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Haïti. TPS : Trump de « meilleur champion » à pire cauchemar

07 Nov 2017
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Port-au-Prince. Mardi 7 Novembre 2017. Lenouvelliste/CCN. D’ici la fin du mois de novembre, si le département de la Sécurité intérieure suit les recommandations du département d’Etat américain, quelque 50 000 ressortissants haïtiens bénéficiaires du TPS risquent la déportation, à moins de retourner chez eux volontairement.

L’évaluation du chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson sur l’amélioration de la situation d’Haïti pour justifier la suspension de ce programme contraste grandement avec celle de Donald Trump en septembre 2016.

Le candidat Trump, lors d’une rencontre avec des membres de la communauté haïtiene, la main sur le cœur, la voix presque tremolo, avait manifesté beaucoup d’empathie envers Haïti, un pays durement frappé par le séisme du 12 janvier. Cette catastrophe qu’il a qualifiée « d’horrible », responsable de la mort de 300 000 personnes, de la transformation d’écoles et d’entreprises en un champ de ruines, a permis à Donald Trump de tancer ceux qui ont reçu de l’argent mais ont peu fait pour un pays dont le peuple souffre encore. L’allusion à peine voilée aux Clinton était évidente. Sans sourciller, le candidat républicain, Donald Trump, avait sorti sa promesse tel un punchline d’une annonce publicitaire : « Que vous votiez pour moi ou non, je veux être et je serai votre plus grand champion.»

L’action de l’administration Trump ne surprend pas le journaliste Jonathan M. Katz, ex-correspondant de AP et Haïti et auteur de l’ouvrage critique sur l’après séisme « The Big Truck That Went By: How the World Came to Save Haiti and Left Behind a Disaster ». « Cela ne devrait surprendre quiconque ayant vraiment écouté Trump l’an passé. Son seul intérêt pour Haïti ou les Haïtiens était de les utiliser pour enlaidir son adversaire », a confié au journal Jonathan M. Katz. Le Donald Trump anti-immigrant, bienveillant à la rhétorique des nationalistes blancs n’a pas tangué en passant outre les promesses creuses faites à des votants. « Cela fend le cœur de voir combien de gens vont souffrir », a indiqué Jonathan M. Katz, soulignant que son idéal par-dessus tout est de faire du mal aux immigrants et aux gens qui ne sont pas des Blancs. « C’est une mauvaise nouvelle pour Haïti », a-t-il estimé.

Jake Johnston, économiste et spécialiste d’Haïti et de l’Amérique latine au Center for Economic and Policy Research (CEPR), a estimé que loin d’être le grand champion d’Haïti comme il l’avait hypocritement promis, Donald Trump, avec la décision prochaine de mettre fin au TPS, parait donner le coup pour mettre K.O. Outre le choléra et ses 10 000 victimes, les dévastations de l’ouragan Matthew et les défis encore persistants du recouvrement post-séisme 2010, la fin du TPS aura un sérieux impact sur les transferts d’argent des Haïtiens des Etats-Unis à leurs familles. En phase de recouvrement après le séisme de 2010, Haïti est encore vulnérable aux catastrophes naturelles comme Matthew qui a frappé l’année dernière. Les dévastations dans le secteur de l’agriculture a causé l’augmentation de l’insécurité alimentaire dans le pays. Le gouvernement haïtien semble incapable de fournir la réponse adéquate à ces besoins et la déportation de dizaines de milliers de personnes n’arrangera pas la situation, a expliqué Jake Johnston, soulignant que les transferts d’argent de la diaspora ont représenté 15 % du PIB du pays en 2015. Ces déportations impacteront ces transferts d’argent, a-t-il prévenu.

Entre-temps, 49 congressmen, républicains et démocrates, dans une lettre au président Trump le 3 novembre dernier, ont demandé une extension du TPS pour les Haïtiens. Il faut du temps parce que des parlementaires américains préparent une législation afin de trouver une solution à ce problème, avait confié vendredi l’ambassadeur d’Haïti à Washington, Paul Altidor. La nouvelle de la recommandation du département d’Etat d’arrêter le programme TPS pour les Haïtiens, et les ressortissants de plusieurs pays de l’Amérique centrale venait de tomber. La situation est difficile mais la bataille n’est pas encore perdue, avait indiqué le diplomate, citant la volonté de ses interlocuteurs de tout faire pour aider Haïti.

Off the record, Le Nouvelliste a appris de sources familières au dossier que le président Donald Trump, favorable à une extension de six mois du TPS pour les Haïtiens a été déconseillé d’aller dans cette direction par John Kelly, actuel chef de cabinet du président américain et ex-chef du département de la Sécurité intérieure des Etats-Unis.

« Je ne sais pas ce que je vais faire », se désole un père de trois enfants dont deux sont de nationalité américaine. « Pour beaucoup d’entre nous, cette situation est un vrai cauchemar. C’est triste que M. Trump n’ait pas tenu sa promesse », a-t-il poursuivi, profondément blessé par ce qu’il appelle l’indifférence de beaucoup d’Haïtiens face au drame des bénéficiaires de TPS.

Roberson Alphonse

Url de cet article : http://lenouvelliste.com/article/178609/tps-trump-de-meilleur-champion-a-pire-cauchemar

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