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Venezuela : Loup y es-tu ?

11 Oct 2018
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Caracas. Jeudi 11 octobre 2018. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. L’insistance obstinée du président étasunien Donald Trump à l'Assemblée Générale de l' ONU sur la fait que « toutes les options sont sur la table » pour résoudre la crise au Venezuela a semé l'alarme dans les cercles politiques de Washington et dans toute l'Amérique Latine sur une éventuelle action militaire étasunienne ou, plus probablement, par l'intermédiaire des troupes colombiennes et brésiliennes.

Le signal d'alarme a tinté après que le sénateur Iván Cepeda Castro ait prévenu de l'augmentation de la tension militaire entre la Colombie et le Venezuela : « Le danger de guerre avec le Venezuela augmente : budget pour des armes anti-aériennes, casernement de premier degré des Forces Militaires, déclarations arrogantes de fonctionnaires des Etats-Unis pour « défendre la Colombie » docilement respectées par notre Gouvernement. Nous devons nous mobiliser contre les fous de guerre.

Pendant ce temps, des troupes brésiliennes très bien équipées sont stationnées à Roraima, l'état frontalier avec le Venezuela en attente de l'ordre d'attaque. Les élections présidentielles et l'implication militaire dans celles-ci retardent toute décision à ce sujet, signale l'analyste Joaquim Fernandes. Les bases étasuniennes dispersées en Colombie, en Amérique Centrale et dans les Caraïbes sont en état d'alerte.

Une question ronge les analystes : que se passerait-il le lendemain d'un hypothétique invasion ? Qui gouvernerait le pays ? Quel serait le coût politique à payer pour les Etats-Unis et leurs complices ? L'opposition n'a pas réussi, en 20 ans, à se présenter comme une option de pouvoir et n'a pas de projet au-delà de chasser Nicolás Maduro du Gouvernement comme ils ont essayé de la faire avec Hugo Chávez.

Malgré le bombardement permanent du terrorisme médiatique, le front international qui s'est forgé contre le Venezuela semble bloqué, peut-être parce que son but essentiel, le renversement de Maduro n'a pas été atteint. La déstabilisation et le terrorisme n'ont pas non plus affaibli le soutien de l'Armée aux processus électoraux. La seule option qui reste à l'alliance pour la guerre semble être l'intervention armée qui provoquerait un rejet généralisé dans toute la région. Washington garde-t-il une carte dans sa manche ?

L'offensive contre le Venezuela est une offensive dans tous les domaines. Par la voie diplomatique, ils ont réussi à avoir la majorité au Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU, à Genève, et 5 pays (l'Argentine, le Chili, la Colombie, le Paraguay, le Pérou) auquel s'est joint le Canada ont demandé à la Cour Pénale Internationale « d'enquêter sur la commission éventuelle de crimes contre l'humanité au Venezuela. » Ils ne regardent pas ce qui se passe en permanence au Mexique et en Colombie, par exemple. 

Et c'est peut-être pour cette raison qu'ils ont nommé Haute Commissaire aux Droits de l'Homme à l'ONU une dame qui ne croit pas en ceux-ci et n'en a aucune idée comme l'ex-présidente chilienne Michelle Bachelet qui, après avoir violé les Droits de l'Homme dans son pays en réprimant toute protestation et en particulier le peuple mapuche, après avoir eu des militaires impliqués dans des scandales financiers et une corruption généralisée a commencé son travail en se joignant aux attaques contre le Venezuela.

Trump a fait ces commentaires après les rapports sur des réunions de hauts fonctionnaires et de militaires étasuniens avec des officiers de l'armée vénézuélienne pour faire des plans pour renverser le Président Nicolás Maduro et qu'un président et de diplomates de la région aient suggéré qu'on considère la possibilité d'une invasion.

Trump continue à menacer d'une intervention militaire parce que, à la différence de ses autres ennemis comme la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie ou Cuba, le Venezuela semble affaibli et vulnérable à cause d'une conduite du pays erratique et incohérente, signale l'ex-ambassadeur devant l'ONU, Rafael Ramírez, aujourd'hui critique envers le Gouvernement et il ajoute que « l'irresponsabilité et l'incapacité du Gouvernement peut encourager une agression. »

Les paroles de Nicolás Maduro, le président vénézuélien, dans la même enceinte de l'ONU n'ont pas joui de la même diffusion, du même intérêt ni de la même présence massive bien qu'il ait raconté comment le Venezuela a été harcelé, agressé et mis sous blocus par le Gouvernement des Etats-Unis et « qu'aujourd'hui, l'agression est dans es domaines politique, économique, médiatique et diplomatique. » Et le fait qu'il demande au FBI étasunien, hors du Venezuela, d'enquêter sur l'attentat contre lui en oubliant le problème de la souveraineté a surpris.

Dialogue et pétrole

Le proverbe dit que l'espoir est la dernière chose qui se perd et le dialogue semble un dernier espoir bien que des secteurs de l’opposition signalent que c'est une manœuvre sordide pour empêcher la chute du Gouvernement. L'ex-vice-président José Vicente Rangel dit qu'à chaque rejet de l’opposition, une défaite de ce secteur se produit, depuis le coup d'Etat de 2002, la grève pétrolière, les successifs débuts de subversion, les guarimbas, la guerre économique...

L'affaiblissement et le discrédit de l’opposition sont liés au refus du dialogue puisque cette attitude la conduit, fatalement, à une radicalisation arrogante sans issue, sans politique dans le domaine légal, ajoute-t-il. Les sondages confirment que, à l'intérieur, le Gouvernement a de l'air et confirment la faiblesse de l'opposition, l'épuisement de son autorité, son absence de projet politique et économique.

D'autres analystes notent que Maduro n'a pas parlé des opérations illégales de la transnationale Exxon Mobil dans les eaux territoriales de l'Esequibo, une zone en litige avec le Guyana et du blocus économique et financier appliqué non seulement par les Etats-Unis mais aussi par l’Union Européenne. L'Assemblée Générale de l' ONU semblait être l'endroit idéal pour en parler.

Maduro a dénoncé l'agression, l'agresseur et leurs raisons parmi lesquelles que c'est le pays qui a les plus importantes réserves de pétrole certifiées et qu'on « est en train de faire certifier la plus grande réserve d'or du monde et la quatrième réserve de gaz de la planète. » Pour ceux qui sont critiques envers lui, Maduro cherchait à faire diversion de la remise des ressources naturelles (or, pétrole et gaz), de la privatisation et de la vente de parts de l'entreprise pétrolière d'Etat PDVSA qui met dans les mains d'entreprises amies les activités primaires réservées à l'Etat par la Constitution.

Ramírez, ex-ministre du Pétrole, ex-président de l'entreprise d'Etat PDVSA et ex-président du Conseil de Sécurité de l'Organisation des Nations Unies (ONU) aujourd'hui recherche par la justice de son pays, assure que le Gouvernement de Maduro est incapable de veiller aux affaires du pays à l'étranger et dit qu'il « vend les joyaux de la couronne pour une valeur que seuls eux et les Chinois connaissent » (à propos de la vente de 9,9% de la participation de PDVSA dans l'entreprise mixte PetroSinovensa à la China CNPC).

Il assure que l'actuel président de PDVSA, le militaire Manuel Quevedo, « n'a pas fait attention et que l'Inde et la Chine nous ont confisqué tous les terminaux d'eaux profondes qui étaient utilisés pour vendre du pétrole » et il souligne qu'il a « toujours » dit à Maduro de vendre la filiale étasunienne de PDVSA, CITGO, parce que c'est un actif sensible aux décisions politiques. « Ils nous en offraient 15 000 millions de dollars (…). Nous n'avons ni les 15 000 millions ni les raffineries. »

Il assure aussi que Maduro a cédé la raffinerie de Cienfuegos à Cuba et que le Venezuela, en plus, va perdre les actifs de 5 raffineries : « Le pays perd 43 000 millions de dollars à cause de l'incapacité de Maduro, » regrette-t-il.

Chez les partisans de la guerre aux Etats-Unis, il existe une frustration face au retard d'une action militaire , disent-ils, qui mettrait un terme à la Révolution Bolivarienne comme ils essaient de la faire sans succès depuis presque 20 ans.

Luis Almagro, secrétaire général de l'OEA, continue de répéter qu'on ne doit écarter aucune option « pour réduire la souffrance du Venezuela, » une idée avec laquelle sont d'accord plusieurs fonctionnaires du nouveau Gouvernement colombien de l'ultra-conservateur Iván Duque. Cette fois, rapidement, 12 pays ont émis une déclaration condamnant l'usage de la force, en voyant la spirale interventionniste lancée de Washington.

Pour certains analystes, l'exploration de moyens non pacifiques reflète plus la frustration par rapport à la perspective d'une transition démocratique au Venezuela face à la réalité d'une opposition politique démantelée, qui s'est montrée incapable, inefficace et sans propositions malgré l'énorme financement qu'elle reçoit de Washington, de Bogotá et de Madrid .

Les fonctionnaires du Département d'Etat étasunien sont arrivés à la conclusion qu'appliquer des sanctions ou isoler encore plus le Venezuela diplomatiquement ne représenterait pas une transition politique à cause de l'absence de pressions internes réelles sur le régime. Les protestations à cause de la pénurie d'aliments, de médicaments, d'eau et d'électricité se sont limitées à des poussées quotidiennes, à petite échelle, dispersées dans les régions, que l'opposition ,n'a même pas réussi à exploiter médiatiquement.

Par tous les moyens, les Etats-Unis, le Canada, l’Union Européenne et les pays sud-américains alignés sur Washington dans le Groupe de Lima ont intensifié la pression diplomatique, médiatique et économique (en limitant le crédit, en empêchant les transferts bancaires) sur Maduro et sur le Venezuela mais beaucoup d'entre eux espèrent la renaissance de la diplomatie des canons ou des coups d'Etat militaires soutenus par les Etats-Unis.

Les Etats-Unis, le Canada, et les pays européens ont même gelé les actifs de douzaines de hauts fonctionnaires militaires et civils vénézuéliens tandis que certains Gouvernements latino-américains ont dénoncé le régime pour « ses pratiques autoritaires » et pour la « crise humanitaire » et ont demandé que le Venezuela soit suspendu de l'Organisation des Etats Américains.

Ces derniers jours, le Canada et 5 pays latino-américains ont appelé instamment la Cour Pénale Internationale à enquêter sur d'éventuels crimes contre l'humanité commis par les autorités vénézuéliennes et les sénateurs étasuniens interventionnistes Bob Menéndez et Marco Rubio ont présenté un projet de loi pour augmenter la pression étasunienne et régionale sur le Gouvernement vénézuélien, ce qui n'a même pas réussi à créer de failles à l'intérieur du Gouvernement.

Dans l'encrier de Trump reste l'embargo pétrolier. Ce produit qui vient de réduire sa production de façon importante représente 90% des faibles exportations du Venezuela et la question reste posée : Que se passerait-il le lendemain d'une invasion ? Qui gouvernerait le pays ? Peut-être Luis Almagro se proposerait-il comme vice-roi ?

L'intérieur et l'option militaire

Un sondage d' Hinterlaces a révélé que plus de 64% des Vénézuéliens ont une opinion défavorable de l'action des dirigeants de droite : 83% perçoivent de façon défavorable Julio Borges, dirigeant de Primero Justicia (PJ), 77% perçoivent de façon défavorable Henry Ramos Allup, secrétaire général d' Action Démocratique (AD) et 76% perçoivent de façon défavorable Henrique Capriles Radonski.

Pour leur part, Henri Falcón, ex-candidat à la présidence et fondateur de la plateforme unitaire La concertation pour le Changement a 73% d'opinions négatives, Leopoldo López 75% et María Corina Machado, fondatrice du parti Vente Venezuela, 64%.

Il y a d'autres chiffres dans ce sondage : 62% des Vénézuéliens préfèrent que ce soit le Président Maduro qui résolve les problèmes économiques du pays alors que 34% parient sur un Gouvernement d’opposition. 61% attribuent les problèmes économiques à des éléments extérieurs au Gouvernement comme la guerre économique, la chute du prix du pétrole, la spéculation et les sanctions financières des Etats-Unis. Par contre, 37% les attribuent aux politiques économiques mises en place par le Gouvernement.

Les conspirateurs éventuels dans les Forces Armées ont été détectés et emprisonnés tandis que les médias étrangers parlaient d'autres militaires mécontents qui avaient déserté.

Dans les médias de l'étranger réunis en cartels, on insiste pour imposer dans le pays la discussion publique sur les options militaires (même en publiant des sondages bizarres) mais la direction politique de l'opposition considère que ce débat pourrait provoquer l'attente d'un sauveur extérieur, ce qui porterait atteinte aux efforts que font certains hommes politiques pour se réorganiser.

Face à cette inquiétude, des fonctionnaires du Gouvernement Trump ont dit aux dirigeants de l'opposition que malgré les commentaires du Président, les Etats-Unis n'ont pas de plans pour envahir le Venezuela. Ou oui ? Il est évident qu'on peut pousser l'intervention et essayer de la matérialiser. Le soutien de ses « faucons » et de ses laquais latino-américains ne suffit pas mais ils peuvent le faire. Il ne faut pas leur faire confiance.

Et alors, nous entrons dans le domaine des spéculations. Le Brésil, le Chili, l'Argentine le, Pérou, le Panamá et même la Colombie, avec leurs problèmes internes qui persistent et la force des secteurs d'opposition et les faiblesses des Gouvernements resteront-ils unis face à l'agression ou auront-ils peur que la stabilité de leurs propres Gouvernements se voit menacée ?

Je ne pense pas que le nouveau Gouvernement du Mexique soutienne une intervention ni que l' OEA le fasse malgré le désespoir hystérique de Almagro.

Il est évident que les faucons des Etats-Unis peuvent pousser l'intervention, il en faut pas leur faire confiance mais pour l'instant, nous nous promenons dans le bois tant que le loup n'y est pas...

par Aram Aharonian, Clae, 2 octobre 2018

 

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