier risque de s’embraser) scande la foule depuis le mois de juillet. Dans le silence assourdissant de la presse internationale, une page de l’histoire d’Haïti est peut-être en train de s’écrire. Un soulèvement populaire avec pour guide, les pères de la révolution. Une union autour des libérateurs du pays rappelant à certains égards la cérémonie du bois caïman.

Il faut dire que l’on a vu une libation aux ancêtres dans le parfait rite vaudou conduite par Jean Charles Moïse, secrétaire général de « Platfòm Pitit Dessalines » et leader de la contestation dans la ville de Pétion ville. Dans une conférence de presse, Jean-Charles Moïse en a appelé aujourd’hui à un nouveau contrat social et à l’application du programme de Jean-Jacques Dessalines afin de sortir le pays de l’ornière. Il réclame également la démission de Jovenel Moïse. Rappelons que Dessalines n’avait pu appliquer son programme. Il avait été assassiné avant d’y parvenir. Du côté de Cité Soleil, autre haut lieu de la contestation, une amplification du mouvement est attendue. « Cette fois Jovenel Moïse n’aura pas d’autre choix que de démissionner s’il ne se décidait à faire traduire en justice tous ces voleurs » déclarait un de leurs leaders.

Jean Charles Moïse considère les manifestations du 17 octobre comme une un avertissement en toute retenue, une chance donnée à la classe dirigeante de régler le problème. Au-delà de ces trois prochains jours, le mouvement risque de se radicaliser. « bagay yo pral cho cho net » a-t-il déclaré. Jovenel Moïse devra quitter le pouvoir. La rupture est donc consommée. Les leaders de cette contestation choisissent scrupuleusement les dates de mobilisation. Hier, ce fut le 212è anniversaire de la mort de Jean-Jacques Dessalines, devenu empereur sous le nom de Jacques Premier.

Un prochain rassemblement est d’ores et déjà annoncé pour le 18 novembre 2018, autre date symbolique de l’histoire d’Haïti. Ce prochain rendez-vous devrait dire quelle ampleur ce mouvement aura prise entre temps.

 

 

 

 

 

 

 

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