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Cuba : Le Gouvernement de Duque a donné le coup de grâce aux relations des Etats-Unis avec Cuba

23 Mai 2020
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La Havane. Samedi 23 mai 2020. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Aussi bien dans l'opposition que dans certains secteurs proches du Gouvernement d' Iván Duque, il existe une sorte de consensus autour de l'idée qu'en politique étrangère, il a commis beaucoup d'erreurs. Depuis qu'il a pris possession de sa charge avec l'idée de faire tomber Nicolás Maduro comme drapeau, le président et son équipe ont fait une série de faux pas difficiles à comprendre.

 

L'erreur originelle a peut-être été de penser que le régime du Venezuela pourrait être facilement renversé en soutenant Juan Guaidó. Mais le temps a prouvé que ce pari non seulement n'a pas fonctionné mais peut avoir renforcé la position du régime vénézuélien, aujourd'hui plus accroché au pouvoir que jamais.

La chaîne des « imbécilités » comme dit le journal El Nuevo Siglo, semble ne pas avoir de fin. Le concert sur la frontière ne s'est pas bien passé, le blocus diplomatique n'a as servi à grand-chose, Guaidó a perdu sa force et le soutien du peuple, lui demander d'extrader Aida Merlano était ridicule, es fausses photos à l'ONU aussi et s'allier avec Donald Trump a été une arme à double tranchant. Et la dernière tentative de coup d'Etat, bien que la Colombie ne l'ait pas soutenue, parce qu'elle a été organisée à partir du territoire colombien, a servi à donner de la crédibilité à a version de Maduro disant que la Colombie et les Etats-Unis veulent le faire tomber.

Mais dans cette chaîne d'erreurs en politique étrangère de la Maison de Nariño, le plus grave est peut-être son attitude hostile envers Cuba, un pays qui a été très important dans les tentatives de négociation de paix avec les groupes armés. 

L’histoire a commencé quand l'ELN a posé la bombe à l'Ecole de Police Général Santander. Alors, la table de dialogue avec cette guérilla était installée à La Havane et le président Duque avait annoncé une période d'évaluation pour définie s'il a maintenait ou s'il la suspendait. Il faut rappeler que cette table est arrivée à La Havane parce que le Gouvernement de Colombie l'avait demandé après que Lenín Moreno, le président de l'Equateur, ait expulsé la délégation de l'ELN de son territoire.

Evidemment, quand a eu lieu l'attentat qui a choqué le pays et qui a coûté la vie à 22 jeunes, le président Duque n'avait pas d'autre possibilité que d'arrêter la table. Le pays a compris cette décision et aussi bien ses amis que ses détracteurs l'ont entouré. Les différends sont arrivés quand le président a demandé à Cuba de ne pas respecter les protocoles de rupture de dialogue et d'extrader vers la Colombie les négociateurs de l'ELN qui étaient à La Havane.

Cette demande, même si elle pouvait se justifier politiquement, n'avait ni queue ni tête dans le domaine de la diplomatie et du Droit International. Les protocoles de rupture de dialogue avaient été signés non seulement par les délégations du Gouvernement et de l'ELN mais aussi par Cuba, par le Venezuela, le Chili, la Norvège et l'Equateur, en qualité de pays garants. Dans ces protocoles, il était stipulé que si on suspendait les négociations pour n'importe quelle raison, il y avait un délai de 15 jours pour que les parties se mettent d'accord sur une procédure de retour des négociateurs de la guérilla en Colombie.

Une fois ces démarches effectuées, les guérilléros donneraient leurs coordonnées aux pays garants pour que ceux-ci vérifient le cessez-le-feu de 72 heures et qu'ils puissent rentrer dans leur pays.

Le Gouvernement attribue à l'insistance de Duque l'inclusion de Cuba dans a liste noire

Avec la suspension e la table, ce qui aurait été logique aurait été que le Gouvernement de Colombie explique à l'opinion publique pourquoi il fallait réactiver les protocoles signés auparavant par ce groupe de pays mais sans doute encouragé par l'indignation collective de ce moment-là, le président Duque s'est mis dans une impasse. Si le Gouvernement colombien voulait prendre une position de rejet ferme de cet événement, il aurait pu demander que les guérilleros installés à La Havane soient extradés comme geste symbolique. Mais il n'est pas très vraisemblable qu'à la Maison de Nariño, ils aient pensé qu'il existait une possibilité que Cuba ne respecte pas les protocoles. Pour e Gouvernement cubain, accéder à la demande de Duque était impossible non seulement politiquement mais aussi juridiquement.

Ce qui n'était ni juste ni logique était de menacer Cuba de rompre les relations et d'engager une campagne pour que le Gouvernement de Trump la mette sur la liste des pays qui ne coopèrent pas à la lutte contre le terrorisme. Mais c'est ce qui est arrivé. Cette décision met Cuba sur a liste noire où il ne reste plus que la Corée du Nord, la Syrie, l’Iran et maintenant, le Venezuela. En définitive, le Gouvernement cubain s'était limité à rejeter une exigence illégale de la Colombie pour honorer un engagement légitime signé par 6 pays. Après avoir traité ainsi un pays ami, la seule chose dont on avait besoin, c'était d'une personnalité aussi imprévisible que celle de Trump pour soutenir cette aventure.

Tout cet épisode coûtera beaucoup aussi bien à la Colombie qu'à Cuba. Les possibilités de réactiver la table de négociation avec l'ELN s'éloigneront encore plus et cela aura des conséquences profondes sur la mise en place des accords avec les FARC. Le rôle de Cuba dans le processus allait bien au-delà du prêt de son territoire pour les dialogues. En tant que pays garant, elle avait aussi l'obligation de vérifier le respect des accords signés.

Et son inclusion dans la liste des pays qui ne coopèrent pas à la lutte contre le terrorisme peut être l'antichambre de son entrée dans la liste des pays qui patronnent le terrorisme. La première liste n'a pas de conséquences graves mais la seconde impliquerait des sanctions économiques si importantes que la grande victime en serait le peuple cubain qui traverse déjà des moments difficiles.

Ce qui est absurde dans la situation que la Colombie a créée, c'est que Cuba ne patronne pas le terrorisme. Depuis longtemps déjà, le Gouvernement de Fidel Castro s'est séparé officiellement de tout soutien à la lutte armée sur le continent. Il a eu une identité idéologique avec des Gouvernements et des mouvements de gauche mais toujours sur la table et dans les règles établies. La seule chose à laquelle ce pays aspire, c'est que le blocus étasunien qui dure inexplicablement depuis presque 60 ans soit levé. Il était logique pendant la Guerre Froide mais actuellement, il est absurde.

Cuba avait beaucoup avancé vers cet objectif sous le Gouvernement de Barack Obama. L'attitude du Gouvernement de Trump et la nécessité de gagner les élections présidentielles en Floride avaient arrêté ce processus mais que le Gouvernement de Duque ait contribué à donner le coup de grâce à cette normalisation est un dérapage diplomatique qui ne correspond pas à la dynamique constructive basée sur la bonne foi qui existait entre la Colombie et Cuba.

(Extrait de Semana, 16 mai 2020)

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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