Haïti. Le rêve américain envolé, les sans-papiers haïtiens bâtissent leur « Little Haiti » à Tijuana

13 Juil 2017
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Port-au-Prince. Jeudi 13 juillet 2017. Lenouvelliste/CCN. Après que Barack Obama a renforcé sa position sur l'immigration, de nombreux migrants haïtiens ont commencé à s'installer au Mexique plutôt que d'essayer de traverser la frontière.

Tant que l'administration Trump reste au pouvoir, ces Haïtiens ont peu d'espoir d'entrer en toute quiétude aux États-Unis. En conséquence, plus de 4 000 Haïtiens piétinent au Mexique, dont 2 000 à Tijuana, où ils ont bâti leur «Little Haiti».

De Port-au-Prince à Tijuana, le chemin est long. Mais petit à petit, des milliers de migrants haïtiens bloqués dans la ville frontalière commencent à se sentir davantage chez eux car ils sont en train de prendre racine et influencent même la population locale avec leur nourriture et leur culture.

Environ 20 000 Haïtiens sont arrivés en Basse-Californie entre juin et décembre de l'année dernière et bien que leur objectif initial était d'atteindre les États-Unis, une modification de la politique gouvernementale américaine a empêché beaucoup d’entre eux de fouler le sol américain.

Par conséquent, tant que le président Donald Trump reste à la Maison-Blanche, certains d'entre eux envisagent de rester à Tijuana.

Au lendemain du tremblement de terre de 2010 qui a dévasté Port-au-Prince et ses environs, le gouvernement américain a mis en place le Statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens, mais un durcissement de la politique migratoire à la fin du mandat de Barack Obama - visant à dissuader les migrations croissantes vers les Etats-Unis - a laissé plus de 4 000 hommes et femmes bloqués au Mexique.

Après avoir été initialement logés dans des abris temporaires à Tijuana, les migrants finirent par abuser de l’hospitalité et ont été forcés de trouver un autre logement.

Ainsi, dans une partie pauvre de la ville appelée Divina de Providencia - située entre deux collines dans l'arrondissement de Playas de Tijuana - près de 2 000 migrants ont établi leur «Little Haiti».

Une église voisine, où des dizaines d'Haïtiens vivent également, donne un sens supplémentaire à la communauté.

En dépit du manque d'électricité ou d'eau courante, devant traverser une route abrupte et venteuse pour y arriver et une puanteur constante provenant des égouts et des élevages porcins, les migrants y ont établi quand bien même leur campement.

Certaines entreprises de Tijuana ont également commencé à répondre aux goûts des migrants caribéens en proposant des produits alimentaires haïtiens tels que le croustillant poulet frit, du riz collé aux haricots noirs et des bananes frites.

La majorité des migrants étant des hommes, il y a aussi 713 femmes dans cet État mexicain de Basse-Californie, selon l'Institut national de l'immigration (INM) et 15 bébés sont nés de femmes haïtiennes, ce qui les rend mexicains de naissance.

Les coiffures féminines ont attiré l'attention des habitants et certaines femmes haïtiennes ont trouvé du travail occasionnel pour tresser les cheveux. D'autres migrants ont réussi à trouver un emploi dans la construction, la maintenance, les usines ou les cuisines, mais leurs salaires sont dérisoires et la nécessité de trouver un logement abordable se fait sentir.

Alcius Guy est arrivé à Tijuana en décembre et, alors qu'il ne pouvait pas entrer aux États-Unis, il est en mesure de formaliser son statut d'immigrant au Mexique. Le visa humanitaire lui ayant été accordé, il peut rester légalement au Mexique pour le moment, ce qui est loin d’être parfait.

« Avec ce permis [. . .] c’est légal de rester dans le pays mais vous ne pouvez pas travailler. De nombreuses entreprises demandent le CURP [un code d'identification pour les citoyens et les résidents mexicains] afin de nous employer. Il semble donc que le gouvernement nous fait une faveur mais qu’il ne veut pas le faire complètement. »

Il prétend également que si les Haïtiens sont en mesure de trouver un emploi, les entreprises en profitent et les paient moins que les travailleurs mexicains. Il envisage de former une association de migrants haïtiens afin que ceux qui sont dans des situations difficiles puissent s'entraider.

Cependant, un fonctionnaire de l'INM n’est pas du même avis que lui. « Le gouvernement fédéral a traité ces personnes de la façon dont nous souhaiterions que nos collègues mexicains soient traités dans d'autres pays. L'idée est de prêcher par l'exemple et de donner aux personnes qui ont été laissées pour contre au Mexique la possibilité de régulariser leur statut d'immigrant », a-t-il précisé.

Environ 60 000 Haïtiens aux États-Unis ont récemment bénéficié d’une extension de six mois du TPS, même s'ils ont également été invités à se préparer à la possibilité qu'ils devront bientôt retourner à leur pays natal. Même si les Haïtiens à Tijuana montrent des signes d'adaptation à la vie mexicaine, leur situation demeure précaire.

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