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Colombie : La guérilla fondée par des curés ne renonce pas aux armes

23 Jui 2020 Par Bruno Amaral de Carvalho
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Bogota. Mardi 23 juin 2020. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Interview accordée par le Commandant Uriel, l'un des principaux dirigeants de l'ELN , à Contacto. Il y parle de l'un des plus anciens conflits armés du monde, du processus de paix avec les FARC, de la collecte d'impôts des trafiquants de drogues et des relations avec le Venezuela.

 

La région du Chocó est l'une des zones les plus pauvres de Colombie et aussi l'une des plus violentes. C'est de là que le Commandant Uriel accorde cette interview exclusive à Contacto.

A 40 ans, il dirige des centaines de combattants de l'Armée de Libération Nationale (ELN), l'une des guérillas les plus vieilles du monde. Bien qu'il ait grandi dans une famille catholique de la classe moyenne haute, il y a 20 ans, il a décidé de renoncer à la certitude d'une vie facile pour se battre dans la forêt.

Vous êtes l'une des plus vieilles guérillas d'Amérique Latine. Les conditions qui ont amené la fondation de l'ELN existent-elles toujours ?

Commandant Uriel : La première marche de l'ELN s'est déroulée en juillet 1964. Il y avait alors 16 guérilleros convaincus que la transformation politique, sociale, économique et culturelle était nécessaire en Colombie par la lutte armée révolutionnaire et ce projet révolutionnaire a débuté. Jusqu'à aujourd'hui, nous continuons à être convaincus que la transformation politique, sociale, économique et culturelle est nécessaire. Les conditions d'oppression et d'exploitation de la majorité pauvre du pays et du continent n'ont pas changé. En Colombie, la bourgeoisie de la drogue, à genoux devant les intérêts des capitaux et des patrons internationaux, remet des ressources naturelles qui continuent à être pillées. Les gens n'a aucune garantie d'une vie digne.

Beaucoup de choses ont changé pendant ces 56 ans de lutte et de résistance mais la contradiction principale de nos sociétés continue à exister : les inégalités se renforcent let la faim continue à être le combat quotidien de millions de Colombiennes et de Latino-américaines. Alors, oui, les raisons qui ont amené ces 16 guérilleros à organiser cette première marche continuent à exister.

Pendant des décennies, des catholiques ont participé à la guérilla. Est-ce toujours le cas à l'ELN ? 

Commandant Uriel : Evidemment, il y a un héritage des gens qui ont fait partie de l'église et aussi de l'Armée de Libération Nationale. Notre école est humaniste. Nous héritons de notre Commandant en Chef, le prêtre guérilléro Manuel Pérez Martínez ce qu'il aimait appeler « incarner, » c'est à dire vivre et subir les difficultés des personnes les plus humbles, vivre comme elles, surmonter les difficultés collectivement.

De celui qui a aussi été notre Commandant en Chef, le prêtre guérilléro Camilo Torres Restrepo, nous avons hérité de l'amour efficace qui consiste à faire que l'amour agisse concrètement pour changer la réalité de l'oppression et de l'exploitation des gens. 

En plus de ces 2 là, de nombreuses autres personnes appartenant à l'église étaient et continuent à être membres de l'Armée de Libération Nationale. 

Croyez-vous encore à la prise du pouvoir par les armes ou plaidez-vous pour une issue négociée à la guerre ?

Commandant Uriel : Nous pensons qu'en ce moment historique, prendre le pouvoir comme le disent les classiques de la révolution ou comme c'est arrivé à Cuba et au Nicaragua, est très difficile. Mais la construction du pouvoir populaire continue à être une tâche permanente : des transformations su bas vers le haut.

Nous encourageons l’organisation sociale à tous les niveaux et les communautés à se gouverner elles-mêmes. Ce sont des étapes concrètes sur le chemin révolutionnaire. Notre lutte continue à être la lutte pour le pouvoir politique des majorités. 

Maintenant, en ce qui concerne une solution négociée au conflit, nous pensons qu'en Colombie, les voies légales pour que les exploités aient le pouvoir ont été fermées pour longtemps. L'histoire de notre pays et de nos guérillas est pleine de négociations qui n'ont fait que démobiliser la gauche et les gens qui étaient prêts à donner leur vie pour un monde meilleur.

La guerre qui s'est transformée en lutte de classes en Colombie n'est rien d'autre que l'expression guerrière nécessaire du conflit social. Et nous disons que c'est nécessaire parce que la réalité colombienne, à la différence de celle d'autres pays d'Amérique Latine et d'autres continents, a démontré que sans armes, la côté du peuple n'a pas de possibilité.

Nous pensons, comme diraient les zapatistes, que «seul le peuple sauve le peuple » et qu'il faut unir les forces de toutes les tranchées de lutte contre un système qui va non seulement contre les pauvres du onde mais contre la vie même.

Quelles conclusions avez-vous tirées de l'accord de paix signé à La Havane entre les FARC et le Gouvernement ? 

Commandant Uriel : La conclusion principale de ce processus [de paix] est que les FARC ont été démobilisées et que [le Gouvernement] n'a même pas respecté ce qu'il a signé et que la transformation de al structure sociale et économique de al société colombienne n'a pas eu lieu.

C'est truste parce que la démobilisation des FARC a amené avec elle beaucoup d'autres problèmes politiques et sociaux qui n'avaient pas été abordés. Dans certaines zones où elles avaient l'habitude d'opérer, maintenant, les dissidents opèrent et à certains endroits comme le sud-ouest de la Colombie, la logique, qui était politique, est devenue strictement individuelle ou centrée sur l'obtention d'accords avec le Gouvernement, en d'autres termes, ils opèrent comme des paramilitaires.

C'est, avec certaines différences, identique à ce qui s'est passé en Libye après l'assassinat de Khaddafi. Et la leçon est la même : où l'impérialisme a un objectif, il s'efforce de l'obtenir, d'obtenir des bénéfices sans se préoccuper des conséquences ou de comment pourrait être un pays. En bref, c'est revers qui touche toute la gauche colombienne, latino-américaine et mondiale. Lénine disait à peu près ceci : chaque révolutionnaire porte la responsabilité du mouvement dans son ensemble sur ses épaules.

De plus, dans beaucoup d'endroits où nous sommes présents et où elles étaient présentes, nous connaissons des communautés qui se sentent abandonnées. Il y a eu 50 ans de processus et dire aux gens de les accompagner et ensuite laisser leurs territoires à l'abandon... 

Il y avait beaucoup d'espoir dans le processus de paix. Pourquoi a-t-il échoué ?

Commandant Uriel : Nous pensons que pour la bourgeoisie colombienne et internationale, ce n'est pas un échec. Ils ont eu ce qu'ils voulaient : démobiliser une guérilla forte pour piller plus facilement les ressources naturelles des territoires sur lesquels les FARC étaient présentes, pour accroître la confiance des investisseurs et du capital pour des méga-projets sur ces territoires. Evidemment, la plupart de al guérilla s'en est vue affectée. Pas tellement les commandants mais la base. Plus 200 ex-combattants ont été assassinés. Beaucoup d'autres ont quitté les zones où ils étaient concentrés et ont repris les armes.

Qui est derrière l'assassinat de ces ex-guérilléros ? 

Commandant Uriel : L'Etat en est responsable par action ou par omission. On pense qu'il garantit la vie de ceux qui ont déposé les armes mais ils ne l'ont pas fait. Dans certains cas, il a été possible de prouver la responsabilité directe des Forces Armées dans l'assassinat d'ex-combattants des FARC. 

Pendant ce temps, plusieurs ex-commandants et guérilléros des FARC ont fondé une nouvelle organisation avec la Segunda Marquetalia des FARC. Y a-t-il une possibilité d'entente avec l'ELN ? 

Commandant Uriel : Quand ils ont annoncé qu'ile reprenaient le chemin de la lutte armée révolutionnaire, nous les avons salués parce que nous pensions que toute personne ou tout groupe qui décide de rejoindre le côté du peuple est un allié.

Dans le cas particulier des FARC ou des anciennes FARC, en même temps qu'ils discutaient en interne, nous avions des débats intenses pour prendre des positions collectives. De plus, parmi les différentes expressions et les différentes factions dans lesquelles les défuntes FARC se sont atomisées, la discussion pour résoudre certaines contradictions, éclaircir des positions et définir leur ordre du jour et leur plan d'action devrait s'approfondir.

A propos des alliances concrètes, il y a des avancées dans leurs définitions, étant entendu que la situation peut être différente dans les différentes régions où l'ELN est présente.

On vous accuse d'être liés au trafic de drogues. Quelle sorte de relation avez-vous avec la production de coca et les grands propriétaires terriens ? 

Commandant Uriel : L'ELN a décidé de se démarquer du trafic de drogues et cette politique persiste. Ce que nous faisons, c'est collecter des impôts sur toutes les activités économiques qui se déroulent sur les territoires où nous sommes présents. Si sur un territoire, il y a de l'élevage, une mine, du bois, du grand commerce, du transport ou les différentes étapes de la production de coca, nous prenons des impôts sans distinction. La légalité ou l'illégalité d'une activité est une définition relative aux circonstances et bonne pour l'Etat que nous considérons comme corrompu et illégitime.

Comment analysez-vous les accusations de Nicolás Maduro disant que la Colombie est derrière la dernière tentative d'incursion armée au Venezuela? 

Commandant Uriel : Il n'est pas nécessaire d'être très intelligent pour savoir que la bourgeoisie et le Gouvernement colombien ont besoin que le Gouvernement vénézuélien change et, évidemment, ils préfèreraient que ce soit un Gouvernement dirigé vers leurs intérêts et ceux des oligarchies pro-impérialistes comme c'est le cas de Guaidó.

Nous ne savons pas dans quelle mesure ou à quel niveau de planification les hauts cercles de la bourgeoisie colombienne participent mais étant donné que le Gouvernement est le principal allié des Etats-Unis en Amérique Latine, il s'est prêté, et pas rarement, à violer la souveraineté des pays de notre sous-continent. Le Venezuela n'y fait pas exception.

Il est évident que l'oligarchie colombienne continue à faire de la Colombie le Caïn latino-américain. C'est la tête de pont du plan yankee pour la région. Elle met la servilité au-dessus de la souveraineté et du respect du droit des peuples à leur libre détermination.

Le Gouvernement colombien vous accuse de collaborer avec Nicolás Maduro. Avez-vous des relations avec lui ?

Commandant Uriel : L'ELN est né dans les montagnes du département de Santander, dans l'est de la Colombie. Nous avons été une partie des territoires frontaliers avec le Venezuela pendant plus de 50 ans. Il est naturel que pour les frères et les sœurs du peuple vénézuélien, nous faisions aussi partie du paysage et que, de plus, beaucoup d'entre eux, pendant leur vie d'opprimés, aient intégré notre organisation.Les villes frontières sont une, les lignes de la carte ne séparent pas les cultures ou les liens familiaux.

Il n'est pas certain qu'il y ait des accords avec le Président du Venezuela mais nous avons certaines affinités idéologiques avec certaines positions et certains processus qui se sont déroulés dans le pays voisin depuis qu' Hugo Chávez a été président et qui se sont poursuivis avec Maduro. Notre position est un soutien critique du processus bolivarien et de respect total de l'autodétermination du peuple vénézuélien. Nous pensons que c'est le peuple vénézuélien, avec ses formes d’organisation, de démocratie, ses processus, qui doit définir l'avenir de sa vie et de ses territoires.

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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